‹ Révolution française. Histoire de dix ans 1830-1840 (volume 3)Chapitre 43 sur 93 · LOUIS IU.1C · texte numérisé non relu

LOUIS IU.1C

des insurgés, et le lieutenant est atteint d'une blessure mortelle. Aussitôt les insurgés se portent en avant, attaquent le poste par une vive fusillade et l'enlèvent au milieu du sang versé. Mais dans l'intervalle, la préfecture de police avait eu le temps d'armer ses défenseurs. Réduite à un trop petit nombre de combattants pour tenter sur la préfecture une attaque sérieuse, et avertie d'ailleurs, par les coups de fusil, qu'un détachement d'insurgés venait de gagner la place du Châtelet, la co lonne de Barbes et de Meillard courut rejoindre sur ce point celle dont faisaient partie Guignot, Martin Bernard, Nétré et Blanqui.

Beaucoup déjà s'étaient dispersés. Réunies, les deux colonnes formaient une troupe trop faible pour occuper la place publique. Il ne restait donc plus aux insurgés qu'à s'enfoncer dans les rues étroites et populeuses, en achevant de s'armer par l'enlèvement successif des postes qu'ils trouveraient sur leur passage.

Conformément à cette résolution désespérée, ils se dirigèrent d'abord sur l'hôtel de ville, qu'ils occupèrent et où Barbes lut la proclamation d'une voix ferme. Ils se précipitèrent ensuite vers la place Saint-Jean, dont une attaque meurtrière leur livra le poste. De là à la mairie du septième arrondissement la distance est courte : ils la franchirent au pas de course. Ils espéraient trouver des armes :

espoir qui bien vite se dissipa, ne leur laissant que le regret d'une tentative inutile.

Cependant la ville se remplissait de soldats. . Le peuple s'était ému et ne â'était pas agité. Cinq ans plus tôt, les trois cents soldats d'une aussi impétueuse et soudaine révolte rencontraient sur leur chemin des passions qu'ils eussent allumées d'un souffle; mais, en 1859, le prodige de leur audace ne fit que jeter dans l'immobilité de la stupeur Paris fatigué. D'où venaient ces hommes sans peur? Où avaientils puisé l'excès d'une telle entreprise? Que prétendait leur intrépide folie? Et qui donc les pressait de mourir? Nous-même, dans cette sombre journée, à vingt pas de la rue de la Paix, nous avons vu passer, le fusil sur l'épaule et se rendant au sinistre appel des coups de feu, quatre jeunes gens à la démarche altière et au visage irrité. De rares pas-

UÉVOLUTION FRANÇAISE.

saDts se rangeaient à leur aspect et les suivaient de rœil avec un étonnement mêlé d'épouvante.

Le jour touchait à sa fin. Attirés vers la mairie du sixième arrondissement par une nouvelle inspiration de leur désespoir, les insurgés s'étaient mis en marche à travers les mes Simon-le-Franc, Beaubourg et Transnonain, itinéraire funeste que les précédentes insurrections avaient tracé dans le sang et qui était comme peuplé de fantômes. Il y eut là, pour la partie la plus tumultueuse de la capitale, des heures d'anéantissement et de silence dont il est difficile d'exprimer l'horreur. Les maisons étaient fermées, obscures, et l'on n'entendait rien, plus rien : ni le frémissement des voitures, ni le cri des enfants , ni le bruit de la foule occupée. Or, tout à coup, du fond de ces rues muettes la Marseillaise s'éleva, chantée par des voix mélancoliques et lugubres. C'étaient les insurgés qui s'animaient à leur lutte dernière. Trois barricades furent élevées dans la rue Grenetat, et l'insurrection vint creuser son tombeau. Parmi les chefs, Guignot et Meillard étaient blessés; Barbes avait été aussi frappé à la tête : on l'arrêta les mains noires de poudre et la figure couverte de sang.

L'insurrection du 12 mai, abattue, enfanta un ministère. Le maréchal Soult eut la présidence du conseil et les affaires étrangères, M. Teste la justice, M. Schneider la guerre, H. Duperré la marine, M. Duchâtel V intérieur, M. Cunin-Gridaine le commerce, H. Dufaure les travaux publics, M. Villemain l'instruction publique, M. Passy les finances.

