‹ Révolution française. Histoire de dix ans 1830-1840 (volume 3)Chapitre 15 sur 93 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

FÏIections da mois da juin i83i. — Secrètes dissidences dans le cabinet. ~ Lutte entre M. le maréclial Sonlt et H. Goiiol.

— Divisions dans le conseil an sujet de M. Decazes et du duc de Bassano. «^ M. Thiers abandonne le raaréelial Soalt. — Le roi , M. Guizot et M. Tbiers au chàleau d^Eu ; le roi consent à la retraite du marécbal Soult et à son remplMenest par le maréchal Gérard. — M. de Sémonville sacrifié au duc Decazes. -^ Débats ilaus le conseil sur la qoeslioo de ramnislie. — Dissidence entre M. Thiers et le maréchal Gérard. — Le conseil se prononce eontre Tamnislie; poorqaoi.

— Retraite du maréchal Gérard. — Grise ministérielle : intrigues diverses. — Combinaison projetée par M. Thiffs-- Le roi la repousse, en haine de M. de Broglie. — Dissolution du cabinet. — Scènes étranges qui en sont la suite. - Ministère des trois jours. — De quelle manière il tombe; jugement qu*en porte le roi. - Le ministère préeédcnl rfvîi som la présidence da maréchal Mortier. — Interpelhitions à la chambre. — Ordre du jour motivé.

La chambre des députés avait été dissoute au moment même où la session venait d'expirer, et on avait dû procéder à des élections nouvelles. Or le résultat n'en pouvait être douteux. Vaincu de la veille , le parti républicain n'obtint dans le corps électoral qu'un petit nombre de suffrages. Le gouvernement, au contraire, entrait en lice soutenu par Féclat de sa récente victoire : il eut pour lui tous les

(I) Voir aux documents hisloriqaes.

flatteurs du succès, race vile, partout trèsnombreuse, mais qui se distingue dans les monarchies par Teffronterie de sa bassesse.

Au reste, ce gouvernement, si fort en apparence, portait en lui des causes actives de dissolution. Et peut-être le lecteur nous saurat-il gré de mettre ici au grand jour quelques scènes d'intérieur, bien propres à montrer tout ce que renferme de mesquin et de rù\sérable la vie secrète des monarchies. Rien de plus triste et, souvent, rien de plus instructif

lUSTOlUli; DE DIX ANS. 1830-1840.

que rbistoire de la puissance en déshabillé.

Dans le maréchal Soult, M. Guizot , d'accord en cela avec H. de Broglie, ne voyait qu*un soldat brutal, fier d*un renom que sa capacité ne justifiait pas, affectant un orgueil toujours mêlé de ruse, et grevant le budget outre mesure par les dispendieux caprices de son administration. De son côté, le maréchal Soult professait pour M. Guizot, M. de Broglie et les doctrinaires, le genre de dédain naturel à Fhomme d*épée : il sMrritait de leur morgue, de leur talent surtout. Dans la lutte sourde, née de ces antipathies, M. Thiers avait été longtemps, non pas Pallié du maréchal, mais son défenseur officieux. Car M. Thiers, tout plein des souvenirs de Tempire, ne put jamais se défendre d'un certain respect pour l'uniforme. Malheureusement, le maféchal Soult avait le goût des subalternes, il aimait à s'entourer de courtisans obscurs. Et ceux-ci, pour se donner auprès de lui une importance, s'étudiaient à l'isoler dans le conseil , en l'aigrissant contre tous ses collègues. Il en résulta, de sa part, une défiance qui enveloppa bientôt M. Thiers lui-même. Si bien qu'en peu de temps il se forma dans le cabinet une sorte de ligue sous laquelle il était impossible que le maréchal ne succombât point tôt ou tard.

Telles furent les véritables causes de sa chute : voici quelle en fut l'occasion.

