‹ Révolution française. Histoire de dix ans 1830-1840 (volume 4)Chapitre 51 sur 96 · CHAPITRE XXVIlï · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIlï

Division du parti légitimiste t Paris, Hassa, Holy-Rood. — : Secrètes conférences de Luçqoes. — Lettre de M. delergorin à Charles X. — Dispositions des petites cours de l'Italie à l'égard de la duchesse de Berri. — Mésintelligence entre Usa et Holy-Rood. — H. de Blaeas éloigné. — Détails delà conspiration royaliste. — Politique de l'Autriche : le prinee d« Metternich opposé aux projets de la duchesse de Berri. — Instructions adressées au représentant de la duchesse è Bcrri en Espagne. — Relations diplomatiques de cette princesse arec le cabinet de La Paye, arec celui de Seint-Péta* bourg. — Situation de la Vendée. — Constitution et ordonnances préparées à Massa. — La duchesse de Berri s'emtarç» secrètement. — Sa traversée sur le Carlo- Alberto. — Tentatire d'insurrection à Marseille. — Voyage de h doebestfc Berri a travers la Franee. — Prise du Carlo- Alberto. — M«« Lebeschu. — La duchesse de Berri en Vendée; dma* intestine. — La prise d'armes ordonnée; contre-ordre; engagements partiels; visitée laChaslière. — Combat do Ckèw siège delà Péntssière. — L'insurrection étouffée. — La duchesse de Berri à Nantes.

Nous avons laissé la duchesse de Berri méditant à Massa le hardi projet de relever le trône de son fils; mais les forces du parti légitimiste ne répondaient pas à l'audace d'un tel dessein.

Le parti légitimiste, en effet, était alors en proie à de graves dissentiments , et il se partageait en trois fractions bien distinctes :

La première ne voulait marcher au rétablissement de Henri Y que par les voies légales et parlementaires. Son centre était Paris ; son organe, la Gazette de France; et elle avait pour principaux représentants le duc de Bellune, le vicomte de Chateaubriand.

La seconde n'attendait rien que de l'intervention armée des puissances. Elle dominait à

Holy-Bood, et recevait son impulsion du (te de Blaeas.

La troisième repoussait comme impopulaire et funeste l'intervention de l'étranger; œfê elle rejetait en même temps tout système d'opposition légale, et comptant sur les ressources des royalistes à l'intérieur, elle n'aspirait qu'à soulever les provinces. Les yeux fixàsaf Massa , elle applaudissait aux sentiments aventureux de Marie-Caroline, et avait pour etiefc le maréchal Bourmont , le comte de Kerçwlay, le duc d'Escars, le vicomte de Saint- Priest.

Cette division du parti rendait le rôle * M^rie-Carolipe très-difficile et très-pér» car elle avait de la sorte à lutter, non-seul*

ment contre la prudence timide des notabilités légitimistes de la capitale, mais encore contre le mauvais vouloir des grandes cours, qu'irritait le désir affiché par la princesse de se rendre indépendante de leur appui.

Dès son arrivée à Massa, Marie-Caroline avait pu entrevoir les difficultés de son entreprise. Nous avons dit que le duc de Blacas lui avait été donné comme mentor politique. L'attachement qu'elle témoignait à M. de Mesnard, son premier écuyer, et à M. de Brissac , son chevalier d'honneur, fit ombrage au favori de Charles X, et ces messieurs ne tardèrent pas à apprendre qu'on cherchait à les éloigner* M. de Brissac, dans sa droiture, n'en voulut rien croire; mais M. de Mesnard, moins incrédule, engagea la duchesse à s'entourer de conseillers capables de ruiner auprès d'elle l'influence de M. de Blacas. Le maréchal Bour* mont était arrivé à Massa , ainsi que MM. de Pastoret, d'Escars, de Kergorlay. Ils surent de la duchesse de Berri qu'elle n'avait qu'une connaissance très-imparfaite des pouvoirs que

A SA MAJESTE CBARLE8 1.

Sire,

J\d assisté ici à quelques conférences qui ont été tenues dans les Intérêts de Henri V et de la France, en présence de la mère de son jeune roi. Dans une de ces conférences il a été donné lecture de deux déclarations : Tune en date du Si août 1830, Pan ire postérieure, par lesquelles Vétre Majesté annonce son intention de nommer Madame régente, cl de régler les conditions de cette régence.

Personne ne saurait avoir appris avec plus de douleur que moi , le malheureux acte du S août 1830, par lequel Votre Majesté abdiqua la couronne de France. Cet acte, par sa nature, ne semblait pas rétractable; 11 ne fut d'ailleurs pas rétracté après l'arrivée de Votre Majesté sur la terre étrangère. Il ne resta à vos fidèles sujets qu'à 6e résigner. Us comprirent que Votre Majesté n'ayant soumis à aucune réserve ce dernier acte de volonté souveraine , avait abdiqué à la fois toutes tes fonctions de la royauté". J'émis donc, dans la conférence dont je viens de parler, l'opinion que Votre Majesté, en abdiquant la couronne, n'avait pu conserver ni le pouvoir dénommer à la régence, ni celui d'en régler les conditions.

