‹ Révolution française. Histoire de dix ans 1830-1840 (volume 3)Chapitre 65 sur 93 · LETTRE DES DÉFENSEURS · texte numérisé non relu

LETTRE DES DÉFENSEURS

AUX ACCUSÉS d'avril.

Citoyens,

Voulant nous montrer dignes de la confiance que vous n'avez cessé de nous témoigner depuis le jour où vous nous appelâtes & Tbonneur de prendre place à vos côtés sur les bancs de la cour des pairs, nous nous empressons de répondre ù la leltre que vous nous avez écrite dans la journée d'hier.

Nous concevons très-bien que dans Tétai d'abandon et d'isolement où vous jettent nos ennemis communs, au moment où ils déploient Tappareil de la force et de la terreur, vous vous adressiez à nous, non pour puiser dans nos consciences une force qui ne vous a jamais manqué, mais pour savoir de nous, qui sommes vos frères, si votre conduite est digne en tous points du parti républicain dont vous êtes les appuis les plus généreux et les défenseurs les plus intrépides. Or, c'est pour nous un devoir de conscience, et nous le remplissons avec une orgueilleuse satisfaction, de déclarer à la face du monde que jusqu'à ce moment vous vous êtes montrés digues de la cause sainte à laquelle vous avez dévoué votre liberté et votre vie, et que vous avez répondu noblement à ratlente de tous les hommes libres. On vous avait empêchés de communiquer entre vous et avec vos conseils, et, sous la seule inspiration de vos consciences, vous avez agi et parlé comme un seul homme ; on vous a refusé les défenseurs, et vous avez refusé les juges; on a éloigné de

vous vos femmes, vos enfants, vos ami$, et voire éuergîe a grandi dans la solitude : on a po^é des balonuelle> >ur vo< poitrines, et vos poitrines se >ont roidies sous la pointe des baïonnettes ; ou a voulu mutiler la défense, et vous n'avez pas voulu être défendus ; on a essayé d'une voix honteuse de vous accuser à la face du pays ; et vous, d'une voix haute ol fière, vous avez accusé vos accusateurs; on vous a arrachés par la violence de la présence de vos juges , et vous avez en parlant fait trembler vos juges sur leurs sièges par la màlc énergie de votre langage : en un mot , dans cetic circonslauce comme toujours, vous vous êtes onbliés entièrement vous-mêmes pour ne vous souvenir que des principes d'éternelle justice que vous êtes appelés à faire triompher.

Honneur ù vous !

Quant ft nous , jaloux aussi d'accomplir notre devoir, et voulant vous continuer jusqu*au dénoûment la loyale assistance de notre zèle, de notre expérience et de nos profonde; sympathies, nous nous sommes constitués en permanence. Nous suivons avec l'intérêt le plus vif, avec Tanxiété la plus fraternelle, des débats auxquels nous regrettons ne n'avoir pu prendre une part plus active. Nous sommes prêts à nous rendre au poste d'honneur que vous nous avez confié, aussitôt que nous pourrons 1« faire avec dignité pour le parti, avec avantage pour vous, c'est-à-dire dès que la défense sera ce qu'elle doit être, libre et entière; et dans tous les cas nous ne cesserons d'exercer sur les décisions de vos prétendus juges un contrôle actif, énergique et de tous les instants.

Le système de violence proposé par les gens du roi et adopté par la chambre des pairs ne s'était révélé jusqu'ici qu'avec une sorte de honteuse timidité : aujourd'hui il s*est manifesté à tous les regards par l'emploi de la force brutale, par votre expulsion de la barre de la cour à l'aide de la violence. On avait commencé par exclure les défenseurs, maintenant c'est vous qu'on veut exclure; on voulait vous entendre en l'absence de vos conseils, mainlenant on vent vous juger en votre propre absence. Laissez faire : eeci n'est pas de la justice, c'est la guerre civile qui se continue au sein de la paix et dans le sanctuaire même des lois.

Persévérez, citoyens, moulrez-vous, comme par le passé, calmes, fiers, énergiques; vous êtes les défenseurs du droit commun : ce que vous voulez , la France le veut ; tous les partis, foules les opinions généreuses le veulent; la France ne verra jamais des juges où il n'y a pas de défenseurs. Sans doute, au point où les choses en sont venues, la cour des pairs continuera à marcher dans les voies fatales où le pouvoir l'entraîne, et, après vous avoir mis dans l'impuissance de vous défendre, elle aura le triste courage de vous condamner. Vous accepterez avec une noble résignation cette nouvelle iniquité ajoutée a tant d'autres iniquités : l'infamie du juge fait la gloire de l'accusé ; dans tous les temps et dans tous les pays , ceux qui , de près ou de loin , par haine ou par faiblesse, se sont associés à des actes d'une justice sauvage, ont encouru la haine de leurs contemporains et l'exécration de la postérité.

Salut et fraternité.

(loir, ;>oifr les signatures, kt noms des défenseurs.)

Page 1