CHAPITRE LVII
Question d'Obicrt : ~ Mahmoud et Méhémel-Ali en présence. — Situation respective des cinq grandes puissances relativement à Constantinople et à Alexandrie. — Préparatifs de guerre en Syrie. — Passage de PEiphrate. — Apparente modération du vice-roi. —Commencement de la campagne diplomatique. — Fautes commises par les ministres du 12 mai.
— Bataille de Nézib. — Ibrahim arrêté par la France au pied du Taurus. — Mort du sultan Mahmoud. — Jugement sur son règne. — Débats parlementaires sur la question d'Orient. — Le cabinet français Invite tons les cabinets k garantir en commun Pintégrité de Tempire ottoman. — Concert européen. — ManosuTres diplomatiques de PAngleterre. >- Imprudences réitérées du gouvernement français. — Défection de la flotte ottomane. — Note du 27 juillet coupant court à un arrangement direct entre la Porte el Méhémet-AIi. — La note du 27 juillet désapprouvée par la Russie. — Maladie de M. de Melternich. — Efforts de lord Palmerston contre le vice-roi i mesures eoercitives proposées. — L'Aiglelerre et la Russie se rapprochent. — M. de Brunow à Londres. — Le ministère français se déelare pour le viee-roi. —
— Ligue contre la France. — M. Sébastiani représentant d'une politique occulte. — Discours de M. Thiers sur Pallianfe anglaise. — Dotation du duc de Nemours rejetéc. — Chute du ministère du 12 mai.
L'Orient retentissait alors du bruit des armes. Deux hommes s'en disputaient l'empire et tenaient l'Europe attentive à leur querelle.
Le sultan Mahmoud brûlait de reprendre violemment la Syrie au vainqueur de Koniah.
Méhémet-AIi prétendait obtenir, fût-ce par
(i) La peine de Blanqni, ainsi que celle de Barbés, fut commuée.
l'épée, la possession héréditaire de la Syrie et de l'Egypte. De part et d'autre la passion était immense, l'orgueil égal.
Seulement Méhémet-AIi dissimulait. Devant les envoyés du sultan, son langage était celui d'un vassal. Avec quelle ardeur, si Alexandrie ne l'eût retenu invinciblement, il serait allé à Constantinople se prosterner devant son au-
gusle maître ! avec quelle joie il aurait porté à ses lèvres le bord du manteau impérial ! Hais sous cette affectation de respect le vice-roi d*Égypte ne faisait que cacher son ambition et les secrets de sa haine. Vieillard septuagénaire, il entendait que son œuvre lui survécût dans ses enfants. Ce qu'il désirait, d'ailleurs, il se sentait assez fort pour le prendre. Un signe de lui... et ses vaisseaux partaient du port d'Alexandrie, tandis qu'Ibrahim franchissait le Taurus. Mais l'Europe l'arrêtait, l'Europe pesait sur lui. Déjà, en 1834, il avait osé dire à la France, à l'Angleterre et à l'Autriche : c La Russie possède à demi l'empire ottoman ; sous prétexte de le protéger, elle le couvre, et en le couvrant elle l'opprime. Qu'on la laisse mener à fin l'asservissement de Constantinople, et c'en est fait de la liberté universelle : la Russie devient un colosse qui , debout entre la mer Noire et la Méditerranée, fera pencher l'univers à droite, à gauche , selon sa fantaisie. Le permetlrez-vous? Eh bien! moi Turc, je vous propose, à vous, gardiens de la civilisation en péril , une croisade qui sauvera l'empire ottoman et l'Europe. Je lèverai l'étendard, je mettrai à votre disposition mon armée, ma flotte, mon trésor, je serai l'avant-garde. Et, pour prix de mon dévouement, je ne demande que la consécration de mon indépendance comme souverain. » Le plan était gigantesque : il fut vivement repoussé par les trois cours que Méhémet-Ali voulait rendre solidaires de sa fortune. Plus tard, en 1838, et après des négociations directes, mais infructueuses, avec le sultan, le vice-roi fit auprès des puissances européennes une seconde tentative. Il ne proposait plus cette fois un vaste embrasement, il faisait remarquer, au contraire, que le meilleur moyen d'assurer la paix était de déclarer le paclialik d'Egypte indépendant ou du moins héréditaire; sans quoi l'Orient restait un foyer d'où pouvait à chaque instant partir l'étincelle qui mettrait le feu au monde. L'Europe fut inflexible. Alors il se plaignit, il menaça. Père, il demandait en termes touchants pourquoi on lui enviait la douceur de transmettre à sa famille le fruit des travaux de sa vie. Guerrier, il donnait à entendre qu'il était homme à se jeter éperdu
dans la guerre de un contre cinq, sauf à tomber enseveli dans son droit et dans son audace.
