LYON EN PLEINE GUERRE CIVILE
Albeit, riugon et Sylvaincourt^ un chef de section est uccouru, disant : « Nous ne pouvons plus retenir nos hommes: ils s'agitent furieux, ils veulent combattre. » Une voix s'écrie alors : «Eh bien, qu'ils descendent sur la place « publique. » Au point où en étaient les choses, l'importance d'un pareil ordre était nulle. Loin d'avoir donné le signal du mouvement, le comité s'était vu emporté par lui. Mais enfin, si le Pouvoir eût voulu et cru prévenir l'insurrection par l'arrestation des membres du comité, rien ne lui eût été plus facile que de les faire arrêter. Car il avait été prévenu, dès le matin, de leur réunion, il en connaissait le centre, et le chemin était libre jusqu'à eux. Quels motifs mystérieux portèrent M. Gasparin k s'abstenir? Faut-il croire qu il fut retenu par la crainte de commettre un acte arbitraire, alors qu'il s'agissait d'une guerre civile à conjurer dans une ville qu'on inondait de soldats?
Une consigne d'ailleurs avait été donnée qui n'indiquait pas de grands scrupules de légalité : « Feu sur quiconque « paraîtra dans les rues, » avait-on dit aux soldats. Consigne terrible, qui ne fut pas générale, il est vrai, qui n'exista que pour certains quartiers, mais qui, là où elle fut observée, produisit d'inconcevables scènes d'épouvante et d'horreur ! Qui le croirait ? Four que des juges et des avocats pussent sortir, même en robes, du tribunal où les avait appelés l'aifaire des mutuellistes, et cela sans s'exposer à ' devenir victimes de l'aiFreuse consigne, il fallut qu'un officier supérieur vint les avertir, et qu'un ordre tout spécial protégeât leur retraite !
Déjà, en effet, Lyon était en pleine guerre civile. Stationnées sur les principaux quais, sur les principales places, et, comme animées par un courant électrique, les troupes
b\: HISTOIRE DR DIX ANS,
faisaient feu de toutes parts. Le canon grondait sur la place Louis-le-Grand. La mitraillade avait connuencé, renversant sur le pavé hommes, femmes, enfants."
Comment résister à une attaque aussi brusque, aussi violente ? Car les communications ont été coupées par les soldats, et le plus grand nombre des sectionnaires, des ouv^'iers, se trouvent isolés, parqués dans leurs quartiers respectifs, sans pouvoir ni se concerter ni se réunir. Quant à ceux des insurgés auxquels est parvenu Tordre du combat, et qui sont descendus sur la place publique, ils sont sans armes pour la plupart. Ils ont compté sur des dépôts de fusils : pure illusion ! Ils ont espéré que Tinsurrection entraînerait Tarmée : et toutes les mesures ont été prises pour que le soldat échappe au contact du citoyen ; et c'est de loin, c'est à coups de canon que la révolte est combattue. Ils ont cru à une organisation, et ils n'aperçoivent autour d'eux qu'un effroyable désordre. Ils cherchent des yeux les chefs, et beaucoup de chefs sont absents. Alors presque tous se retirent découragés et la malédiction sur les lèvres ; les plus désespérés se décident à rester à leur poste pour y mourir, la défaite ayant précédé le combat.
Et, toutefois, dans cette confusion immense, on est parvenu à former à la hâte six centres d'action, mais sans rapport entre eux : un dans les quartiers Saint-Jean, Saint- Faul et Saint-Georges ; un dans le quartier des Cordeliers ; un dans la rue Neyret et les rues adjacentes ; un dans le clos Casaty, compris entre la Grand'Côte et la côte Saint- Sébastien ; un à la Croix-Rousse ; un autre enfin à la Guillotière.
La fusillade continuant, des engagements avaient eu lieu sur divers points. Quelques insurgés barricadent le pont du