Les esprits étaient fort occupés alors des affaires d'Afrique (1). Notre conquête s'y traînait péniblement depuis 1830 et ne s'y installait pas. Le courage des soldats s'y fatiguait à poursuivre, dans des expéditions sans nombre et sans fruit, des cavaliers rapides, maîtres de respace et gardiens insaisissables d'un sol brûlant. Il nous en coûtait beaucoup d'or, et le plus pur de ce sang généreux qui a toujours bouillonné dans les veines de la France. D'ardentes préoccupations s'ensuivirent. On se demanda si le mal ne venait pas de la fréquence excessive des excursions, et, par conséquent, de la prédominance de l'esprit militaire en Afrique. On se demanda s'il ne serait pas bon, pour asseoir enfin notre conquête à Alger, d'y

(I) Si nous n'avons pas encore parlé de nos expcHlilions en Algérie, c^esl parce quMl nous a paru convenable, pour éviter la eimfasioA des faits , do rtjeler à la fln de Touvrage

envoyer un gouverneur civil, duquel relèveraient les généraux. Cette opinion se fortifia, s'étendit, s'empara de la chambre après avoir envahi la presse. Elle servait indirectement les vues ou, plutôt, les répugnances des doctrinaires, à l'égard de l'Afrique. < Alger, disait H. de Broglie, » est une loge à l'Opéra. La France est assez » riche assurément pour avoir une loge à l'O- » péra;mais celle-là lui coûte trop cher. » Or, depuis que M. de Broglie était sorti du conseil, ses dégoûts y étaient représentés par M. Guizot, son ami. Quanta M. Thiers, l'occupation de l'Afrique répondait à tous ses instincts de nationalité, elle caressait ce qu'il y avait en lui du vieil orgueil impérial, mais , sur les avantages d'un gouvernement civil, son esprit flottait indécis. L'affaire est portée au conseil. Le maréchal Soult croit voir l'armée insultée en sa pei*sonne; il résiste, et s'apercevant que sa résistance ne triomphera pas, il la fait porter sur le choix du gouverneur.

MM. Thiers et Guizot avaient Jeté les yeux sur M. Decazes, qui leur était recommandé par son importance politique, par son expérience dans le maniement des hommes, par les services qu'il avait rendus, sous la restauration, à l'opposition des quinze ans, et aussi par ses embarras de fortune. Mais M. Decazes avait pour ennemi déclaré, dans la chambre des pairs , M. de Sémonville, familier du maréchal Soult, qu'il dominait. M. de Sémonville détourna de M. Decazes , pour le diriger sur le duc de Bassano, le choix du ministre de la guerre. Qu'on juge de la surprise de MM. Thiers et Guizot lorsque le duc de Bassano leur fut proposé ! Aucune antipathie personnelle ne les éloignait de ce personnage, mais sa capacité leur était plus que suspecte. Le maréchal insistant pour le duc de Bassano, ils insistèrent plus que jamais pour M. Decazes; et le conseil resta ouvertement divisé.

Le roi, qui ne voyait pas jour à Caire tourner au profit de son gouvernement personnel un débat où le maréchal Soult était d'un côté, MM. Guizot et Thiers de l'autre, le roi, pour amortir la querelle, imagina défaire un voyage

IMiistoire de la France k Alger depuis la conquête. Aussi bien celte histoire forme pur sa nature un tabifuu loul ft fait à i^art.

UÉVOLUTION FRANÇAISE.

au château d*£u, sa retraite de prédilection. Les noms de MM. Decazes et de Bassano cessèrent en effet d'être prononcés; mais, si le conflit n'existait plus, Faigreur survivait. Impatient de se débarrasser du ministre de la guerre, M. Guizot pressa M. Thiers de s'unir ï lui dans ce but, lui représentant que le maréchal était, dans le conseil, une cause permanente de division ; à la chambre , un embarras. Et M. Thiers d*hésiter. c Un maréchal de > France est à ménager, » disait-il d'un air pensif. 11 consentit néanmoins à se prêter, au moins passivement, aux répugnances de son collègue; et ce fut avec son assentiment que M. Guizot partit pour le château d'Eu, où le roi l'avait devancé.