Les choses en étaient là, quand tout à coup l'on apprit qu'il venait de partir du Caire pour le Fazoklo, voyage de six cents lieues. Il allait explorer de riches mines d'or : avait-il dit vrai? Héhémet-Ali était, ainsi que beaucoup de grands hommes, un comédien sublime : il avait probablement voulu étonner les esprits, colorer ses projets d'une manière fantastique, effrayer ses ennemis par le vague de ses in* tentions et sur la portée de ses ressources fu* tures. En attendant qu'il reparût armé sur la scène, il la remplissait de son absence.
Pendant ce temps, Mahmoud se livrait à des colères furieuses. Il s'étonnait, il s'irritait, lui qui d'un geste faisait tomber à ses pieds ses sujets tremblants, lui, le successeur du prophète, d'avoir à traiter avec un soldat macédonien. Entre la tutelle menaçante dé la Russie et la révolte toujours imminente du vice-roi, il étouffait. Tout lui faisait horreur dans Méhémet-Ali : sa puissance formée des dépouilles de la Porte, sa gloire de novateur, son génie, la renommée guerrière de son flls, et jusqu'à cette froide modération dont il devinait bien le mensonge et l'injure. Comment aurait-il commandé à son agitation? Son empire lui échappait, lambeau par lambeau. La Servie s'était victorieusement insurgée, la Valacbie et la Moldavie en étaient venues à relever de Saint-Pétersbourg, un prince bavarois régnait sur la Grèce affranchie, la France avait Alger, Méhémet-Ali avait l'Egypte; et après tant de démembrements successifs, on demandait à Mahmoud de se résigner à la perte de la Syrie! de souffrir que, du magnifique héritage des califes, il ne lui restât que Constantinople, dont les clefs étaient dans la main des Russes! Il lui en coûtait aussi de n'avoir pu réformer son peuple en magicien, d'un coup de baguette. Car le moindre obstacle est un supplice à qui ne connaît point de bornes à son orgueil, et c'est le châtiment du pouvoir absolu de désirer l'impossible. A la tète des vieux Turcs, sourdement hostiles aux innovations du sultan , marchait Pertew, noble et rigide vieillard renommé pour sa piété musulmane. U fut disgracié, envoyé à Andrinoplei
et enfin condamné à mourir par un firman que ses ennemis arrachèrent à Fivresse de Mahmoud. Pertew lut gravement, après l'avoir porté respectueusement à ses lèvres et à son front , le firman qui l'assassinait. Puis , avec la sérénité du fatalisme musulman, il s'abandonna en invoquant son Dieu. Et le sultan de gémir de cette mort qu'il avait ordonnée. Mais que d'autres sujets de trouble! que de présages sinistres! Un jour, comme il passait à cheval sur le nouveau pont de Galata , un derviche réputé saint parmi le peuple et appelé le cheik aux longs cheveux, s'élança au-devant de lui, et criant : « Arrête , Sultan-Giaour, » lui reprocha ses sacrilèges. Au mois de janvier 1839, le feu prit au bâtiment connu sous le nom de la Porte; et les vieux Turcs ayant signalé le courroux du ciel dans cet accident qui livrait à la destruction le siège des délibérations du divan , Mahmoud ne put se défendre d'une secrète terreur; d'autant plus que, comme punition de son impiété, son portrait avait péri dans les flammes. Ainsi troublé et déchiré, le sultan en était venu à vivre dans un état de surexcitation effroyable. Après s'être épuisé tout le jour, tantôt par uue activité de corps effrénée, tantôt par un travail de tête prodigieux, excessif, il poursuivait, le soir, son lent suicide dans des orgies sans nom. Impatient d'endormir les inquiétudes qui lui rongeaient le cœur, et avide d'oubli, il se gorgeait de vin, d'eaude-vie et de rhum, jouissant de sa révolte contre la loi de Mahomet, exagérant même l'ivresse, et luttant avec frénésie contre le breuvage terrible, jusqu'à ce que des esclaves vinssent ramasser, ivre mort, ce réformateur de l'Orient.
Or, voici quelle était, à l'égard de Constantinople et d'Alexandrie, la situation respective des cinq grandes puissances européennes.
La Russie dominait l'événement. Le pied sur Consfantinople, peu lui importait qu'entre les deux rivaux ce fût la paix ou la guerre.
Dans le premier cas, elle avait pour lui répondre de sa domination l'état d'anxiété et d'épuisement où le statu quo retenait la Turquie. Dans le second, Ibrahim faisant un pas en avant, un seul pas, lui était un prétexte pour courir au Bosphore. Elle n'avait donc à
s'inquiéter de rien. Seulement, pour se parer des dehors de la modération, et par pudeor, elle demandait le maintien de la paix.
C'est ce que demandait aussi la Prusse, mais uniquement par crainte des hasards. Car sur le théâtre qui venait de s'ouvrir, il n'y avait pas de rôle pour elle.