Le 27 juin 1839, comparurent devant la cour des pairs : Armand Barbes, Martin Bernard, Bonnet, Roudil, Guilbert, Mialon, Delsade, Lemière, Austen, Walch, Lebarzic, Phiiippet,Dugas, Nouguès, Noël Martin, Marescal, Pierné, Grégoire. Le nombre des inculpés était beaucoup plus considérable ; mais , comme à l'égard des derniers l'instruction ne se trouvait pas encore complète, on s'était cru le droit de diviser les accusés en deux catégories. Avec une vive éloquence, MM. Emmanuel Arago et Dupont, défenseurs de Barbes et de Martin Bernard, prouvèrent que l'indi-

visibilité du délit entraînait celle de la procédure; qu'ainsi le voulaient la jurisprudence, la logique, le bon sens, l'équité; que, lorsqu'il s'agissait d'un fait commun à plusieurs, la part assignable à chacun dépendait de l'ensemble des témoignages; qu'il y avait danger manifeste à condamner un accusé sur des apparences que ses coaccusés, sur des aveux ultérieurs, pouvaient détruire. Et à l'appui de leur doctrine, habilement combattue par le procureur général, MM. Emmanuel Ârago el Dupont invoquaient une consultation signée par des avocats distingués : MH. Martin (de Strasbourg), Hennequin, Nicod, Odilon Barrot, Ledru-Rollin, Marie, Joly, Bethmont, Dugabé , Galisset-Coralli , Béchard , Lucas , Crémieux, Durand de Romorantin, Mandaroux- Vertamy , Charamaule, Duponl-While, Maurat-Ballange, Moulin, Lanvin, Nacbet, Plocque, Durand de Saint-Amand, Chamaillard, Cotelle, Hennequin fils. Mais, soit que le gouvernement fût bien aise de faire juger Barbes et Martin Bernard sous F impression des colères du moment, soit qu'il craipit, suivant l'expression de M. Franck-Carré, le dépérissement successif des preuves et les embarras d'une longue procédure, on passa outre.

Dans son réquisitoire, M. Franck-Carré avait particulièrement insisté sur le meurtre de l'officier Drouineau, affirmant que c'était un assassinat et que Barbes en était coupable :

Barbes se leva, et jamais conviction plus profonde n'apparut sous un plus noble aspect, le calme de l'accusé, sa haute taille, le rayonnement de son front, la beauté fière et hardie de son visage, son élégance virile, tout révélait l'héroïsme de sa nature. Il s'exprima simplement, en peu de mots, et toucha jusqu'aux larmes une grande partie de l'assemblée. « ic » ne me lève pas, dit-il, pour répondre à votre » accusation ; je ne suis disposé à répondre à » aucune de vos questions. Si d'autres que » moi n'étaient pas intéressés dans l'affaire, » je ne prendrais pas la parole; j'en appellc- » rais à vos consciences, et vous reconnaîtriei » que vous n'êtes pas ici des juges venant » juger des accusés, mais des hommes poli- » tiques venant disposer du sort d'enMffli»

politiques. La journée du 12 mai vous ayant donné un grand nombre de prisonniers, j*ai un devoir à remplir.

» Je déclare donc que tous ces citoyens, le 12 mai, à trois heures, ignoraient notre projet d'attaquer votre gouvernement. Ils avaient été convoqués par le comité sans être avertis du motif de la convocation; ils croyaient n'assister qu'à une revue; c'est lorsqu'ils sont arrivés sur le terrain où nous avions eu le soin de faire arriver des munitions, où nous savions trouver des armes, que j'ai donné le signa], que je leur ai mis les armes à la main, et que je leur ai donné l'ordre de marcher. Ces citoyens ont donc été entraînés, forcés par une violence morale, de suivre cet ordre. Selon moi, ils sont innocents.