Il est vrai que Votre Majesté , par l'acte même de son abdication, nomma monseigneur le duc d'Orléans lieutenant général du royaume, et Ton peut dire aussi que cette nomination funeste ne fut pas contestée. Je ne me propose pas d'examiner ici si elle devait l'être : les exemples au reste que les dispositions testamentaires de nos rois, relatives à la régence, n'aient pas été suivies après leur mort, ue manquent pas dans notre histoire. Mais quand on admettrait comme incontestable la validité de la nomination d'un lieutenant général du royaume contenue dans Pacte même de l'abdication, il ne résulterait pas de 14 que Ton pût soutenir

M. de Blacas avait reçus de Charles X; ils contraignirent le favori à les montrer; et leur étonnement fut au comble lorsqu'ils virent que ces pouvoirs, tout en accordant à la mère de Henri V le titre de régente , en conféraient à M. de Blacas toutes les fonctions et toute l'autorité. Des conférences secrètes eurent lieu à Lucques. M. de Kergorlay y combattit avec beaucoup d'énergie le droit que s'arrogeait Charles X de disposer de la régence après une abdication volontaire et formelle. MM. de Bourmont et d'Escars se rangèrent de l'avis de M. de Kergorlay. M. de Pastoret, dont ces ardents débats alarmaient la modération, se contenta de faire remarquer que l'acte relatif à la régence était de plusieurs mois postérieur à l'abdication et conséquemment irrégulier.

Seul , M. Billot soutint les prétentions de M. de Blacas , sur la demande duquel on l'avait mandé à Massa. Au sortir de ces discussions brûlantes, M. de Kergorlay écrivit à Charles X» pour lui exprimer sa conviction, une lettre pleine à la fois de respect et de fermeté (1).

la validité de nouvelles dispositions du roi , relatives à la régence, qui porteraient une date postérieure à celle de son abdication. A la vérité, monseigneur le duc d'Orléans s'étant , par le crime de son usurpation, rendu a jamais indigne de la licutenance générale du royaume que Votre Majesté lui avait confiée, on pourrait concevoir qu'au moment même où le roi aurait appris cette indignité , il eût cru devoir se reporter à Yépoque , antérieure de peu de jours , à laquelle il avait fait cette nomination, et suppléer a son annulation nécessaire, en lui en substituant une nouvelle, sans prendre en considération quelques jours écoulés dans l'intervalle; mais la fiction par laquelle on se reporterait à un temps écoulé depuis peu de jours ne peut s'étendre avec la moindre vraisemblance à un délai de plus d'un an, et il faut bien qu'après un silence si prolongé la réalité remplace la fiction.

La réalité est que , l'abdication d'un roi élont sa renonciation volontaire à l'exercice des fonctions royales, il a renoncé en abdiquant à tout exercice ultérieur de la fonction royale de disposer de la régence. La renonciation de monseigneur le dauphin a ses droits ù la couronne de France en faveur de son neveu , équivaut , pendant la durée de la vie de Henri V, à son abdication complète, et doit en conséquence avoir, relativement a la régence actuelle, les mêmes effets.

Que si, de l'examen de la validité, on passe a celui de l'opportunité, je crois ne devoir pos reculer devant le douloureux devoir de dire que, dans la disposition actuelle des esprits en France, la publication d'ordonnances par lesquelles Votre Majesté conférerait la régence et en réglerait les conditions, aurait un effet funeste. Le public n'y verrait qu'un effort pour associer le nouveau règne au système qui a perdu le règne précédent.

Ce système avait perdu Jacques II en Angleterre : il con-

Quant à M. de Blacas, il sortait vaincu des ! conférences de Lucques. M. de Hetternicb eut beau l'appuyer chaudement auprès de la duchesse de Berri, elle n'attendit plus qu'une occasion pour l'éloigner.

A rembarras de ses démêlés intérieurs se joignait, pour la princesse, celui des frayeurs diplomatiques que sa présence inspirait. Parmi les petits princes d'Italie, les ducs de Modène et de Lucques étaient les seuls qui eussent offert à la mère du duc de Bordeaux une hospitalité courageuse et franche. Le roi de Sardaigne lui écrivait des lettres affectueuses, lui donnait des conseils utiles, mais tout cela dans l'ombre. Le grand-duc de Toscane lui refusa l'autorisation d'aller à Pise prendre les bains. Enfin, elle fut au moment de se voir fermer les portes de la ville même où régnait son frère, c Si la duchesse de Berri, avait dit le » général Sébastiani, prétend faire de Naples » le théâtre de ses intrigues , la France a des

siste dons la supposition d'an pouvoir constituant, fondé sur le droit divin, qui unirait en soi la triple faculté d'octroyer une charte, de la jurer, et de la retirer ensuite. Je sais bien que Votre Majesté n'a voulu ni cru violer la charte, et que, se fondant sur l'ambiguïté de l'article 14, elle a cru demeurer fidèle à la charte même en adoptant l'interprétation de cet article qui lui a semblé la meilleure. Je crois que ses ministres en ont adopté avec la même sincérité la même interprétation ; mais je sais aussi que cette interprétation n'a été adoptée que par une bien petite partie de la nation, et qu'elle a paru, au plus grand nombre des Français, trop paradoxale, et contradictoire avec le principe même de la charte, ainsi qu'avec l'adage connu, exprimé dans nos anciennes coutumes par ces paroles concises : Donner et tenir

ne VAUT.