Il n'en était pas ainsi de l'Autriche, directement intéressée à défendre contre l'ambition russe l'embouchure du Danube. D'ailleurs, M. de Metternich mettait sa gloire à préserver de toute secousse l'équilibre européen fondé en 1818, et les approches d'un conHit alarmaiefut sa politique circonspecte. Parvenu à l'âge où l'on a besoin de repos, il semblait dire, à l'exemple de Louis XIV : c Cela durera » bien toujours autant que moi. > L'Autriche s'employait donc à calmer l'irritation belliqueuse de Mahmoud , sans cacher qu'elle préférait le sultan, souverain légitime, au viceroi, sujet rebelle.
Pour ce qui est de l'Angleterre, elle portail à Méhémet-Ali une haine systématique, implacable. Elle avait juré sa perte, parce qu'il résistait au despotisme des marchands de Londres, parce qu'il avait sous la main l'Euphrate et la mer Rouge, grandes routes de l'Inde; parce qu'on ne pouvait aller de la Tamise au Gange, en traversant la Méditerran^, sans le rencontrer et le subir; parce qu'il aimait la France. De là le traita de commerce conclu le 16 août 1838 entre l'Angleterre et la Porte , traité qui devait à la fois servir de contre-partie aux conventions d'Unkiar-Skelessi , et ruiner le pacha d'Egypte par la suppression des monopoles, source à peu près unique de ses revenus. Et qui la représentait, à Constantinople, cette haine anglaise? Un diplomate fougueux jusqu'à l'étourderie, passionné jusqu'à la violence : lord Ponsonby.
Il est vrai que le consul général de la Grande- Bretagne à Alexandrie était M. Campbell, esprit juste et modéré. Mais lord Ponsonby attirait à lui le gros de la politique, se faisait centre, et quoique le langage de la paix fût sur ses lèvres, tout bas il poussait à la guerre, enflammant les rancunes de Mahmoud et sa jalousie, encourageant son orgueil, présentant l'occupation de la Syrie par Ibrahim comme
uoe usurpation d'une insolence rare , et prédisant comme un fait inévitable l'extermination du vice-roi. En cela, néanmoins, nul doute que lord Ponsonby ne dépassât la politique de son gouvernement. Au fond, le cabinet de Saint-James redoutait et devait redouter une rupture qui eût infailliblement placé Constantinople sous la protection de Tépée russe.
De la part de la France, mêmes appréhensions relativement à la Russie. Car, du reste, — et ici le gouvernement et la nation se trouvaient d'accord, — la France avait pour Méhémet-Ali une préférence marquée. Elle lui savait gré de son culte pour la mémoire de Napoléon et de son goût pour le caractère français, de son penchant à nous imiter, de son empressement à nous servir. Et puis, c'était un homme nouveau , le fils de ses œuvres, un élu des révolutions modernes. Malheureusement, et par une inconséquence grossière, la France, qui aimait le vice-roi, s'était fait représenter à Constant! nople par un de ses adversaires les plus convaincus : l'amiral Roussin. Ajoutons que le cabinet des Tuileries se préoccupait beaucoup moins d'Alexandrie que de Constantinople, ce qui le conduisait à faire pour le maintien de la paix des efforts persévérants et sincères.
On le voit , quelque profonde que fût entre les cinq puissances la diversité des intérêts ou des sympathies , considérée dans son ensemble, l'Europe se prononçait pour le statu quo, et, en vue de sa propre tranquillité, elle ordonnait le repos à l'Orient.
Inutile violence faite à deux rivaux également pressés d'en finir! A Constantinople, à Alexandrie, sur les rives de l'Euphrate, au pied du Taurus, tout respirait la guerre.
Mahmoud en poussait les préparatifs avec une ardeur sourde qu'aiguillonnaient l'obligation de dissimuler et les obstacles. Tandis que par de mensongères assurances il abusait de la bonne foi de l'amiral Roussin et tenait la diplomatie en suspens, ses ordres secrets allaient ébranlant tout son empire. Le capitan-pacha Acbmet courut visiter et fortifier le détroit des Dardanelles. Une levée de soixante mille soldats fut décrétée. Sur les frontières de la Syrie, ce n'était qu'un formidable mouvement
d'hommes et de chevaux. L'armée que Hafiz commandait et qui, dès 1837, avait pris ses campements dans le pays des Kurdes , grossissait, s'avançait. Les aventuriers des montagnes, refusant d'abandonner le système des courses armées pour entrer dans la nouvelle milice, dans le Nizam, l'enrôlement fut ensanglanté; il fallut ravager les populations qu'on voulait enchaîner au drapeau ; on fit des prisonniers pour avoir des recrues. La marche des caravanes était arrêtée. Les routes se couvrirent de chameaux pliant sous le faix des munitions de guerre. De plus, et au nom du Grand Seigneur, de mystérieux émissaires excitaient à la révolte. Leur voix monta, diton, jusqu'à la retraite embaumée du fond de laquelle lady Stanhope consultait les destins et lisait dans les étoiles. Proclamée reine de Paimyre dans la poésie du langage oriental , et reine en effet par la grâce, l'imagination et la beauté, elle était animée contre le pacha d'Egypte d'un ressentiment que son influence sur les montagnards du Liban pouvait rendre dangereux. La gloire des périls ne manqua donc pas à Ibrahim. Lui, de son côté, il faisait ses dispositions, se préparait à changer en casernes les caravansérais d'Alep, complétait les moyens de défense de la forteresse d'Acre, et fermait les défilés du Taurus, portes de la Syrie.