> Je pense que cette déclaration doit avoir quelque valeur auprès de vous; car, pour mon compte, je ne prétends pas en bénéficier. Je déclare que j'étais un des chefs de l'association ; je déclare que c'est moi qui ai préparé le combat, qui ai préparé tous les moyens d'exécution ; je déclare que j'y ai pris part, que je me suis battu contre vos troupes ; mais si j'assume sur moi la responsabilité pleine et entière de tous les faits généraux, je dois aussi décliner la responsabilité de certains actes que je n'ai ni conseillés, ni ordonnés, ni approuvés. Je veux parler d'actes de cruauté que la morale réprouve. Parmi ces actes, je cite la mort donnée au lieutenant Drouineau, que l'acte d'accusation signale comme ayant été commis par moi, avec préméditation et guetapens.

» Ce n'est pas pour vous que je dis cela ; vous n'êtes pas disposés à me croire, car vous êtes mes ennemis. Je le dis pour que mon pays l'entende. C'est là un acte dont je ne suis ni coupable, ni capable. Si j'avais tué ce militaire, je l'aurais fait dans un combat à armes égales autant que cela se peut dans le combat de la rue, avec un partage égal de champ et de soleil. Je n'ai point assassiné, c'est une calomnie dont on veut flétrir un soldat de la cause du peuple. Je n'ai pas tué le lieutenant Drouineau.

» Voilà tout ce que j'avais à vous dire. »

La vérité a des accents irrésistibles : ce que Barbes venait d'affirmer, chacun le crut dans le sanctuaire de sa conscience. Fidèle à sa déclaration. Barbes s'était imposé la loi de ne pas répondre aux questions du président.

Il rompit, néanmoins, le silence pour dire, dans un moment où l'interrogatoire le pressait :

« Quand l'Indien est vaincu, quand le sort de » la guerre l'a fait tomber au pouvoir de son

> ennemi, il ne songe point à se défendre, il » n'a pas recours à des paroles vaines : il se

> résigne et donne sa tête à scalper. » Le lendemain, M. Pasquier ayant fait observer que l'accusé avait eu raison de se comparer à un sauvage : < Le sauvage impitoyable , reprit » Barbes, n'est pas celui qui donne sa tête à » scalper; c'est celui qui scalpe. »

Comme son ami, Martin Bernard refusa de se prêter à l'interrogatoire et garda jusqu'à la fin une contenance stoïque. l\ ne s'élevait contre lui d'autres charges que les révélations d'un de ses coaccusés, Nouguès, qui, le croyant mort, l'avait signalé. Ayant reconnu son erreur, Nouguès fit, pour en réparer les suites, des efforts touchants, mais stériles : il était trop tard.

Parmi les accusés, il y en avait un, Noël Martin, sur qui son extrême jeunesse appelait un intérêt particulier. Véritable enfant de Paris, insouciant et brave, l'occasion de jouer aux combats l'avait séduit, et l'émeute l'avait recruté chemin faisant. Son attitude devant la cour des pairs fut à la fois audacieuse et naïve.

On remarquait aussi sur le banc des accusés un jeune homme aux longs cheveux blonds flottants, nommé Austen. Ainsi que Barbes, Martin Bernard et leurs compagnons, il avait fait dans la journée du 12 mai tout ce qu'il fallait pour y laisser la vie ; mais la mort semblait n'avoir pas voulu de lui. Voici quelle fut à son sujet la déposition de M. Tisserand, officier de la garde municipale :

a Le 12 mai, vers quatre heures, on vint » nous prévenir que des désordres avaient » lieu dans la rue Bourg-l'Abbé. Des délache- » ments se dirigèrent sur le lieu du désordre. » Quelques instants après, on vint encore nous

» prévenir que les désordres augmentaient; » on envoya de nouveaux délachenaents. Vers » quatre heures et demie, on nous annonça » que les insurgés étaient fort nombreux, et » qu'ils menaçaient la mairie du sixième ar- » rondissement. Je reçus ordre de M. le capi- » taine Lallemand de me porter immédiate- » ment vers cet endroit. Je partis ; mais à » peine arrivé dans la rue Saint-Martin, je B trouvai la foule compacte, quoique inoffent sive: elle s'ouvrit pour me faire passage; un » grand nombre de personnes vinrent au-de- » vaut de moi en me conjurant de retourner » sur mes pas, disant que j'allais être infaillin blement écharpé.

t Je ne tins aucun compte de ces avis, qui » pouvaient m*étre donnés dans de mauvaises v intentions... J'ordonnai à mes hommes de » me suivre au pas de course, sans tirer un » coup de fusil.

