‹ Révolution française. Histoire de dix ans 1830-1840 (volume 4)Chapitre 22 sur 96 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Avènement de la bourgeoisie. — Misère et mécontentement du peuple. — Vains témoignages d'allégresse et d'orgueil. — Popularité du nouveau roi. — Le prince de Condé ù Sainl-Leu. — Lettres inédites du duc d'Orléans. — Testament en faveur du duc d'Aumale. — Histoire de la mort mystérieuse du prince de Condé. — Sensation profonde que cette nouvelle produit sur le peuple.

La bourgeoisie triomphait. Elle venait de placer sur le trône un prince qui relevait d'elle seule. Les ministres étaient des hommes dont elle avait créé la puissance et la renommée. La charte, modifiée, n'était plus qu'une constitution à son usage. Le pouvoir législatif lui appartenait par droit d'occupation, et, pour

le garder en l'absence de toute autorité constituante, il lui avait suffi de croire un moment à sa force.

Voulant achever son œuvre, elle n'avait plus que peu de chose à tenter.

Au moyen du serment rendu obligatoire, elle poussa les légitimistes sincères à une démis-

sion qui la laissait maîtresse du parlement.

Au moyen des destitutions imposées aux différents ministres , elle fit invasion dans les emplois publics et s'empara de l'administration.

Au moyen de la garde nationale , organisée avec une activité merveilleuse, elle se mit en mesure de régner sur la place publique.

Cependant, vers la fin du mois d'août, un spectacle étrange était donné à la capitale. On vit défiler le long des quais et des boulevards plusieurs milliers d'artisans , réunis en corps de métier. Ils s'avançaient lentement et en bon ordre; ils n'avaient point d'armes; leur maintien était grave ; et pas un cri ne sortait du sein de leur foule attristée. Ils se dirigèrent de la sorte vers l'hôtel du préfet de police. Ils allaient demander justice pour eux, pitié pour leurs femmes et pour leurs enfants; car la révolution qu'ils avaient faite leur était funeste!

Déjà, dans la soirée du 13 août, une réunion nombreuse de garçons bouchers avait parcouru la ville, silencieusement et à la lueur des flambeaux.

Bientôt une extrême agitation se manifesta parmi le peuple. Des malheureux, couverts de vêtements souillés, et tels que Paris les avait vus naguère courant à la mort, se rassemblaient tumultueusement sur les places publiques. Des attroupements se formaient à la porte des ministères, sur la place de Grève, sur celle du Palais-Royal, partout où siégeaient la puissance et le plaisir. Là les douleurs du pauvre s'exhalaient tour à tour en récriminations fougueuses et en plaintes touchantes. Les uns gémissaient de la brusque suspension des travaux , les autres de la diminution des salaires. Quelques-uns dénonçaient avec indignation la préférence qu'obtenaient sur eux, dans certains ateliers, des ouvriers appartenant à une autre patrie. Tous maudissaient l'influence meurtrière des machines. Avons-nous donc combattu pour si peu ? s'écriaient-ils. Plus malheureux le lendemain que la veille, quelle destinée est la nôtre, et que vient-on nous parler de notre victoire? On nous appelle le peuple souverain , et nous n'avons pas même la propriété de nos bras. Nous venons de sauver la patrie, on le proclame; et

nos familles languissent autour de nous , réduites au désespoir ou à l'aumône?

Ainsi se révélaient déjà de terribles malentendus. Toute-puissante dans Tordre social par la propriété du sol , par la jouissance des capitaux, par le crédit, la bourgeoisie n'aspirait plus qu'à l'affermissement de sa domination dans l'ordre politique. Le peuple au contraire, trop ignorant encore pour désirer le partage du pouvoir, frémissait sous le joug d'un ordre social où tout n'était pour lui qu'oppression.

Il est certain que la révolution de juillet avait rendu plus vives les souffrances de la classe ouvrière. Le parti vaincu se composait d'hommes opulents : sa défaite avait ébranlé toutes les professions qu'alimentent des habitudes de luxe. L'avenir, d'ailleurs, était incertain, la guerre possible; et l'enthousiasme affecté par les hommes politiques ne faisait que couvrir la défiance qui serrait le cœur des riches. De là des désastres irréparables, et, dans les hommes du peuple, un sentiment d'amertume auquel s'ajoutait le dépit des espérances trompées.