Sur ces entrefaites, Méhémet-Ali rentra au Caire, et son retour vint précipiter les événements. H ne rapportait pas de son voyage l'or convoité. Mais jamais il n'avait sérieusement compté, pour abattre son ennemi, sur le produit des mines du Sennaar. A peine arrivé, il s'occupa d'envoyer à son fils des renforts de troupes. Et le sultan s'enveloppait si bien dans sa dissimulation, le mustechar Nouri-Effendi protestait avec une obstination si naïve des intentions pacifiques de la Porte, qu'au milieu des images et du bruit de la guerre, l'amiral Roussin n'avait rien perdu de sa sécurité. Il écrivit à M. Cochelet, consul général de France à Alexandrie, que la paix ne serait pas rompue; que la France le voulait ainsi , et que sa volonté l'emportait. Mais tel n'était pas le sens des dépêches qu'à son tour M. de Sturmer adressait à M. de Laurin, consul général d'Au-
tricbe auprès du vice*roi. c Quand d'aussi » graves personnages ne sont pas d*aceord , » s* écria ironiquement Mébémet-Ali , le doute » est permis. » Et les renforts partirent.
Ainsi, Ton touchait au dénoûment. Mais lequel des deux rivaux allait se donner les torts de l'agression? question grave, décisive peutêtre, puisque TEurope avait déclaré que celuilà serait le coupable qui aurait été l'agresseur! L'agresseur, ce fut le sultan. Le 21 avril 1839, l'avant-garde turque passait TEupbrate, près de Bir, ville située à vingt-cinq heures d'Âlep, heures de caravane.
A cette nouvelle, Ibrahim tressaillit de joie, et ses courriers allèrent aussitôt porter aux troupes égyptiennes, disséminées dans la province, l'ordre d'un mouvement général sur Alep. La joie ne fut pas moindre chez Méhémet-Ali , mais sa vieillesse prudente en garda le secret. Le 16 mai, les consuls généraux recevaient la note suivante :
€ Le vice-roi a déclaré à M. le consul gé- » néral qu'il s'engage, dans le cas où les » troupes du sultan qui ont franchi l'Eupbrate » près de Bir se retireraient de l'autre côté du » fleuve, à faire faire un mouvement rétro- » grade à son armée et à rappeler son fils » Ibrahim à Damas; que, dans le cas où cette » démonstration pacifique serait à son tour » suivie d'un mouvement rétrograde de Far- » mée de Hafiz-Pacha au delà de Malatia, » Son Altesse rappellera le généralissime en » Egypte. Son Altesse le vice-roi a ajouté, de » son propre mouvement, que si les grandes » puissances consentaient à lui garantir la » paix et à s'intéresser à lui obtenir l'hérédité » du pouvoir dans sa famille, il retirerait une » partie de ses troupes de la Syrie et serait » prêt à s'entendre sur un arrangement défini- 1 tif propre à garantir sa sécurité et adapté » aux besoins du pays. >
Qui le croirait? Dans le temps même où le vice-roi donnait un gage aussi incontestable de sa modération , lord Ponsonby, qui lisait dans l'âme du sultan, qui était le premier à lui souffler de haineuses impatiences, qui avait l'œil sur les préparatifs, qui allait jusqu'à proposer un généralissime à son choix, lord Ponsonby ne craignait pas d'écrire à son gou-
vernement : c Dès le principe aussi bien qu'à » la dernière heure, le pacha a toujours été » l'agresseur, et le suUan a droit de sommer » les grandes puissances de se montrer fidèles » à leurs déclarations. >
Huit jours après, M. Campbell envoytit d'Alexandrie, à lord Palmerston, une dépèche où il s'exprimait en ces termes : c La conduite
> perfide du sultan , qui a agi contrairement
> aux conseils que lui donnaient les ambassa- 1 deurs à Constantinople, aura non-seulement » épuisé ses ressources, mais affaibli son in-
> fluence morale en Turquie; tandis que U » conduite modérée d'Ibrahim-Pacba, agis- » sant d'après les ordres de son père, 8'abst^ » nant de tout acte d'hostilité lorsqu'il pouvait » détruire l'armée de Hafiz-Pacha , élèvera » dans la même proportion Méhémet-Ali et » augmentera son influence dans l'empire ot- » toman. >
Des deux principaux agents de l'Angleterre dans le Levant , l'un réfutait l'autre.