Le roi tenait au maréchal Soult, d'abord parce qu'il avait en lui un ministre aussi docile que laborieux, ensuite parce qu'il le jugeait seul propre à appuyer fortement le trône sur l'armée. D'ailleurs, il s'agissait d'offenser un homme qui avait marqué dans la guerre, même à une époque ob Napoléon rendait tout obscur autour de sa gloire ; et Louis-Philippe avait coutume de dire en parlant du maréchal Soult: € II me couvre. »

Par tous ces motifs les démarches de M. Guizot étaient hasardeuses. Le roi veut s'en expliquer avec M. Thiers; et, sur un courrier qu'on lui dépêche en toute hâte, le ministre de l'intérieur se rend auprès de son collègue et auprès du roi. La discussion fiit longue; mais M. Thiers s'étant fait fort de décider le maréchal Gérard à entrer dans le cabinet, si, préalablement, le maréchal Soult en était exclu, le roi céda. Le président du conseil fut donc censé avoirdonnévolontairement sa démission. H. de Sémonville fut châtié à son tour, et les ministres vainqueurs trouvèrent plaisant de lui donner pour successeur dans la dignité de grand référendaire de la chambre des pairs ce même M. Decazes qu'avait retenu à Paris son imprudente inimitié.

Les journaux de l'opposition s'épuisèrent en vaines conjectures sur les causes de^la retraite du maréchal Soult, retraite dont on n'avait eu garde de livrer le secret aux commentaires de la malignité des partis. Interrogée par la polémique, la presse ministérielle motiva sans

scrupule la démission du vieux guerrier sur le dépérissement de sa santé, résultat de ses fotigues. La vérité est qu'il fut renversé par ses collègues. Sa haine contre les doctrinaires s'ea accrut; et M. Thiers, sur lequel il avait un instant compté, lui étant devenu particulièrement odieux, des propos pleins de fiel témoignèrent de son ressentiment.

M. Thiers n'avait pas trop pr^omé de son influence sur le marchai Gérard. U finit par l'entraîner dans le conseil, où l'attendait la place de son ancien compagnon d'armes. On était au 18 juillet 1834. Le maréchal Gérard ne se sentait aucun goût pour le pouvoir : il se décida par l'espoir d'honorer son passage aux aSiaires en faisant décréter une amnistie générale.

M. Thiers lui laissa entrevoir que ses d^rs à ce sujet pourraient être réalisés; mais aucun engagement positif ne fut pris et il n'y eut pas de délai assigné. Or, ici commence une série de complications plus curieuses encore et plus instructives que celles dont nous venons d'esquisser la physionomie.

On a vu de quelle manière, obéissant à une colère imbécile, le ministère avait été amené à charger la pairie de cet eflhiyant brdean : le procès d'avril. Cette faute, une des pins grossières qu'un gouvernement ait jamais commises, éclatait déjà dans ses conséquences. Les tentatives faites en 1854 sur divers points du royaume n'étant considérées que comme les épisodes d'un même complot, il avait fallu don* ner à l'accusation des proportions colossales. 11 avait fallu, pour rassembler les matériaux du procès, déployer un faste d'inquisition vraiment sans exemples. On entassa poursuites sur poursuites, arrestations sur arrestations. Deux mille personnes furent appréhendées, quatre mille témoins interrogés, dix-sept mille pièces mises sous les yeux des commissaires instructeurs!

