‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 115 sur 147 · DISJONCTION DES CAUSES · texte numérisé non relu

DISJONCTION DES CAUSES

MM. Banne, Albert et ^lartin '^ avec une dignité pleine de menaces et nn calme méprisant. Quelque incomplète que fût rinstruction du complot, la poursuivre devenait impossible. On allait, par conséquent, aborder une nouvelle phase de la procédure, et une question grave se présentait : fallait-il commencer Tinterrogatoire des accusés de Paris, de Lunéville, de Chalon-sur-Saône, de Saint-Etienne, de Marseille, d'Arbois, d'Epinal ? Ou bien devait-on, les réquisitoires et les plaidoiries entendus, procéder d'une manière immédiate au jugement des accusés de Lyon?

Après tant d'efforts pour rattacher à un même complot une foule innombrable de faits particuliers, après tant d'efforts pour établir la connexité des délits, séparer les diverses catégories, pour les juger Tune après l'autre. Tune sans l'autre, c'était fouler aux pieds la logique et le bon sens. On ne le pouvait, d'ailleurs, qu'en violant la loi. Car l'article 2'26 du Code d'instruction criminelle ordonne que les Chambres d'accusation statuent par un seul et même arrêt sur les délits connexes. Et il y avait de la déloyauté à prétendre que la règle ne s'appliquait pas au jugement définitif, l'esprit de la loi portant sur le second cas aussi bien que sur le premier. Et puis, en vertu de quel principe d'équité prolongeait-on indéfiniment les rigueurs de la détention préventive pour des accusés auxquels on avait refusé les défenseurs choisis par eux, qu'on n'avait pas entendus, et qui, traités en coupables avant que leur innocence eût été discutée, gémissaient, depuis si longtemps déjà, dans les cachots où les avait poussés le soupçon guidé par la colère? Mais, nous l'avons dit, la Gourdes pairs était domi-

' MM. Albert et Martin n'avaient pas été arrêtés. Ils avaient eu la ^^énélosité (le se constituer eux-niènies prisonniei's.

née par le mauvais génie de ses premières fautes : malgré les protestations de M. Baune^ parlant au nom de tous ses camarades^ elle passa outre^, et^ sur les conclusions du procureur général, M. Martin (du Nord), elle rendit, le 11 juillet (1835), un arrêt qui, prononçant la disjonction des causes, ordonnait qu'il fût immédiatement procédé aux plaidoiries et jugement, en ce qui concernait les accusés de la catégorie de Lyon. La mesure était comblée : M. Mole se retira, ainsi que les marquis d'Aux et de Grillon.

L'arrêt de disjonction devait avoir des résultats fticiles à deviner. En séparant les causes, la Cour des pairs se donnait le temps de reprendre haleine; elle amortissait la fougue de l'opinion; elle jetait le découragement parmi les prévenus; elle ôtait enfin à leur résistance ce caractère d'ensemble qui seul pouvait la rendre imposante. Les détenus de Sainte-Pélagie ne s'y trompèrent pas ; et désormais convaincus qu'on ne leur laisserait pas même le bénéfice moral de leur courage, ceux d'entre eux qui avaient tout préparé pour une évasion ne songèrent plus qu'à la liberté.

L'exécution est fixée au 12 juillet, dans la soirée, et l'on se livre avec ardeur aux préparatifs. Les complices du dehors ont déjà reçu leurs instructions. Pour désarmer la défiance du directeur, on lui adresse plusieurs demandes qui supposent la prolongation du séjour des prisonniers à Sainte-Pélagie ; et ^l. Armand ^iarrast, qui avait coutume de prendre un bain chaque soir, commande son bain pour dix heures, comme à l'ordinaire, llien ne transpire du projet, et cependant ceux qui l'ont conçu ne vivent plus que dans une brûlante alternative d'inquiétude et d'espérance. A la nuit tombante, toutes les dispositions

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