» Je me plaçai à quelques pas en avant du i> centre de mon peloton et je donnai le signal » au tambour de battre la charge. Je m'élan- » çai répée h la main, suivi de tous mes » hommes; les insurgés battaient aussi la » charge de leur côté et me reçurent par un » feu bien nourri à bout portant. Neuf hom- » mes furent touchés et je fus le dixième. Je » m'élançai aussitôt sur la barricade, un des » insurgés me tira un coup de fusil et me j> manqua. Je lui portai un coup d'épée dans » le sein, il tomba. Cet homme avait une che- » velure blonde et flottante. Je sortis de la t barricade. En ce moment un des insurgés » était un genou en terre, tenant son fusil » qu'il appuya sur ma poitrine. Je fus heu- )» reusement assez agile pour le traverser d'un » coup d'épée. Dans les convulsions de la » mort, il me saisit par les jambes, je tombai, » et nous roulâmes tous les deux à terre. »

La défense fut présentée, par les divers avocats qui s'en étaient chargés (1), avec beaucoup d'éclat et d'habileté; mais, pour la plupart des accusés, il y avait flagrant délit. Ce

(I) C^étaient MM»* Dupont et Arago pour Barbés et Martin Bernard; Paillet pour Mouguès ; Etienne Blanc {lour Bonnet ; Jules Favre pour Houdil; Lignicrs pour Guilbert; Berlin pour Delsade ; Leguerre pourMialon ; Gcnteur pour Austen ; Nogent-Sainl-Laureus pour Lemière ; Henierdinger pour

' que les plaidoiries de MM''* Dupont et Emmanuel Arago prouvèrent sans réplique, et ce qui I importait à leur client, c'est que Barbes était complètement étranger à la mort de l'officier Drouineau.

j Ce fut le 12 juillet (1859) que la cour des pairs rendit son arrêt. Il portait acquittement de Bonnet, de Lebarzic, de Dugas, de Grégoire; condamnation de Barbes à la peine de mort; de Martin Bernard, à la déportation; de Mialon, aux travaux forcés à perpétuité; de Delsade et d' Austen , à quinze années de détention ; de Nouguès et de Philippet, ï six années de détention; de Roudil, Guilbert et L^ mière, à cinq années de détention; de Martin et Longuet, h cinq années de prison ; de Harescal, à trois années de prison ; de VValch el Pierné à deux années de prison.

Pendant la lecture de l'arrêt qui le livrait à l'échafaud, Barbes était tout entier par la pensée à Martin Bernard, son ami. « Est-il > condamné à mort? > demanda-t-il vivement.

Et comme on le rassurait à cet égard, une noble satisfaction brilla dans ses traits. De son côté, Martin Bernard, en apprenant son sort, manifesta le même détachement de soi el les mêmes préoccupations d'amitié.

La rigueur de la peine qui frappait Barbes consterna Paris. On se rappelait 1830, les flots de sang versés durant trois jours, les ordonnances, et comment fut épargnée la tête des ministres de Cliarles X, et quelle était, à cette époque, l'horreur du roi pour la peine de mort! Barbes, d'ailleurs, avait éveillé partout d'inexprimables sympathies. On déplorait, on blâmait sa révolte; mais on admirait la ferveur de sa foi et la dignité de son courage.

Le 13 juillet, vers le milieu du jour, on vit arriver sur la place Vendôme, se dirigeant vers la chancellerie, près de trois mille élèves des écoles de droit et de médecine. Ils s'avançaient lentement, en silence, la tête nue, avec l'ordre lugubre et le recueillement qui président à la solennité des funérailles. Sur la

Walch ; Grcvy pour Philippet; Barre pour Lduriic; BenoM pour Dugas; F. Burrot pour Longuet; Barbiu pour Noël Martin ; Puybonnicux pour .Mare«cal ; Madier-Monijau |HKir Pierné, el Laforgue pour Grégoire.