Les premières mesures prises par le pouvoir n'étaient pas de nature à calmer cette effervescence. Le projet de loi présenté par le maréchal Gérard pour assurer l'état des officiers, consacrait un principe assurément fort juste; toutefois cette sollicitude hâtive témoignée à l'armée pouvait paraître menaçante, au début d'un règne. Quant au projet de H. Guizot, relatif à la réélection des députés promus à des fonctions publiques, -il tendait à réaliser une réforme puérile pour la circonstance.

Les grandes situations veulent de grandes entreprises. Mais la bourgeoisie étant arrivée au terme de ses vœux, sa politique était d'empêcher l'éveil des désirs nouveaux ; elle devait chercher à rapetisser toute chose, parce que c'était le plus sûr pour contenir les esprits.

C'est à cette politique sans élévation que sacrifiait M. Guizot, lorsque, demandant à la chambre un crédit de cinq millions, applicables à des travaux publics , il disait : c L'ébranle- » ment ne peut cesser en un jour, et la rumeur » est forte encore après le péril. Le bon sens » du peuple le reconnaît et demande au travail * un refuge contre de nouvelles agitations. »

Plus tard, M. Guiiot devait formuler la même pensée avec une précision cruelle, en s' écriant ; * Le travail est un frein. »

Quoi qu'il en soit, les troubles allaient croissant dans la capitale; ils commençaient même à se répandre au dehors. A Rouen , les ouvriers réclamèrent une augmentation de sa* laire ou une diminution de travail. Dans plu* sieurs lieux, la perception des impôts fut arrêtée par d'énergiques résistances. Dans le seul mois d'août, sur 48 millions que devaient produire les contributions indirectes, le trésor éprouva une perte de 2 millions. Enfin, l'impôt sur les boissons fut repoussé avec tant de vivaeité, que les chambres furent forcées d'adopter provisoirement un projet de loi qui substituait, au gré du débitant, l'abonnement à l'exercice.

Or, pendant que le peuple souffrait et s'agitait, la bourgeoisie continuait à s'enivrer de son propre triomphe. Les théâtres retentissaient de chants patriotiques. Une commission avait été nommée pour la distribution des récompenses nationales : était-ce assez pour tant de périls, de maux affrontés? Des députations, accourues de tous les points de la France, venaient apporter aux pieds du monarque ces hommages, les mêmes pour chaque prince.

Louis-Philippe recevait les félicitations avec une bonhomie qui fournissait à ses partisans l'occasion cherchée par leur zèle. Les poètes célébraient à l'envi les vertus du roi, en les associant à l'héroïsme du peuple. Un banquet de 400 couverts fut donné par la ville au général Lafayette. Les familles qui manquaient de pain voyaient tout cela : elles en murmuraient, peut-être, mais les murmures du pauvre, dans une société imparfaite, s'éteignent sans échos lorsqu'une triste fatalité ne les transforme pas en cris de guerre.

Au reste, rien n'était négligé pour ôter aux plaintes du peuple le caractère de sincérité que leur donnaient les événements. Dans un petit écrit adressé aux ouvriers, M. Charles Dupin engageait les artisans, qu'il appelait ses amis, à se mettre en garde contre des instigations perfides. Les feuilles libérales allaient plus loin encore : elles représentaient comme des espions ou des forçats libérés tous ceux

qui, dans les ateliers, se prononçaient ment contre l'emploi des machines. Pour jeter la division parmi le peuple, et l'enchaîner par l'incertitude, on fit imprimer et on publia, l'attribuant à des ouvriers , dont toutefois ne disait pas connaître les noms, une protestation amère et virulente contre les désordres redoutés.

Détruire les machines eût été sans aucun doute , de la part des ouvriers , une violence sauvage dont ils auraient souffert les premiers : on faisait bien de le leur dire. Et pourtant si les machines produisent à la longue des tages incontestables, il suffit des maux dentela qui naissent de leur brusque intervention dans l'industrie pour accuser les vices de l'ordre social. L'anatbème était donc naturel chez de pauvres ouvriers, victimes d'une concurrence homicide. Les flétrir du nom de repris de justice, c'était descendre à des manoeuvres déloyales. Mais les intérêts qu'on menace sont implacables, et tout leur est bon pour se défendre.

Ici, on doit le reconnaître, le danger était grave. Aussi les journaux légitimistes ne tinrent-ils pas un langage différent de celui des autres feuilles. Les hommes du parti vaincu n'auraient pas été tâchés de voir la révolution se dévorer elle-même; la perte de leurs propriétés, cependant, était un sacrifice qu'ils ne voulaient pas faire au triomphe de leurs rancunes.