J'ai souvent eu occasion , et notamment dans les centjour*, de m'expliquer publiquement sur la -préférence à donner aux constitutions octroyées ou aux constitutions extorquées. J'ai toujours exprimé, avec autant de force que j'en ai été capable , mon indignation contre l'ignoble système des constitutions extorquées, et j'ai toujours ajouté, avec la même chaleur, que les constitutions octroyées reposent sur la base la plus sûre de toutes les garanties, l'honneur royal.

La malheureuse controverse sur l'interprétation de l'article 14 a gravement altéré, dans la généralité des esprits, la sûreté de celte garantie. Je n'ai pas cessé, depuis lu dernière révolution, d'être convaincu que le seul obstacle qui s'oppose au rétablissement de Henri V sur le trône de ses pères, par acclamation, est la difficulté de persuader à la nation que ni lui ni sa mère n'adopteront jamais le système qui attribue à un roi un pouvoir constituant également capable d'octroyer une charte, de la jurer, et de la retirer ensuite.

Les diverses considérations, fondées sur notre droit public et sur l'utilité de l'État, que je viens d'exposer, m'ont déterminé à émettre, dans les conférences auxquelles j'ai assisté

i soldats , elle a des vaisseaux, et Toulon n'est i pas loin de Naples. » Ces paroles transmises par le prince de Castelcicala au gouvernement napolitain, lui causèrent les plus vives alarmes. Il n'ignorait pas que la cour de France, si facile sur tout le reste, ne manquerait pas sur une question purement dyuastique, et visà-vis d'une petite puissance, de se montrer intraitable. Sur ces entrefaites, le roi de Naples étant revenu de Sicile, quelques-uns de ses conseillers , et entre autres le ministre de la guerre Fardella, lui firent peur du cabinet des Tuileries, et il résolut de refuser à sa senr l'entrée de son royaume, ce qui serait armé si le prince Cassaro n'eût fait sentir à Sa Majesté Sicilienne tout ce qu'il y aurait dans m pareil refus de déshonorant et de lâche. D fat donc loisible à Marie-Caroline d'aller revoir Naples. A Rome, le pape l'accueillit avec beaucoup de bonté; mais le comte de Lutzow, ambassadeur d'Autriche, et, à son exemple, les

ici , l'opinion que la mère de Henri V devait se elle-même régente du royaume en vertu de son droit . eee personne ne lui pouvait contester, sauf à accepter, si les états généraux du royaume lui en faisaient la demande, ides limitations ù ses fonctions de régente qui, àTaeeord entre elle et eux , seraient jugées convenables. J'ai cité, à Fa*f i de mon opinion, que Madame devait et aurait àù depas longtemps se proclamer elle-même régente , à l'exempte et Louis XVI 11, qui se proclama régent pendant la minorité et Louis XVII aussitôt après la mort de Louis XVI. Plusieurs personnes sans doute, et j'étais du nombre, n'approuvèrent pas M. le comte de Provence d'avoir, en prenant le litre et régent, enfreint les droits de la reine mère captive, et pansaient qu'il eût.agi plus convenablement s'il eût pris stekment le titre de lieutenant général du royaume ; suif sM s'éleva des contestations sur la convenance du litre qu'il prenait , il ne s'en éleva aucune sur son droit à le prendre par sa propre autorité : il fut approuvé grandement et moment de n'avoir pas attendu son retour en France proclamer son droit et son devoir, comme premier héritier du trône, de pourvoir autant qu'il était en lai au giwicintment de l'État , soit pendant la durée de la captivité de n reine, soit après la malheureuse issue de cette captivité.

J'ai cru d'autant plus de mon devoir d'exposer sèment a Votre Majesté l'opinion que j'ai émise relatif a la régence, qu'il a été refusé aux membres de la de dresser procès-verbal des opinions qu'ils ont émises à et sujet.

Je suis, Sire,

De Votre Majesté,

Avec la vénération profonde que je lui portais quand Jasais me compter au nombre de ses plus fidèles sujets.

Le plus humble, le plus obéissant et le dévoué serviteur,

Le comte F. ai KuacetLAT.

Des bains de Lucques, le 39 septembre 1851.

LE MARECHAL BOilRHONT

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