place, ils s'étendirent eo cercle, et deux d'entre eux, se détachant, montèrent chez le garde des sceaux. Ils allaient demander, au nom de la jeunesse de Paris, l'abolition de la peine de mort en matière politique, et, pour Barbes, une commutation de peine. H. Teste était absent : M. Boudet les reçut et leur promit, avec une noble bienveillance, de rendre de leur mission un compte fidèle. Puis la colonne reprit sa marche silencieuse et grave- à travers la population attristée. Dans le même temps, pour le même but et avec le même sentiment d'ordre, une autre colonne de citoyens, formée sur le boulevard Bonne-Nouvelle, se dirigeait vers le palais Bourbon. Mais elle avait dans ses rangs, celle-là, des hommes en blouse, des ouvriers : à peine atteignait-elle le pont de la Concorde qu'une charge de cavalerie vint, qui la heurta violemment et la dispersa.

Et aux démonstrations publiques se joignirent une foule de démonstrations privées. Apprenant que de tous les membres du cabinet le maréchal Soult était celui qui s'opiniâtrait le plus dans la rigueur, MM. Dupont et Emmanuel Arago firent auprès de lui une démarche qui avait pour but ou de l'ébranler ou de mettre sa responsabilité en évidence. Le maréchal éluda une réponse, feignant de ne pas comprendre ce qu'on lui voulait, et se bornant à dire qu'il n'avait point siégé parmi les juges. Que de vœux formés! Que de projets conçus!

Un Anglais, qui avait assisté aux débats, offrit cent mille francs pour la secrète délivrance de Barbés. Des lettres menaçantes furent écrites sous le voile de l'anonyme. Dans l'espoir d'intéresser au sort du prisonnier la tendresse maternelle de la reine, on lui fit craindre d'épouvantables vengeances et qu'une solidarité de sang ne s'établit entre la vie de ses enfants et celle de Barbes, s'il mourait sur un échafaud. La reine fut, en effet, glacée d'effroi. Les ducs d'Aumale et de Monlpensier avaient jusqu'alors grandi, au collège Henri IV, à l'ombre d'une position privilégiée, assistant aux classes, mais ayant un appartement pour leurs études et un jardin pour leurs récréations : ces privilèges disparurent pendant les premiers jours qui suivirent la condamnation de Barbes. Avec

le reste des élèves, on vit les jeunes princes aller à la messe et aux bains, comme si l'existence de leurs camarades, plus étroitement associée à la leur, eût dû les protéger, les couvrir ! Et la frayeur du château était si prompte au soupçon, que le feu ayant pris à une usine dans le quartier latin, des troupes furent postées sur la terrasse du collège. Autre sujet d'alarme! Les guinguettes étaient vides, les barrières désertes; sur les lieux accoutumés au bruit des plaisirs populaires pesait un silence de deuil : que présageait cette grande tristesse du peuple? Malgré l'avis du conseil, qu'avait tenté le triste éclat d'une résistance au vœu public, le roi décida que la peine de mort serait commuée en celle des travaux forcés à perpétuité. Pour un homme de la trempe de Barbes, c'était une aggravation : on le comprit enfin, et l'on substitua la déportation aux travaux forcés.

Ce fut six mois après seulement, que la deuxième catégorie des accusés du 12 mai comparut devant la cour des pairs. Blanqui ayant refusé de répondre, et M° Dupont, son défenseur, ayant, par des naotifs élevés, renoncé à prendre la parole, ce second procès ne présenta rien de notable.

Voici quel fut l'arrêt :