Dans l'exaltation des premiers moments, les chefe de la bourgeoisie avaient prononcé des mots d'une grande portée; ils avaient parié de la souveraineté du peuple. Ils ne tardèrent pas à craindre que son orgueil n'eût été trop fortement excité. Le détourner de toute espérance hautaine, par une habile atténuation de ses services, et foire à la bourgeoisie dans la gloire du combat une part qui servit à expliquer celle qu'elle prenait dans le triomphe, telle devint bientôt la plus vive préoccupation des orléanistes.

c La population ouvrière de Paris, disait le * National, dans son numéro du 18 août 1830, » n'est pas le peuple; elle n'est, comme les

» artistes, comme les marchands, etc ,

» qu'une partie du peuple. »

Enlever ainsi au mot peuple sa signification ordinaire n'eût été qu'une fantaisie frivole si la définition nouvelle qu'on en donnait n'eût caché des intentions profondes. En réalité, on voulait faire disparaître ce qu'il y avait eu d'éclatant et d'original dans la prise de possession de la place publique par la multitude. Et, d'un autre côté, cette communauté d'intérêts qu'on introduisait dans le langage, sans la faire passer dans la vie sociale, avait pour but ou de désarmer ou de calomnier le mécontentement populaire.

La revue de la garde nationale, au 28 août, vint faire trêve à ces défiances et à ces luttes. Une tente avait été dressée pour le roi au Champ-de-Mars , que couvrait une foule immense d'hommes armés. Le général Lafayette distribua des drapeaux aux diverses légions, et reçut leur serment au nom du roi. Le soleil brillait du plus vif éclat. La tenue des légions était magnifique. L'enthousiasme dont la révolution de juillet avait rempli les âmes, et qui n'était pas encore éteint, s'échappa, durant tout ce jour de fête, en acclamations passionnées et en chants de triomphe. Le joie du nouveau monarque dut être profonde, car sa popularité paraissait alors immense et presque égale à celle de Lafayette.

Mais en ce temps-là même, on entendit parler d'un événement tragique et mystérieux, qui devait marquer à jamais dans les commencements de ce règne.

Mentionner cet événement suffirait, s'il n'avait dû produire dans le peuple qu'un intérêt, frivole de curiosité ou qu'une émotion passagère. Mais il eut d'abord cela do remarquable qu'à côté des désastres de la grandeur, punie dans le successeur de Louis XIV, il vint montrer, dans le dernier des Condés, les misères de la grandeur déchue. Puis il ouvrit carrière à des débats dont le retentissement fit diversion à ces acclamations joyeuses que la bassesse humaine pousse autour des trônes nouveaux, et il éveilla des soupçons terribles, des

(f) Le refit qu'on va lire ne s'appuie pas seulement sur une coofroutatioo aUeutivc des divers témoignages fournis par une longue enquête judiciaire, il s'appuie aussi sur des documents officiels et des papiers authentiques qu'où a bien voulu nous communiquer.

soupçons étranges, dont nous verrons, dans les luttes ultérieures, reparaître la trace envenimée. C'est pourquoi , j'ai pensé que les détails en un tel récit ne seraient ni fastidieux ni superflus (1).

Uuand la révolution de juillet éclata, le duc de Bourbon, prince de Condé, vivait tranquille dans ses domaines, également étranger aux soucis de la politique et à ses périls. Mais à la nouvelle des malheurs qui le frappaient dans sa famille, un grand trouble s'empara de son esprit. Il tremblait pour Charles X, il trembla pour lui-même; et à ses craintes, à ses douleurs, s'ajoutèrent bientôt toutes les angoisses de l'incertitude. Accablé d'ans et d'infirmités, avait-il le droit d'attendre, sans le précipiter par un dévouement inutile, l'accomplissement de sa destinée? Ou bien, devait-il, se ranimant au souvenir des combats et des haines de sa jeunesse, aller rejoindre son infortuné maître et lui offrir, sinon les secours, du moins les consolations d'une fidélité sans peur? La place d'un Condé est auprès du roi à l'heure du danger, murmuraient autour du prince ses plus ardents serviteurs, et à de moins fougueux encouragements M. de Choulot répondait : c Est-ce que le prince de Condé, en 1793, » quand il courut aux armes, prit les conseils » du duc d'Orléans ? »

