‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 76 sur 147 · CONTINUATION DE LA LUTTE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE LA LUTTE

Change, et quatre compagnies envoyées de ce côté sont forcées à la retraite. Dans la rue Saint-Pierre-le-Vieiix, on tirait sur les troupes du haut d'une maison : un pétard la l'ait sauter. La préfecture, menacée par un petit groupe d'insurgés, est dégagée rapidement, et les soldats refoulent l'insurrection jusqu'à l'entrée de la rue Mercière et du passage de l'Argue. Là, les républicains font volte-face. .Maîtres du passage, ils y soutiennent le chocpendant quelque temps. jNLais une pièce de canon chargée à mitraille s'avance. Le coup part. Les vitraux sont criblés, les lustres réduits en poussière, les magasins enfoncés. Le passage ainsi rendu libre, les soldats s'y élancent. Au bout de la galerie, une barricade a été élevée; elle est défendue avec acharnement. Enfin, les insurgés sont repoussés. Ils étaient six! Pendant ce temps, les troupes gagnent les deux rues Mercière, et elles établissent une communication permanente entre la place Bellecour et la place des Terreaux, après avoir fait sauter une maison dans la rue de l'Hôpital, où s'allume, chassé par le vent du nord, un violent incendie.

La journée touche à sa fin. Le silence est descendu sur la ville : silence morne et presque plus effrayant que le tumulte. Emprisonnés dans leurs maisons, les habitants des quartiers exposés au feu vivent dans une douloureuse ignorance et de ce qui les entoure et de ce qui les attend. La nuit vint : elle n'était qu'une halte dans la guerre civile.

Le lendemain, 10 avril ;1834), les premières heures du jour furent assez calmes, mais; une fois commencée, la lutte devint furieuse. Quelle journée ! Les soldats occupaient les grandes lignes, ils remplissaient les forts, ils couvraient presque toutes les places, ils se pressaient sur tous les

ponts ; et de leurs canoiis^ de leurs fusils, tournés vers les rues qui conduisent à Fun et l'autre fleuve, ils défendaient invinciblement au peuple l'approche de ces quais, où ne régnait plus qu'une solitude funèbre, et où le passage du peuple n'était plus marqué, depuis la veille, que par de longues traînées de sang. L'artillerie grondait sur Lyon comme sur un champ de bataille, les obus volaient sur divers points, lançant Tincendie.

Et ce jour-là, néanmoins, l'insurrection gagna du terrain. Serpentant sur les hauteurs dont la Saône baigne le penchant, elle les couronna, et bientôt, éclatant partout à la fois, elle enveloppa la ville. Le faubourg de Vaise s'était ébranlé déjà, et des soldats disciplinaires, se soulevant, agrandissaient la révolte commencée. La caserne des Bernardines opposait son front menaçant, inébranlable, aux fortifications mouvantes dont la Croix-Rousse se hérissait de toutes parts. De son côté, la Guillotière était parcourue et tenue en haleine par des bandes d'insurgés. Le tocsin sonnait aux Cordeliers et à Saint-Nizier. Le drapeau noir flottait sur l'église de Saint-rolycarpe et sur l'hôpital des fous. Alors ce fut un horrible spectacle. Des pétards font sauter les maisons dont les fenêtres sont garnies dlnsurgés. C'est à coups de canon qu'on attaque les barricades, qu'on les renverse. Les bombes pleuvent sur le faubourg de la Guillotière ; et dans le qu;irtier livré à leurs ravages, on voit des malheureux se hâter le long des toits, fuyant, éperdus, et la fusillade qui s'approche, et leurs demeures embrasées. Au cœur de Ui ville, môme désolation. Ici, le collège prend leu, et deux fois éteint par les écoliers, riiicendie se rallume dans le combat. ]A, aux environs de rilôtel de ville, soldats et insurgés se poursuivent à

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