Décréter l'amnistie en de telles circonstances, c'eût été faire acte tout à la Ms de sagesse et de générosité. Aussi l'idée n'en flit pas plutôt émise qu'elle s'empara irrésistiblement de l'opinion. La presse y puisa son thème favori; elle prit place dans les entretiens de salon; elle occupa les loisirs de l'atelier; si elleéveilla parmi les captifs quelques sentiments de fierté

HISTOlttE DE DIX ANS. i830-i8i0.

rdiellâ, d'antre part elle agita d'une douce es* péranee leurs enfants, leurs femmes et leurs mères; enfin, les amis les plus modérés du gouvernement crurent le moment venu pour lai de renoncer avec honneur à un procès im* possible et de cacher dans l'éclat de sa clémence oe qu'avaient eu de téméraire les inspi* rations de sa haine.

Hais c'est la maladie des gouvernements fiûbles de se méprendre éternellement sur la latore et les caractères de la force. La force! rien ne la prouve mieux que le pouvoir de se BM)Btrer clément avec impunité; et ceux-*là font de leur faiblesse un aveu bien humiliant, qui se déclarent hors d'état d'être généreux sans péril.

Yoilà ee que seul comprit, dans le conseil, le maréchal Gérard; et, chose singulière! son prineipal adversaire ne ftit pas M. Guizot, ce ftit M. Thiers. M. Thiera était loin d'être cruel, pourtant; et il avait assez de largeur dans l'esprit pour savoir qu'en fait de répressions violaites, tout ce qui n*est pas absolument nécessaire est nuisible. Mais il s'était abandonné aux entraînements d'un amour-propre qui ne Ait pas eexempt d'enfantillage. Parce que la presse demandait l'amnistie avec hauteur, paroe qne les républicains en danger dédaignaient SèreiDent de la denunder, il s'était persuadé qu'il y aurait à l'accorder manque d'énergie, manque de courage; et quoiqu'il n'aimât point à courir après l'impopularité, à la façon de M. Guiaol, c'est-à-dire fastueusement et avec raioetation du dédain, il s'oublia, eette fois, jBsqa'à savourer plus complaisamment que M. Goizot lui-même les jouissances de l'impo^ polarité bravée. Le roi, d'ailleurs, repoussait ramnistie. Or, comme il était convenable que dans une question aussi délicate te roi s'effa- «àt le plus possible, M. Thiers se plaisait à f le couvrir. »

Le maréchal Gérard, de son côté, avait noblement lié son existence ministérielle à Fadoption de l'amnistie, et les encouragements ne lui manquaient pas. Il s'était Ibrmé depuis peu, à la diambre, au sein de la majorité, une petite ligue de prétendants, connue sous le nom de tiers parti, et qu'on aurait mieux Sût de nonmier parti de l'intrigue. Ennemi de

la gauche par ses idées, et des ministres par son ambition, le tiers parii s'usait à faire sournoisement la guerre aux portefeuilles. Il poussa le maréchal Gérard à tenir bon , convaincu que diviser le cabinet c'était le dissoudre.

L'allure des journaux fut en général plus franche; et le maréchal Gérard, soutenu par la presse, compta au nombre de ses partisans les plus résolus le Constitutionnel, feuille qui exprimait les sentiments d'une portion notable de la bourgeoisie. Directeur du Constitutionml, M. de Saint-Albin y publia, sur la mesure en discussion, une lettre vive, chaleureuse, qu'il signa, et qui tranchait avec le ton ordinaire de la polémique. Il cita ces belles paroles d'un empereur romain : « Je ne voudrais pas qu'on » me crût tant d'ennemis. » U rappela en quels termes le Vieux Cordelier avait protesté contre le Vœ victis révolutionnaire ; et il évo* quait, pour la bénir, la mémoire de Camille Desmoulins, s'écriant à deux pas de l'échafaud, et au risque d'y monter pour avoir voulu l'abattre : « Instituons un comité de » clémence. »