Au reste, s'il avait pu rester un doute sar ce que signifiait le passage de l'Eupbrate, ce doute fut bien vite levé. Coup sur coup, l'avant-garde de Hafiz poussa jusqu'à Néxib, des cavaliers turcs furent lancés sur le village d'Ouroul, et l'occupation brutale de quatorze villages dans le district d'Aîntab déchaîna la guerre. Comment l'aurait-on évitée? L'exaltation de Mahmoud était au comble. Tahar-Pacha, envoyé pour inspecter l'armée de Hafiz, était revenu à Constantinople plein de confiance et ne présageant que victoires. Si on ne l'eût retenu, Mahmoud eût pris en personne la route du camp et déployé l'étendard du prophète, tant était fougueux le bouillonnement de sa passion ! Il fallut bien enfin subir la loi de l'évidence : surpris et Messe, l'amiral Roussin voulut avoir, aux Eaux-Douces d'Europe, une conférence avec Nouri-Effendi et le capitan-pacha; et comme Nouri-Effendi se répandait en explications ambiguës, l'ambassadeur français éclata d'une manière terrible. Le voile était tombé.
Donc, les deux armées ennemies se mesuraient déjà des yeux et étaient à la veille de s'entre-choquer, lorsqu'on France le ministère du 12 mai prit la direction des affaires. U
passage de TEuphrate, connu à Paris, indiquait assez combien la situation était pressante : sur Tordre du maréclial Soult, deux de ses aides de camp, HM. Follz et Caillé, partirent aussitôt : Tun pour le camp de Hafiz, en passant par Constantinople; Tautre pour celui d*Ibrahim, en passant par Alexandrie.
Ici commence, en Europe, une campagne diplomatique dont il importe de bien saisir les phases diverses.
Et d'abord quelle aurait dû être la conduite du gouvernement français?
La question qui se présentait à lui était double : orientale , puisqu'il s'agissait de déterminer les positions respectives de Mahmoud et de Méhémet-AIi ; européenne, puisque, en cas de conflit, le traité d'Unkiar-Skelessi autorisait les Russes à couvrir Constantinople.
Or, sur le terrain oriental et vis-à-vis des grandes puissances , la France était trèsfaible; car elle avait contre elle la Russie, qui abhorrait dans Mébémet-Ali un régénérateur promis à l'empire ottoman ; la Prusse , qui suivait la Russie ; l'Autriche , qui poursuivait dans Méhémet-Ali le principe révolutionnaire; l'Angleterre enfin , qui , pour promener librement son commerce indien à travers la Syrie et l'Egypte, brûlait de détruire le vice-roi.
Sur le terrain européen, au contraire, la France était très-forte; car elle avait pour elle, contre l'ambition moscovite, — la Prusse, en ceci demeurant neutre, — l'Autriche, qu'eût ruinée un complet accaparement de la mer Noire, et l'Angleterre, dont la domination asiatique devait périr le jour où les Russes la menaceraient du haut de Constantinople.
De là une cons^uence bien simple. L'intérêt de la France était de détourner les puissances du terrain oriental, pour les attirer sur le terrain européen et les y retenir. D'une question que fort mal à propos on avait rendue complexe, la France aurait dû faire deux questions distinctes, et dire : c Que Mahmoud et Méhémet-Ali vident entre eux leurs différends; et puisque leur querelle ne regarde l'Europe qu'en ce qu'elle offre à la Russie l'occasion de porter au sultan des secours dangereux, contentons-nous de veiller à l'inviolabilité du Bosphore. Voici l'heure de déchirer
ce traité d'Unkiar-Skelessi contre lequel nous n'avons élevé jusqu'à présent que des plaintes vaines; voici l'heure d'annoncer que nous mettrions au ban de la république européenne toute puissance qui poserait le pied dans la ville du sultan. »
C'était là sans contredit la vraie politique de la France, et il était d'autant plus facile d'en assurer le triomphe, qu'elle répondait à merveille aux vues de l'Angleterre et à ses passions.
L'Angleterre, en effet, aspirait bien à renverser Méhémet-AIi; mais ce désir la touchait beaucoup moins que la crainte de voir passer aux mains des Russes, avec la clef des Dardanelles , le sceptre du monde. Si elle avait un intérêt secondaire à faire valoir à Alexandrie, elle avait à Constantinople un intérêt vital à défendre. Et, pour le défendre, elle avait besoin de notre appui.
Aussi le cabinet de Saint-James s'empressat-il de faire au ministère du 12 mai des ouvertures tendant à resserrer, pour mieux l'opposer à Saint-Pétersbourg, l'alliance de Londres et de Paris. Dès le 35 mai 1839, M. de Bourqueney écrivait de Londres à son gouvernement : « Lord Palmerston est d'avis » que nous nous présentions sans retard à » Vienne, unis dHntentions et d'efforts pour la » conservation de l'empire ottoman; que nous
> y exposions franchement le but que nous » nous proposons d'atteindre, et que nous » pressions l'Autriche d'y concourir par tous
> les moyens en son pouvoir. Une démarche » de même nature aurait lieu en même temps » à Berlin. > Ce que lord Palmerston proposait, c'était donc que, par une entente préalable et particulière, la France et l'Angleterre se missent en mesure de dominer les délibérations qui auraient pour but la conservation de l'empire ottoman.
