CHAPITRE XLIX
Coup iTœil général sur les affaireâ d*Afrique. — Mi&sion historique de la France à Alger. — Système du maréchal Ckiiid. — Le général Berthciène. — Le duc de Rovigo. ~ Abd-el-Kader. — Système poeifiqne du général Desmichels; traité du 26 février lS3i -, ses conséquences. — Le comte Drouel d'Erlon remplace le lieutenant général Voirol. — Ineerlilude» du gouvernement. — Affaire de la Macta. — Le maréchal Clauzel est envoyé de noureau en Afrique. — Expéditions de Mascara et de TIemcen. — Influence du séjour en Afrique sur les Français. — Camp de la Tafna. — Victoire de h SIckak. — Le maréchal Clauzel à Paris. — Opinion du parti doctrinaire sur Alger ; opinion du roi ; vues de M. Tbim. - Première expédition de Constantine.
La fin de l'année 1836 fut marquée par un événement douloureux, inattendu, et qui nous amène à jeter un coup d'œil rapide sur l'état de nos affaires en Afrique, en remontant au jour de la conquête.
Tant que l'Europe s'était vue en proie au tumulte et à l'agitation des batailles, il était tout simple que les pirates algériens eussent impunément promené leurs brigandages sur la Méditerranée. Il était arrivé , sous l'empire , qu'un savant illustre, M. Arago, avait été pris par des corsaires et conduit en captivité. Le bruit de cet événement s'était perdu dans une époque de tempêtes; mais, de nos jours, quel n'eût pas été le retentissement d'une semblable nouvelle, au milieu du, silence de l'Europe?
Délivrer la Méditerranée était donc une nécessité glorieuse. Et quel peuple était plus digne, plus capable que le peuple de France de veiller sur la mer? En forçant la piraterie dans son
dernier asile, la France se montrait fidèle à son rôle historique; elle reprenait, avecplas de lumières et moins de fanatisme, la grande tradition des croisades ; elle abritait une ibis encore la civilisation. Le coup d'éventail eat quelque chose de providentiel. U ne fat pas une cause, il fut un signal.
Quoi qu'il en soit, arrivés à Alger, les Français se trouvèrent dans une situation pleine d'obstacles et de périls. Sur leurs têtes un ciel ardent. Devant eux , dans une plaine comprise entre la mer et une première chaîne de montagnes , tout un peuple de cultivateurs guerriers, fractionné en tribus.
Dans cette partie septentrionale de l'Algérie appelée le Tell , les villes étaient rares et habitées par un mélange de Mores et de juife portant sur le front l'empreinte de la domination turque. Mais là n'était point le vrai peuple de l'Algérie, l'Arabe des tribus. Refoulé loin
HISTOIRE DE DIX ANS. lS3(Ki840.
des fillest reptires d'un gouyerDement spoliateur, l'Arabe, daDS le Tell, occupait un teiTi- Voirt doût il ne francbissait pas les limites , BMis auquel il n'était encbatnë par aucun de ces liens dont notre système de propriété enlace les hommes d'Europe. La propriété, l'Arabe du Tell ne la connaissait, dans ce qu'elle a de personnel et de jaloux, que rela^ tîTement à ses troupeaux, à sa charrue, à ses armes, à son cheval. Pour ce qui est du sol, il ne le jugeait pas transmissible par vente ou par héritage; c'était comme membre de la tribu, sur la désignation du eheik, et sans autre droit que celui du travail, qu'il cultivait la terre. Car, d'après le Coran, la terre n'appartient qu'à Dieu ou à son vicaire ici-bas, le sultan, et elle est à qui la féconde. Ainsi, pour l'Arabe du Tell, pas d'habitation stable; mais des tentes qui protégeaient la moisson et des ailos où allaient s'enfouir les grains.
Autre était l'existence des tribus répandues an sud des dernières chaînes de montagnes, dans le pays des Palmes, limité par le désert. Composées de pasteurs, ces tribus obéissaient à un régime de pérégrination annuel, régulier, prescrit par le climat et la nature des productions. Après avoir passé dans leurs landes l'hiver ei le printemps, époques ^oraMes aia pâturages, les ambulantes eités du Sahara s'avançaient vers le nord, à la fin du printemps , suivies de chameaux chargés d'étoffes de laine el de dattea, et elles allaient échanger ces produits de l'Algérie du sud contre le» céréaks des cultivateurs du Tell.
De là, pour les Français, conquérants du UtIMal , une indication de la plus haute importance. Puisque, chaque année, un HkouveumK nécessaire et pacifique entraînait vers le Mrd FAIgérie iaéridionale, l'attirer et l'attendre valait mieux que l'alleif diercber en la BHtttçanL Comment, d'ailleurs, pénétrer par les armes dans l'intérieur? Comment franchir, sans les inonder de sang, les montagnes, remparts naturels et redoutables, défendus par des Kabyles en qui revivaient l'audace et l'agilité des anciens Numides?
Les Turcs, cependant, avaient pu étendre jssque sur les tribus du Sahara le joug de lour aristocntîe mtltttire : ils y étaient par-