‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 116 sur 147 · EVASION DES IJÉIKNUS DE SAI.NTE-PÉLAGIE · texte numérisé non relu

EVASION DES IJÉIKNUS DE SAI.NTE-PÉLAGIE

étaient prises. M. Dornez avait envoyé le produit des souscriptions à répartir entre les détenus; les voitures destinées à les recueillir, à la sortie de la prison, commençaient à filer le long de Sainte-Pélagie. M. Armand Barbes s'acheminait, donnant le bras à la femme d'un détenu, vers la maison Yatrin, où il importait de prendre position, sous un prétexte quelconque ; enfin, MM. Etienne Arago, Klein et Fulgence Girard se trouvaient installés dans un appartement situé en face de la chambre de M. Guinard, auquel ils devaient apprendre, par des signes convenus, si les rues voisines étaient sûres et les patrouilles absentes. De son côté, pour indiquer aux auxiliaires du complot que tout allait bien à l'intérieur, M. Guinard devait se promener devant une lampe, puis l'élever en l'air, quand il aurait lui-même à descendre dans le caveau !

Huit heures sonnèrent à l'horloge de la prison. Aussitôt les meneurs vont à ceux de leurs camarades qui ne sont pas dans le secret, disant à chacun : « Veux-tu être libre? « Voici de l'argent. Au caveau ! » Quelques-uns, par des motifs que nous exposerons plus bas, repoussèrent l'offre. La plupart l'accueillirent avec une joie pleine de stupeur. Et tandis qu'ils se hâtaient, un à un , vers le rendez-vous mystérieux, un petit groupe, pour donner le change aux gardiens, se formait à l'entrée de la chambre de M. Armand Marrast, devant laquelle il était d'usage que les prisonniers vinssent en masse, chaque soir, écouter la lecture du Messager. C'en est fait : les fugitifs sont réunis dans le caveau. Mais ils s'y agitent, ils s'y coudoient dans l'obscurité la plus profonde; et, tout étourdis d'une nouvelle aussi peu attendue qu'inexpliquée, plusieurs se de-

IllSTOIllE UE DIX ANS.

mandent s'ils ne sont pas les jouets d'une sorte de fantasmagorie lugubre. M. Landolphe avait eu soin de se munir d\m briquet phosphorique : une lampe s'allume tout à coup dans ces ténèbres^ et elle n'éclaire de ses rayons vacillants ([ue des visages étonnés^ couverts de pâleur. On eût dit une assemblée de fantômes. Seul désormais, ]\[. Guinard était attendu. Il fait à ]\IM. Etienne Arago et Klein le signal du départ, et court rejoindre ses compa-

gnons.

Avant d'aller plus loin, on envoya MM. Rozière, Vilain, Foui'uier, Landolphe, percer la croûte qui fermait encore la sortie du souterrain. Cette besogne fut faite en peu d'instants, et parut durer des siècles. « C'est fini, » s'écria enfin M. Landolphe, du fond de l'excavation. Alors les fugitifs se mirent à ramper, l'un après l'autre, dans la voie sombre, étroite, étouffante, qui devait les conduire à la lumière. Ils avaient à passer sous le chemin de ronde, et sur leur tête ils entendirent, mêlé au bruit de la marche pesante des sentinelles, le retentissement des fusils frappant le sol. Ils arrivent ainsi, et successivement, jusqu'à l'issue qui leur a été ménagée, gagnent le jardin, se dirigent vers la maison. Quelle que fût leur audace, ils s'avançaient avec précaution, avec inquiétude. Car le ciel était clair, et ils avaient aperçu, au faîte de la prison, un factionnaire qui, l'œil fixe, le corps penché en avant, les observait dans l'attitude de l'indécision et de la menace. Mais bientôt des coups de sifflet, venus du dehors, leur apprirent qu'ils touchaient à un heureux dénoûment.

Et, en effet, tandis que ]\IM. Klein et Fulgence Girard parcouraient la rue Copeau d'un regard vigilant, tandis

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