Cependant, le maréchal Gérard se lassait et s'indignait d'une résistance à laquelle il ne s'était pas attendu. A bout de patience, il fit rédiger sous ses yeux, par M. Linguet, une note ayant pour but d'amener le conseil à se prononcer. Les avantages de l'amnistie étaient développés dans cette note avec un sens profond, et le maréchal Gérard y ouvrait son âme tout entière. Il n'hésitait pas à y déclarer qu'il échangerait volontiers contre l'honneur d'avoir consolé tant de pauvres mères, une partie du renom guerrier qu'il avait acquis sur les champs de bataille, au prix de son sang. La note se terminait par le récit d'une anecdote caractéristique et touchante. Après la victoire de Marengo, Bonaparte demandant à ses officiers à quelles causes ils attribuaient ses succès, les uns parlèrent de son habileté dans la direction des aflaires du dedans, les autres de ses batailles gagnées; mais lui : c Tout » m'a réussi, répliqua-t-il , parce que je suis » pour tout le monde une vivante amnistie. »

La leçon était fîrappante et les circonstances la rendaient solennelle. Car enfin , l'amnistie

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HÉVOLUTION FKAMÇAISE.

n'était-elle pas impérieusement commandée, même par cette politique qui se fait gloire d*é(re sans entrailles? Y avait-il prudence à remuer les cendres de la guerre civile, à faire discuter devant le peuple attentif la révolte du pauvre contre le ricbe, à indiquer de quelle sorte on ébranle la fidélité militaire, à souffler sur tant de haines mal éteintes? Et quelle folie de conduire la foule dans cette rue Transnonain toute remplie d'assassinats, devant ce fatal et trop célèbre numéro 12!

Inutiles considérations ! On voulait paraître fort; on tremblait de se montrer pusillanime. Et puis, s'il faut tout dire, on enviait au président du conseil l'honneur d'avoir fait prévaloir un système que l'opinion n'attribuait qu'à lui seul. L'amnistie décrétée, les amis du maréchal n'auraient-ils pas crié partout :

« M. Gérard l'emporte enfin ; il a vaincu ses » collègues, il a vaincu le roi! » Là se trouve, pour quiconque sait le cœur humain , la véritable cause, la cause philosophique du rejet de l'amnistie. Car, quant aux raisons par lesquelles on la combattit, rien de moins sérieux. On osa prétendre que, au point de vue de la constitution, le roi ne pouvait pas faire, avant la condamnation, ce qu'il pouvait faire après par l'usage du droit de grâce; argutie qui ne méritait pas d'être réfutée! chicane de procureur opposée à des vues d'homme d'État! On fit semblant de craindre l'indignation de la magistrature souveraine, si on lui arrachait ses justiciables; de la garde nationale, si on dérobait à ses rancunes ceux qui avaient troublé son repos; sophisme qui calomniait la France! Les motifs réels, on eut soin de les taire : nous les avons exposés. Le projet d'amnistie fut donc repoussé définitivement, et le maréchal Gérard sortit du ministère.

Cette retraite ouvrant la brèche aux ambitieux, les plus pressés coururent à l'assaut du pouvoir; et les antichambres du château, les couloirs du palais Bourbon , les bureaux des ministères, les salons politiques, devinrent autant de foyers d'intrigues. Le fiers parti était en émoi. Déjà les subalternes dressaient de nouvelles listes, et composaient le ministère de leur désir. Plus circonspects , les chefs feisaient effort pour se défendre d'une impa- [

tience cynique; mais ils jouissaient du mouvement dont ils étaient le centre, et, avec toute la joie de l'orgueil vengé, MM. Dnpin aîné, Passy, Sauzet, se laissaient porter par le fiot de tant d'agitations diverses. Alors se produisirent, sur la dernière adresse votée par la chambre, des commentaires ayant pour résultat inévitable et prévu d'offenser les ministres, de les piquer au jai, de pousser leur orgaeU à quelque éclat téméraire, et de jeter des nuages sur l'appui qu'ils devaient désonnais attendre de la majorité. L'adresse avait parte de la réconciliation des partis devenue désirable : n'était-ce pas crier aux ministres qae leur politique avait été follement erudle?