Mais le faible vieillard appartenait alors tout entier à une femme dont l'origine était obscure, dont le nom de famille était incertain, qui jadis avait paru, disait-on sur les planches du théâtre de Covent-Carden , qui, depuis, liée à un étranger d'une prodigue opulence, avait vécu, à Turnham-Green , du salaire d'un attachement illégitime, qui, enfin, devenue toute-puissante sur le coeur du duc de Bourbon, s'était laissé marier au baron de Feuchères, loyal soldat dont la bonne foi trompée servit à couvrir pendant quelque temps le scandale d'adultères amours. Or, par un enchaînement de faits qu'il n'est pas inutile de rapporter, les intérêts de cette femme se trou-

Nous avons cru devoir relate r des circonstances peu importantes en apparence, parce qu'en réalité elles ont une signification grave et peuvent servir à la solution d'an aussi important et aussi triste problème.

vaient étroitement liés à ceux de la maison d'Orléans.

Douée d'esprit, de grâce et de beauté, insinuante à la fois et impérieuse, tendre et altière tour à tour, madame de Feuchères, avait obtenu de son ascendant sur le duc de Bourbon, le don testamentaire des domaines de Saint-Leu et de Boissy, en 1824, et, en 1825, diverses sommes s'élevant au chiffre d'un million. Elle désira plus encore. Au revenu de Boissy et de Saint-Leu, dont on lui avait abandonné la jouissance anticipée, il fallut bientôt ajouter celui de la forêt d'Engbien; et cela même ne devait pas épuiser les désirs de la baronne. Hais une inquiétude secrète la poursuivait sans doute dans l'exercice de son pouvoir souverain. Elle avait à craindre que la mort de son bienfaiteur ne la laissât exposée aux attaques des héritiers du prince, dépouillés pour elle, aux procès que la captation provoque, aux clameurs de l'opinion peut-être. Situation délicate qui a fait croire aux ennemis de madame de Feuchères qu'en faisant adopter le duc d'Aumale par le duc de Bourbon , elle n'avait eu en vue que de se ménager le patronage d'une maison puissante !

Ce qui est certain, c'est qu'en 1827, et en réponse à une lettre où la baronne faisait l'offre de ses services, la duchesse d'Orléans lui écrivait : « Je suis bien sensible, madame, » à ce que vous me dites de votre sollicitude » d'amener ce résultat que vous envisagez » comme devant remplir les vœux de M. le » duc de Bourbon; et croyez que, si j'ai le » bonheur que mon fils devienne son fils » adoptif, vous trouverez en nous dans tous » les temps et dans toutes les circonstances, » pour vous et pour tous les vôtres, cet appui » que vous voulez bien me demander, et dont

(I) Nous avons en Ire les mains un dossier de l ou les les lettres adressées par le duc d'Orléans au prince de Condé , lettres non publiées. On y trouve à chaque page la preuve des préoccupations éminemment aristocratiques du duc d'Orléans. En voici un exemple entre mille :

« Neuilly, 1er octobre 18*0.

» Comme je sais , monsieur, que vous désirez savoir d'avance ce que j'apprends sur les cérémonies auxquelles nous sommes invités, je m'empresse de vous informer de ce que M. de Brézè est venu me dire hier au soir, relativement au

» la reconnaissance d'une mère vous est un » sûr garant. »

Il dut en coûter beaucoup à une femme aussi pieuse que la duchesse d'Orléans, d'associer au succès de sollicitations équivoques ses espérances maternelles. Elle y consentit, pourtant; mais la dignité de son caractère se retrouvait dans cette autre phrase de sa lettre: c Nous avons cru devoir nous abstenir de » toute démarche qui pourrait avoir l'appa- » rence de provoquer un choix ou de vouloir » le prévenir. »

Il parait que cette réserve Ait considérée par le duc d'Orléans comme un scrupule dont il était permis de s'affranchir. Le 2 mai 1829, apprenant de madame de Feuchères que, dans une lettre pressante et passionnée, elle avait proposé à son amant l'adoption du duc d'Aumale, il n'hésita pas à s'adresser lui-même directement au duc de Bourbon. D lui faisait connaître en termes pleins de convenance et de mesure , combien il était touché de la démarche de madame de Feuchères, et combien il serait fier de voir porter par un de ses enfants le nom glorieux des Gondés.