La route était tracée ; mais les ministres du 12 mai s'en écartèrent, entraînés par d'aveugles préoccupations. Qu'ils eussent essayé de foire entrer la Turquie dans le droit européen, auquel les traités de 1818 l'avaient déclarée étrangère, et de remplacer le protectorat exclusif des Russes sur Constantinople par une sorte de protectorat amphictyonique, rien
de mieux, assurc^.ment; mais, plus on entrait dans ridée d'un concert européen, plus il devenait indispensable de borner sa compétence, de spécifier son rôle. On pouvait lui laisser le j soin de pourvoir à Findépendance du Bosphore, ' le devoir de la garantir ; mais pour peu qu'on étendit ses attributions, pour peu qu'on lui reconnût le droit de régler entre Mahmoud et son vassal le partage de l'Orient, c'en était fait des intérêts de la France. Car n'était-il pas manifeste que, dès qu'il s'agirait de Héhémet-Ali à satisfaire et non plus de Constantinople à sauvegarder, la France trouverait dans le cabinet de Saint-James un contradicteur intraitable? N'était-il pas aisé de prévoir que, les puissances une fois convoquées sur le terrain oriental, la France n'aurait qu'une voix contre cinq, et serait par conséquent réduite à Talternative ou d'abandonner Héhémet- Ali, son allié, ou de se retirer du concert provoqué par elle-même.
Constantinople ralliait la France et l'Angleterre, Alexandrie les divisait. Il fallait donc porter tout l'effort des négociations du côté de Constantinople, et placer Alexandrie en dehors du cercle diplomatique. Malheureusement, au lieu de séparer les deux questions, le ministère du 1 2 mai les considéra comme connexes et appela l'Europe à les résoudre en commun toutes les deux. Faute immense, irréparable!
Le premier acte par lequel le ministère du 12 mai dessina sa fausse politique fut un refus dont l'Angleterre se tint et eut droit de se tenir pour offensée. Dans une dépêche en date du 19 juin 1859, lord Palmerston avait fait au cabinet des Tuileries une proposition audacieuse, mais qui, acceptée, scellait pour longtemps l'alliance de la France et de l'Angleterre. Lord Palmerston proposait la réunion des pavillons français et britannique dans la Méditerranée avec ordre de forcer le détroit des Dardanelles dans le cas où les troupes russes paraîtraient sur le territoire turc. La dépêche ajoutait que t si les forts turcs résis- » talent, il faudrait une force de débarquement » pour les prendre à revers. »
Quelle plus grande preuve qu'à l'origine des
{i ) Dépêche de lord Granville, en dale du 28 juin 1859.
négociations, c'était Constantinople et non pas Alexandrie qui préoccupait l'Angleterre! Si les ministres français avaient su lui laisser cette préoccupation en s'y associant, tous les regards se fixaient sur le seul point où la France eût intérêt à les tenir fixés ; et la Syrie n'avait d'autre intervention à subir que celle de la victoire. C'est ce que le ministère da 12 mai n'entrevit pas. Depuis 1830, le gouvernement était accoutumé à prendre la peur pour de la politique : une manifestation imposante et légitime se peignit à des esprits pusillanimes à l'excès, sous les couleurs sombres de la guerre; on se crut perdu si l'on se montrait décidé , et aux avances de lord Palmerston le maréchal Soult répondit qu'il c regardait comme très-désirable que les pa- » villons -anglais et français parussent devant » Constantinople en même temps que le pa- » Villon russe, mais qu'il doutait qu'on pût » laisser à la discrétion des amiraux une ques- » tion aussi importante que celle de déclarer » la guerre à la Russie et à la Turquie, ce » qui pourtant serait la conséquence inévit table de l'entrée par la force des flottes » anglaise et française dans le passage des t Dardanelles (1). »
Au projet qu'on venait de lui soumettre, le cabinet français en substituait un qui consistait à demander à la Porte l'admission des flottes dans la mer de Marmara en cas d'invasion russe. L'Angleterre accepta la contreproposition, mais avec aigreur. Elle s'effraya d'avoir de tels alliés, elle eut des ombrages, et il en résulta dans sa politique un revirement soudain qui , plus tard , fit scandale.
Pendant qu'en Europe la diplomatie préparait de loin ses embûches, le canon s'allumaii sur l'Euphrate. De Constantinople et d'Alexandrie venait de partir presque en même temps le signal redouté.
