CARACTÈRE DES LOIS DE SEPTEMBRE
(le lois de septembre. Pour les flétrir, M. Royer-Collard avait rompu un long silence;, et son discours commença le châtiment des ministres. ^ .
Les lois de septembre dépouillèrent les accusés de leurs garanties les plus précieuses. Elles faussèrent l'institution du jury. Elles assimilèrent à un attentat la discussion d'une théorie. Elles firent de la puissance de la presse Tarme exclusive de la haute bourgeoisie, et enlevèrent tout organe à la défense sacrée des intérêts du pauvre. C'était à cela que la révolution de juillet était venue aboutir!
Les lois de septembre rétablissaient aussi la censure, cette censure contre laquelle les libéraux , aujourd'hui vainqueurs, avaient si énergiquement élevé la voix, du temps de la Restauration. Qu'on eût essayé d'imprimer aux théâtres une direction sociale, rien de mieux, suivant nous. De tous les moyens de gouvernement, il n'en est pas de plus efficace et de plus légitime que le théâtre. Terraettre à un simple particulier d'agir, au gré de son caprice, sur les hommes rassemblés, par les séductions de la scène, l'intérêt de l'action, la beauté des femmes, le talent des artistes, l'enchantement des peintures et des flots de lumières, c'est livrer au premier corrupteur venu l'âme du [)euple en pâture; c'est abandonner au passant le droit d'empoisonner les sources de l'intelligence humaine. Dans un pays où le gouvernement serait digne de ce nom, l'Etat ne saurait renoncer à la direction morale de la société par le théâtre, sans abdiquer. Mais, si les ministres du 1 1 octobre s'étaient proposé pour but la réalisation d'une aussi noble pensée, au lieu de revenir à ce que la censure avait eu de plus tyrannique et de plus inepte, ils auraient demandé c^u'on retirât aux spéculateurs, pour la confier à TEtat, rexî)loitation
des théâtres^ et ils en auraient attribué la surveillance kiin jury véritablement national, c'est-à-dire électif, temporaire, amovible par le peuple^ et responsable. C'est le contraire qu'ils firent, dominés qu'ils étaient par des passions mesquines et des idées sans profondeur.
Ainsi, les droits de la raison et ceux de la presse étaient foulés aux pieds de la manière la plus brutale : par M. Thiers, que la presse avait poussé au faîte des grandeurs; par M. de Broglie, qui, sous la Restauration, s'était fait ouvertement le protecteur de la liberté d'écrire ; par ^I. Guizot, qui, soit comme publiciste, soit comme professeur, n'avait cessé de proclamer la souveraineté de la raison. Et ces trois hommes venaient gravement affirmer, à la face du monde, qu'au delà de la monarchie qu'ils voulaient et qu'ils avaient intérêt à vouloir, il n'était plus de progrès possible ; que l'intelligence, ici-bas, s'arrêtait fatalement aux limites tracées par eux ; que l'humanité devait rester emprisonnée jusqu'au bout dans leur formule ; qu'il y avait crime enfin à les importuner, ne fût ce que par un vœu, que par un espoir, dans la jouissance de leur fortune constitutionnelle ! Et ces prétentions, d'une bouffonnerie à peine croyable, elles devenaient lois de l'Etat ! Et toutes ces choses se passaient au milieu des ruines de cinq ou six gouvernements renversés l'un sur l'autre, parce que tous ils avaient eu rinsolence de s'écrier: « Je suis inviolable, indiscutable, immortel ! » Qu'ajouter nu tableau d'un pareil désordre ? On avait décrété en France l'anarchie des cultes, et l'on y déclarait factieuse la lutte pacifique des systèmes ! Il n'était plus permis de se dire républicain là où il Tétait de se dire athée ! Discuter Dieu demeurait un droit; discuter le roi devenait un crime !