A ce coup inattendu, le duc de Bourbon tomba dans une anxiété profonde. Quoiqu'il eût toujours apporté dans ses relations avec la famille d'Orléans une politesse exquise, qui même en certaines occasions avait emprunté à l'amitié quelques-unes de ses formules, il fréquentait le moins possible le duc d'Orléans, recevait avec hésitation ses rares visites, et ne lui écrivait que guère pour s'entendre avec lui sur les puérilités du cérémonial, puérilités auxquelles le duc d'Orléans, tout bourgeois qu'on l'ait vu depuis, attachait une importance excessive (1). Ce jeune duc d'Aumale dont on lui parlait, le duc de Bourbon

Te Deum qui doit être chanté mardi & Notre-Dame, en actions de grâces de la naissance du due de Bordeaux. Il m'a dit que le roi n'y serait pas, mais que S. M. sera censée y être, que par conséquent son fauteuil serait placé au centre de nos pliants qui seraient tous sur la même ligne , avec un carreau devant chaque; qu'il avait ordonné que les neuf pliants fussent pareils ainsi que les carreaux et de In même étoffe ; que Monsieur mènerait dans sa Toiture M. le duc d'Angouléme, vous et moi , et que nos voitures précéderaient immédiatement les leurs dans le cortège. D'après cela , j'ai dit à M. de Brézé que j'irais à la cérémonie, et je serai mardi malin à dix heures cbex Monsieur pour Py ac-

Pavait accepté pour filleul, mais sans le vouloir pour héritier. Laisser l'héritage des Coudés à une famille qu'avaient eue à leur tête les ennemis de la noblesse et de la monarchie, paraissait à l'ancien chef de l'émigration armée une forfaiture et presque une impiété. Il ne pouvait avoir oublié que, transportant sa cour dans une assemblée de régicides, un d'Orléans avait voté la mort de Louis XVI, et qu'un autre d'Orléans avait combattu sous les drapeaux de Dumouriez. Mais, d'une part, comment refuser sans insulte ce qu'on lui supposait si bien le désir de donner? Et, de l'autre, comment affronter les emportements de madame de Feuchères par l'entremise de laquelle lui arrivaient des remerciments anticipés? D'ailleurs, l'artificieuse baronne avait

compagner. Je serai en grand uniforme , en bottes , avec le cordon bleu sur Phabit , et M. de Bréié doit nous faire savoir si les voitures do cortège seront à huit chevaux ou à deux, afin que nos attelages soient pareils à ceux de nos aines. S'il ne me faisait rien dire, je mettrais la mienne à huit chevaux. Madame la princesse d'Angouléme mènera de même toutes les princesses qui seront par conséquent cinq dans la voiture.

» Je profite avec plaisir, monsieur, etc.

» L. PB. D'ORLéiRS. »

A celte lettre, nous en joindrons une autre qui offre nn intérêt tout particulier en ce qu'elle se rattache à l'élévation du due d'Orléans au rang d'altesse royale ; on y retrouve aussi la trace des bontés qu'avait le roi Charles X, pour tous les membres de sa famille, et en particulier pour le duc d'Orléans.

c Neuilly, 00 mardi 11 septembre 4814.

• Je m'empresse, monsieur, de vous faire part que le roi m'ayant fait dire hier au soir de me trouver chez lui aujourd'hui à midi, je suis arrivé chez S. M. peu d'instants avant qu'il n'en sortit pour aller à la messe. Dès que j'ai été introduit dans son cabinet, j'ai commencé par le remercier de ses bontés, et j'ai ajouté que nous avions été particulièrement sensibles à celle qu'il avait eue pour nous avant-hier, à l'occasion du goupillon. « Oui , a-t-il repris , j'ai voulu que » cela fût ainsi, parce que je trouve que cela devait être, et » justement je voulais vous dire que je vous accorde le titre » d'altesse royale. » Le roi nous l'accorde à tous? ai-je re- » pris en hésitant; oui à foi», m'a-t-il dit; cela n'est pas » d'accord avec nos anciens usages, mais je trouve que » dans l'état actuel des choses et de l'Europe, cela doit être » ainsi , et c'est pour tous. » Après cela , notre conversation a continué et il m'a dit qu'il voulait aussi me parleiCpour la cérémonie de Saint-Denis , qu'il espérait que nous trouverions convenable que M. le dauphin fût dans un fauteuil, et nous sur des chaises à dos Je lui ai répondu que , quant à moi , cela me paraissait très-convenable, que M. le dauphin étant nécessairement appelé à succéder à la couronne, j'entendais qu'il devait avoir une prééminence sur ceux qui n'y étaient appelés qu'éventuellement, que si M. le dauphin avait des fils , je l'entendrais de même pour sou fils aîné ,

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