Et néanmoins le sultan se mourait. Atteindrait-il la fin de cette guerre? A l'aspect de sa face cadavérique , de son corps animé d'un mouvement convulsif , de ses genoux fléchissants, de ses yeux pleins d'une flamme terne, il était permis d'en douter (2). Atteint d'une
(2) Dans leur éloquent el furieux outrage infilolé : Dfv^
maladie à laquelle les médecins donnent le nom terrible de delirium treniens, la mort déjà le possédait. Mais lui, d*un effort désespéré qui le ranimait à la fois et le consumait, il avait embrassé dans un reste de vie l'espoir de tenir, ne fût-ce que pour un moment, son rival sous ses pieds. En juin 1839, il éclata par un manifeste , cri suprême de sa colère aux abois. Il reprochait à Méhémet-Ali Finsolence et Timpiété de sa révolte, ses expéditions au golfe Persique, le passage de Suez fermé aux Anglais, la presqu'île arabique parcourue et dévastée, les provinces de Bassorah et de Bagdad conviées à la rébellion, les gardiens établis au tombeau du prophète indignement chassés. Mahmoud adressa cette note violente aux représentants de l'Autriche et de la Russie, déclarant sa patience à bout. Et, sur son ordre, en effet, la flotte ottomane appareilla, tandis que, pour la voir partir, il se traînait épuisé, haletant, jusqu'au kiosque de Scutari.
Avec une ardeur aussi grande, quoique moins farouche, Méhémet-Ali mettait en mouvement la flotte égyptienne. A la nouvelle des agressions réitérées de Hafiz, il n'avait pu contenir ses transports; et levant vers le ciel sa tête blanchie : t Gloire à Dieu , s'était-il » écrié , qui permet à son vieux serviteur de > terminer ses travaux par le sort des armes!» Les instructions qu'il se hâta d'envoyer à son fils respiraient la certitude du triomphe : c A » l'arrivée de la présente dépêche , vous alta- » querez les troupes de nos adversaires qui » sont entrées sur notre territoire, et, après » les en avoir chassées, vous marcherez sur » leur grande armée, à laquelle vous livrerez » bataille. Si, par l'aide de Dieu, la fortune se » déclare pour nous , sans passer le défilé de » Kulek-Boghaz , vous nmrcherez droit sur B Malatia, Karpout, Orfa et Diarbékir. »
Ce fut le 21 juin 1839 que l'armée d'Ibrahim s'ébranla définitivement pour combattre.
Après s'être emparé sans coup férir du village de Mézar, que les cavaliers turcs qui l'occupaient auraient pu aisément défendre et abandonnèrent, le général égyptien alla faire en
années deVHitloirt de l'Orient, MM. de Cadalvèiic et Barrault ont donné sur la maladie de Mahmoud des détails du plus vif intéréi et présentés avec beaucoup de talent. Nous
personne la reconnaissance du camp de Hafiz.
L'armée des Turcs, campée au sud du village de Nézib, à gauche et à droite de la rivière, s'abritait derrière des retranchements trèsbien construits, et occupait une position formidable. Ibrahim jugea l'attaque de front trop périlleuse. Il revint donc sur ses pas et marcha vers l'e^t de manière à tourner la gauche de l'ennemi. Mais pour arriver jusqu'à lui en le prenant à revers, il fallait passer par une gorge étroite et longue, que les Égyptiens ne devaient franchir qu'inondée de leur sang, si Hafiz tentait de barrer le passage. Ibrahim n'hésita pas, tant il avait foi dans sa fortune, et le succès lui donna raison. Par un aveuglement inexprimable, Hafiz resta immobile dans son camp. Parvenu ainsi, sans avoir rencontré visage ennemi, à l'extrémité de la gorge, Ibrahim fit halte avec son avant-garde, s'étendit à terre , et , en attendant le gros de son armée, s'endormit.
Le 24 juin était le jour fixé pour la bataille, jour solennel qui semblait porter en lui tout l'avenir de l'empire ottoman et, peut-être, un demi-siècle de révolutions et de combats pour l'Europe. Par le nombre, les deux armées étaient à peu près égales : quarante mille hommes environ de chaque côté. Mais, par la discipline, la confiance, la réputation des généraux, les Égyptiens l'emportaient.
Né dans la région du Caucase, Hafiz-Pacha unissait à beaucoup de vigueur et de ténacité une exaltation pieuse qu'il avait puisée dans une étude spéciale du Coran et que son maintien révélait. Vainqueur des Albanais, vainqueur des Kurdes, il était cher à son mattre, son mattre comptait sur lui; et lui-même il se croyait volontiers destiné à mettre un terme aux prospérités d'Ibrahim. Toutefois, son étoile avait pâli dès le commencement des opérations récentes; et le village de Mézar occupé, la marche de flanc des Égyptiens permise et impunie, rendaient son habileté suspecte.
Quant à Ibrahim , il était rayonnant : il se souvenait de Koniah. Il s'appuyait, d'ailleurs, sur un homme renommé pour la promptitude
y renvoyons ceux de nos lecteurs qui voudraient connaître des circonstances dans lesquelles ne nous permettait pas d'entrer le cadre de cet ouvrage.