L'adresse avait recommandé à la couronne le choix d'agents édairis et fidèles : nul doute qu'il n'y eût là une allusion blessante! L'adresse avait manifesté l'espoir que lé budget serait ramené à de moins funestes proportions : comment ne pas deviner la pensée de blâme cachée au fond de cette leçon d'économie? Ces discours échauffent les esprits, enfiamment les ambitions, et tout semble se préparer pour uu changement.

Les ministres ne s'émurent pas. Dans l'enivrement où les avaient plongés leurs victoires récentes, ils souriaient des prétentions du tiers parti et de sa turbulente faiblesse. Us se persuadaient volontiers qu'une fois au pouvoir, le tiers parti fléchirait sous un aussi lourd fardeau et ne tarderait pas à tomber au bruit de la risée publique. Telle était même à c^ égard leur conviction, qu'ils résolurent d'abandonner momentanément leurs portefeuilles.

€ Qu'on prenne nos rivaux à l'essai, se disaient-ils; la bourgeoisie, conviée au spectacle de leur impuissance , n'en sentira que mieux ce qu'ils valent, et combien est légitime notre droit à la conduire. D'ailleurs, Popposition de ces hommes nous fatigue, elle nous harcdle de plus en plus ; elle finirait par nous créer des obstacles sérieux. Réduisons-la au silence par une retraite qui , mettant au grand jour l'infériorité de nos adversaires, ne servira qu'à nous faire rentrer au pouvoir d'une manière triomphale. »

Ce projet devait plaire à M. Guizot, dont il remuait l'âme dédaigneuse. M. Thiers, de son

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c6të, sonpirait après quelques jours de repos. Car il se lassait aisément du pouvoir, précisément parce qn*il était dans sa nature de l'exercer avec beaucoup d'ardeur. Le cabinet allait donc se dissoudre. Mais, parmi les ministres, il y en avait un qui n'entrait pas dans le plan de ses collègues : c'était M. Persil , garde des sceaux, ministre de la veille : il lui en coûtait de faire, après une carrière si courte et sur un espoir incertain, le sacrifice de son ambition. Aussi sa résistance fut-elle opiniâtre, et lorsque ses collègues offrirent leur démission, il s'engagea entre lui et M. Thiers, en présence du roi, un débat d'une violence extrême. La crise ministérielle, comme il arrive souvent, se traîna pendant plusieurs jours de péripéties en péripéties. Bien que le ministère, ainsi que nous venons de le dire, couvât avec complaisance l'idée de couvrir le tiers parti de ridicule en lui faisant place, on essaya diverses combinaisons en vue du maintien du cabinet. Mais à qui en confier la direction?

Cétait là, sans contredit, la plus grande des diflScultés. M. Thiers était trop jeune à cette époque, il était trop nouveau dans les aflaires pour qu'on songeât à l'élever à la présidence du conseil. M. Guizot, à cause de son importance et de son âge, aurait pu prétendre à cette dignité; mais il était doctrinaire. Or, quoique cette qualification n'eût pas de vrai sens politique, quoiqu'elle exprimât une manière d'être plutôt qu'une manière de penser, il s'y attachait je ne sais quel vernis d'impopularité tout à fait indélébile. Aussi n'était-il question de la présidence, ni pour M. Guizot, ni pour M. Thiers. Et dès lors quel parti prendre? Ils ne saluaient dans personne la supériorité du talent, ils n'auraient accepté que celle du nom : il fallait donc trouver un personnage à la suite duquel ils pussent marcher sans trop sacrifier leur orgueil. Mais le maréchal Gérard se retirait, le maréchal Soult venait de tomber sous leurs coups, M. de Brogtie était odieux au roi : que faire? Restait H. Mole. On conçut un moment l'espoir de Tattirer, et on parla de lui donner le portefeuille des affaires étrangères. Nouvel embarras! Ce portefeuille, M. de Rigny ne l'avait accepté provisoirementquepourlaisserentr'ou-

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