‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 50 sur 147 · LA KÉPHESSION DE LA TUAIÏE DES NÈGRES · texte numérisé non relu

LA KÉPHESSION DE LA TUAIÏE DES NÈGRES

sectes religieuses de TAngleterre, sans leurs prédications et le mouvement imprimé à l'opinion publique^, la résistance opposée à riramortelle motion d« Wilberforce n'eût peut-être pas été vaincue. Quoi qu'il en soit, après avoir proclamé Fémancipation des esclaves dans ses propres colonies, le gouvernement anglais se trouvait amené à vouloir que Fémancipation eût lieu dans les colonies étrangères, et la question d'humanité devenait ainsi pour lui une question d'intérêt. Aussi n'avait-il cessé de poursuivre l'abolition de l'esclavage et la destruction de la traite, avec cette persévérance qui caractérise les Anglais. Après la révolution de 1830, Foccasion lui parut bonne pour faire servir la France à l'accomplissement de ses desseins, et, le 30 novembre 1831, le comte Horace Sébastiani et le vicomte Granville signaient, au nom de leurs Cours respectives, un traité ayant pour objet la répression de la. traite des noirs.

Ce traité portait que, dans les parages qu'il déterminait en les spécifiant, chacune des deux nations aurait le droit de visiter les navires de commerce de l'autre ; que le nombre des bâtiments à investir de ce droit serait fixé, chaque année, par une convention spéciale ; qu'il pourrait n'être pas le même pour l'une et l'autre nation, mais que, dans aucun cas, le nombre des croiseurs de l'une ne devrait être de plus du double de celui des croiseurs de l'autre ; que les navires capturés pour s'être livrés à la traite, ou comme soupçonnés d'être armés en vue de ce barbare trafic, seraient, ainsi que leurs équipages, remis sans délai à la juridiction de la nation à laquelle ils appartiendaient, sauf à n'être jugés que d'après les lois de leurs pays respectifs.

Rien de plus sacré, rien de plus auguste, que le but avoué de ce traité. L'Europe ne saurait tolérer, sans s'avilir, un commerce de marchandises humaines. Il lui est commandé de flétrir les négriers comme des misérables, de les poursuivre et de les châtier comme des assassins. S'il a été admis par toutes les nations civilisées qu'en temps de guerre, on pourrait visiter les vaisseaux neutres soupçonnés de porter des armes à Fennemi, pourquoi ne serait-il pas admis qu'en temps de paix, on pourra visiter les navires soupçonnés de porter à la servitude sa pâture vivante? Si le pirate, qui vole de l'or, n'est point protégé par le pavillon dont il cherche à couvrir ses rapines, pourquoi n'en serait-il pas de même du négrier, qui fait métier de voler des hommes ? Malheureusement, le traité passé à ce sujet entre la France et l'Angleterre tendait à la réalisation d'un bon principe par un moyen détestable. Pour avoir raison de la traite, il aurait fallu en appeler, contre une telle infamie, à une croisade de toutes les Puissances, unies cette fois par le double lien de la religion et de Thumanité; il aurait fallu pourvoir à l'établissement d'une flottille neutre, commissionnée, non par telle ou telle nation en particulier, mais par l'Europe'. Et, en eff'et, pour rendre inefficace la convention du droit de visite, ne suffisait-il pas qu'une seule nation refusât son concours?

' Cette solution, lorsque plus tard le droit de visite fut débattu, cette solution a été celle de tous les esprits sincères et élevés. Mais, hélas ! c'est sur la difliculté d'exécution que les adversaires de la mesure ont triomphé ! Los souverains s'entendent aisément et n'ont pas de peine à former des congrès, lorsqu'il s'agit pour eux de tyranniser les peuples avec ensemble ou de se les partager, ainsi qu'un vil bétail ; mais il paraît qu'entre ces mêmes souverains, l'union devient trés-diflicile, lorsqu'il ne s'agit plus que d'arracher à quelques brigands des milliers de pauvres victimes I

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