LISTE DES ACCUSÉS
(Voir, au A'" 10, /(/ vii.s/; en accusalion.)
LEITHE DES DÉFENSEUKS AUX ACCUSÉS D'AVRIL.
Citoyens, Voulant nous montrer dignes de la confiance que vous n'avez cessé de nous témoigner depuis le jour où vo-is nous appelâtes à l'honneur de prendre place à vos côtés sur les bancs de la Cour des pairs, nous nous empressons de répondre à la lettre que vous nous avez écrite dans la journée d'hier.
Nous concevons très-bien que, dans l'étai d'abandon et d'isolement où vous jettent nos ennemis communs, au moment où ils déploient l'appareil de la force et de la terreur, vous vous adressiez à nous, non pour puiser dans nos consciences une force qui ne vous a jamais manquô, mais pour savoir de nous, qui sommes vos frères, si votre conduite est digne en tous points du parti républicain dont vo;;s êtes les appuis les plus généreux et les défenseurs les plus iuirépides. Or, c'est pour nous un devoir de conscience, et nous le remplissons avec une orgueilleuse satisfaction, de déclarer à la face du monde que, jusqu'à ce moment, vous vous êtes montrés dignes de la cause sainte à laquelle vous avez dévoué votre liberté et votre vie, et que vous avez répondu noblement à l'attente de tous les hommes libres. On vous avait empêchés de communiquer entre vous et avec vos conseils, et, sous la seule inspii^ation de vos consciences, vous avez agi et parlé comme un seul homme; on vous a refusé les défenseurs, et vous avez refusé les juges; on a éloigné de vous vos femmes, vos enfants, vos amis, et votre énergie a grandi dans la solitude; on a posé des baïonnettes sur vos poitrines, et vos poitrines sesontroidies sous la pointe des baïonnettes; on a voulu mutiler la défense, et vous n'avez pas voulu êtes défendus; on a essayé d'une voix honteuse de vous accuser à la face du pays, et vous, d'une voix haute et fière, vous avez accusé vos accusateurs; on vous a arrachés par la violence de la présence de vos juges, et vous avez en partant fait trembler vos juges sur leurs sièges par la mâle énergie de votre langage; en un mot, dans cette circonstance, comme toujours, vous vous êtes oubliés entièrement vous-mêmes pour ne vous souvenir que des principes d'éternelle justice que vous êtes appelés à faire triompher.
Honneur à vous !
Quant à nous, jaloux aussi d'accomplir notre devoir, et voulant vous continuer jusqu'au dénoûment la loyale assistance de notre zèle, de notre 'expérience et de nos profondes sympathies, nous nous sommes constitués en permanence. Nous suivons avec l'intérêt le plus vif, avec l'anxiété la plus fraternelle, des débals auxquels nous regrettons de n'avoir pu prendre une part plus active. Nous sommes prêts à nous rendre au poste d'honneur que vous nous avez conflé, aussitôt que nous pourrons le faire avec dignité pour le parti, avec avantage pour vous, c'est-à dire dès que la défense sera ce qu'elle doit être, libre et entière; et dans tous les cas, nous ne cesserons d'exercer sur les décisions de vos prétendus juges un contrôle actif, énergique, de tous les instants.
Le système de violence proposé par les gens du roi, et adopté par la Chambre des pairs, ne s'était révélé jusqu'ici qu'avec une sorte de honteuse timidité; aujourd'hui il s'est manifesté îi tous les
5lO HISTOIRE DE DIX ANS.
regards par l'emploi de 'la force brutale, par votre expulsion de la barre de la Cour à l'aide de la violence. On avait commencé par 1
exclure les défenseurs, maintenant c'est vous qu'on veut exclure; on voulait vous entendre en l'absence de vos conseils, maintenant on vent vous juger en votre propre absence. Laissez faire; ceci n'est pas de la justice, c'est la guerre civile qui se continue au sein de la paix et dans le sanctuaire même des lois. f
Persévérez, citoyens : montrez-vous, comme par le passé, *
calmes, fiers, énergiques; vous êtes les défenseurs du droit commun; ce que vous voulez, la France le veut; tous les partis, toutes les opinions généreuses le veulent; la France ne verra jamais des juges où il n'y a pas de défenseurs. Sans doute, au point où les choses en sont venues, la Cour des pairs continuera à marcher dans les voies fatales où le pouvoir l'entraine, et, après vous avoir mis dans l'impuissance de vous défendre, elle aura le triste courage de vous condamner. Vous accepterez avec une noble résignation cette nouvelle iniquité ajoutée à tant d'autres inquités : l'infamie du juge fait la gloire de l'accusé; dans tous les temps et dans tous les pays, ceux qui, de près ou de loin, par haine ou par faiblesse, se sont associés à des actes d'une justice sauvage, ont encouru la haine de leurs contemporains et l'exécration de la postérité.
Salut et fraternité.
[Voir, pour les signatures, les 7ioms des défenseurs, an n" 12.)