HÉVOLUTiON FRANÇAISE.
et la justesse de son coup d^œil militaire autant que pour son courage. De sinaple officier français devenu successivement Tinstructeur des armées du vice-roi , son plus ferme soutien, Fami de son fils, Sève jouissait dans sa seconde patrie, sous le nom et avec le titre de Soliman-Pacha, d*un ascendant que ne démentait pas son mérite. < Messieurs, > avaitil dit aux officiers égyptiens , la veille de la bataille, après leur avoir distribué ses ordres : « à demain, sous la tente de Hafiz. >
 huit heures du matin , le combat s'engagea par le canon. La manœuvre d'Ibrahim portait ses fruits. Uarmée turque avait le dos tourné aux retranchements qui auraient dû la protéger, et elle se présentait découverte. Du reste, même ardeur de part et d'autre, mais non même habileté, les coups des Turcs s' égarant pour la plupart dans le vide, tandis que Tartillerie égyptienne, bien dirigée, trouait de toutes parts Tarmée ottomane et y portait un affreux désordre. Durant une heure et demie, le canon gronda; puis par une de leurs extrémités, les deux armées se joignirent et se heurtèrent« Suivi d'une partie de son extrême droite, cavaliers et fantassins, Ibrahim s'élance impétueusement vers l'extrême gauche de Hafiz.
Mais, couverte par un bois d'oliviers, l'infanterie turque attend l'ennemi de pied ferme, le laisse approcher et ouvre le feu. La cavalerie d'Ibrahim recule alors, elle se replie sur les deux régiments d'infanterie qui l'appuyaient, les refoule et prend la fuite, malgré les imprécations d'Ibrahim frémissant. Mais la droite est restée inébranlable, et un mouvement d'hésitation se déclare, au contraire, à la gauche des Turcs. L'explosion de plusieurs caissons a mis des batteries hors de service et jeté du trouble dans les rangs. Les Kurdes lâchent pied. Aussitôt Ibrahim et Soliman-Pacha poussent leur droite en avant et envoient au centre et à la gauche l'ordre de donner. Pressée ainsi sur, toute la ligne, l'armée turque cède, se renverse, se débande. Le sabre à la main et désespéré, Hafiz vainement apostrophe, supplie ou frappe les fuyards ; le torrent de la déroute le soulève et l'entraîne. Il court cacher dans les montagnes sa douleur et les débris de son armée, laissant à l'ennemi trois pachas morts,
cent quatre pièces d'artillerie, vingt mille fusils, neuf mille prisonniers, ses tentes, ses bagages, et jusqu'à sa décoration en diamants.
Peu de jours après, la tente d'Ibrahim était ployée, son cheval prêt, et le Taurus allait être franchi, quand tout à coup parut un officier français qui venait dire : c II faut s'arrêter. > La mission de M. Caillé en Egypte avait eo effet réussi. Par un convenable mélange de modération et de fermeté, il était parvenu à obtenir du vice-roi une lettre qui enjoipait à Ibrahim de ne pas chercher l'action si les Turcs consentaient à évacuer le territoire égyptien, et de ne pas avancer dans le cas ou , forcé de combattre, il demeurerait vainqueur. Cette lettre importante, M. Caillé avait fait diligence pour la remettre à temps; et s'il n'arrivait pas assez tôt pour empêcher le conflit, il arrivait du moins à heure fixe pour prévenir la conquête. Ce ne fut pas sans un dépit violent qu'Ibrahim se vit arracher le bénéfice de sa victoire. On voulait donc qu'il renonçât aux légitimes avantages d'une bataille gagnée! Et c'était l'amitié de la France qui exigeait cela de lui! Que lui parlait-on des ordres de son père ?Son pèreeùtil écrit la dépêche, connaissant Nézib? D'ailleurs, il fallait bien que l'armée avançât pour avoir des vivres. Singulière injustice! Il venait d'être attaqué, il venait de vaincre; à lui était le droit, à lui la force... et on renchaînail! Ces plaintes du général égyptien étaient d'autant plus* naturelles, que, dans le camp de Hafiz, on avait trouvé des papiers contenant les instructions secrètes du sultan, instructions qui dénonçaient dans Mahmoud une Ion* gue préméditation de vengeance et de guerre.
Mais, pour prix de ses conseils écoulés, le gouvernement français offrait sa médiation, a nécessaire contre le mauvais vouloir des autres puissances : Ibrahim se résigna.
Mahmoud n'apprit point sa défaite. Car, tandis que le canon de Nézib faisait trembler l'empire des Osmanlis sur ses vieux fondements, la prière publique était ordonnée dans les mosquées de Constantinople pour le sultan à l'agonie. Le 14 juin, il avait été transporté au kiosque de Tchamlidjà, d'où il ne devait sortir que dans un cercueil. Doué d'une rigueur herculéenne et d'un tempérament de