■ l.a cour des pairs, après avoir entendu Blanqui dans ses observations, el M' Dupont, son défenseur, dans sa déclaration qu'il renonce à prendre la parole; Guignol el M« Crevy, son défenseur ; Quarré et M« Lauras, son défenseur, et l'abbé Quarré, son conseil; Charles et M** Jules Favre, son défenseur; Moulines el M** Paulraier, son défenseur; Bonnefond et M« Derodé, son défenseur; Piéfort el Focillon , el M» Dubrcnu , leur défenseur ; Hendrick el M' Dcsgrangci , son défenseur ; Lombard el M« Monladère , son défenseur; Simon el Hubert, el M« Desmarels, leur défenseur; Huarl el M© Mathieu, son défenseur; Béasse el M« Gentcur, son défenseur; Peiremann el M' Delamarre, son défenseur ; Bordon el M« Thomas , son défenseur ; Évanno el M* Hello, son défenseur; Lehéricy el M* Moreau, son défenseur; Dupouy el Mo Benoist, son défenseur; Druy el Me Rodrigues, son défenseur ; Uerbulel el M« Leroyer, son défenseur; Vallière el M« Naudbenx , son défenseur; Elie el M« Porte, son défenseur; Godard el M« Blol-Lequesne , son défenseur; Pâtissier et M»* Grcssier, son défenseur; Gérard el Me Grellel, son défenseur ; Dubourdieu cl M« Conte, son défenseur; Bouvrand el M* Jolly, son défenseur; Buisson el Me Cadel de Vaux , son défenseur ; Espinoussc cl Me Nogcnt-Sainl-Laurens , son défenseur; Dugrospré et Me Hemerdinger, son défenseur ; dans leurs moyens de défenses , lesdits accusés interpellés en oulre conformément au troisième 3 de Part. 535 du Code d'instruction criminelle;

•• En ce qui concerne Moulines (Eugène), Huarl (Camille- Jran-Ba| li^te • ;

M Attendu qu*il n'y i pas de preuves sufOsanles qu^ils se soient rendus coupables de ratlcntai ci-après qualiHé ;

» Déclare : Moulines (Eugène , Huart (Camilic J. B.)i acquitii's de Paccusation portée contre eux;

w Ordonne qu'ils seront sur-le-cliamp rois en liberté s'ils ne sont retenus pour autre cause ;

• Condamne Blanqut (Louis- Auguste ) ù la peine de niort(f);

» Guignol (Louis-Pierre-Rose), Klie (Cliarlcft-Élienne), cliacun à quinze années de détention ;

» Bonnefond jeune (Pierre , Ilendrick (Joseph-IIippoIyte), Ilerbulet (Nicolas), Valtière (François), Godard (Charles*, Dubourdieu (Jean), chacun ft dix années de détention ;

» Espinousse (4ean-Léger), Dugrospré (Pierre-Eugène;, à sept années de détention ;

» Charles (Jean), Piéfort (François), Focillon (Louis- Xavier-Auguste) , Lombard (Lôuis-Honoré), Simon (Jean- Honoré), Hubert ( Constant-George- Jacques ) , Peterraann (Emile-Léger), Évanno (Jean- Jacques), Dupouy (Bertrand), Druy (Charles), Gérard (Benjamin-Stanislas), Bouvrand (Auguste), Dubuisson (Louis-Médard, dit Pieux), chacun à cinq années de détention ;

» Ordonne, conformément à l*art. 47 du Code pénal, qu'après l'expiration de leur peine, tous les condamnés k la peine de la détention ci-dessus dénommés seront pendant leate leur vie soas la snrreillance de la hante police ;

» Condamne Béasse (Jean-François), Bordon (Jean-Maurice), Lehéricy (Pierre-Joseph), à cinq années d'emprisonnement ; .

» Quarré (Alexandre-Bazile-Louis), Pâtissier (Pierre-Joseph), à trois années d'emprisonnement, m

L'insurrection du 12 mai veut être jugée sévèrement. Elle troubla d'une manière imprévue et coupable le repos de la cité. Elle éclatait si prématurément, que le peuple, qui souffrait, la regarda passer sans y prendre part. Il est manifeste qu'elle ne répondait ni à ces colères générales ni à ce vaste besoin de résistance qui seuls légitiment les entreprises du courage. Car ce serait tenir en trop petite estime la raison el l'équité que de faire dépendre leur triomphe des hasards d'un coup de main. Il faut la sagesse, le temps; et la patience est une vertu républicaine aussi. Assurément, c'est le propre et la gloire des esprits d'élite de devancer leur époque; mais la violenter n'est permis à personne. Et , sur ce point, il importe d'autant plus de combattre l'erreur, que c'est ordinairement celle des dévoués et des forts , celle des hommes qui ont pour amis nécei>saire^ tous ceux qui sympathisent avec l'intrépidité généreuse et qui respectent, même quand elles égarent, les inspirations du dévouement.

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