‹ Révolution française. Histoire de dix ans 1830-1840 (volume 4)Chapitre 53 sur 96 · PROCLAMATION DE S. A. R. RÉCENTE DU ROYAUME · texte numérisé non relu

PROCLAMATION DE S. A. R. RÉCENTE DU ROYAUME

Soldats !

Une funeste révolution a violemment séparé de la France la famille de ses rois , celle révolution s'est faite sans vous; elle s'est faite contre vous; fidèles au devoir et à l'honneur, vous vous êtes soumis par nécessité : vos cœurs n'ont pas adhéré à l'usurpation.

Soldats , les intérêts de la patrie me ramènent au milieu de vous, la petite fille de Henri IV vient demander votre appui. Elle le demande au nom des malheurs de la France, au nom de vos familles désolées ; c'est à notre amour, à celai de tous les bons Français, des Français seuls, que Henri V

Secrétaire (i) ; enfla , on ouvrait avec certains ( chefs du parti bonapartiste une négociation J qui mérite d'être rapportée avec quelques dé- j veloppements , parce qu'elle montre quelles étaient, à cette époque, les secrètes pensées de l'Autriche.

La première nouvelle de la révolution de juillet avait douloureusement affecté le prince de Metternich. Mais, quand cette nouvelle lui parvint, il se trouvait à Carlsbad, avec le comte de Nesselrode. Or, le comte de Nesselrode ayant, par une interprétation erronée des sentiments de son maître , émis l'opinion que la Russie reconnaîtrait, à l'exemple de l'Angleterre, le gouvernement français, le prince de Metternich trembla que l'Autriche n'eût à soutenir toute seule le choc de la révolution française. U ne tarda pas à être détrompé par le

veut devoir sa couronne. Française et mère, je vous confie l'avenir de la France et les droits de mon fils. Le gouvernement usurpateur vous appelle maintenant à sa défense , et

naguère encore il vous insultait Vous ne l'aurez pas

oublié, soldats de l'armée d'Espagne, c'est lui qui a détruit les monuments élevés a vos victoires. Soldats de nos légions d'Afrique, la monarchie légitime vous préparait des arcs de triomphes et des récompenses, la révolution a méconnu vos services et vous a poursuivis de ses calomnies ; ils ne sont pas Français ces hommes qu'importune la gloire de leurs exploits , séparez-vous de leur cause avilie , ralliez vous au drapeau blanc, c'est celui de vos pères, c'est le vôtre ; c'est le signe glorieux qui a conquis ou su conserver nos plus belles provinces, qui est honoré dans toutes les parties du monde ci respecté sur toutes les mers : vous l'avet planté naguère aux colonnes d'Hercule, sur les ruines d'Athènes, sur les remparts d'Alger.

La France et l'Europe s'apprêtent à le saluer de nouveau comme un gage de sécurité, comme l'étendard de l'honneur et du courage. Soldats , vos droits seront reconnus, la noble profession des armes reprendra son rang, votre avancement, ▼os avantages justement acquis vous seront rendus ou conservés, Henri V vient récompenser le mérite et le dévouement, reconnaître tous les.scrvices et rechercher toutes les capacités honorables.

Je ma place avec confiance an milieu de vous : voit* aurei des armes contre les ennemis de l'Élal , vous n'en avez point contre vos frères , contre la fille de vos souverains , contre un enfant que vous avez vu nultre , l'héritier légitime de trente cinq rois; accourez donc, que l'amour de la patrie vous rallie à la mère de Henri V, vous me trouverez a la tète des braves qui s'avancent l'arme au bras au milieu de la patrie reconnaissante ; accourez tous vous mêler aux populations fidèles qui se pressent au-devant de nos pas , et comme elle, répétez avec transport ce cri si cher à la France : Vive le roi ! Vive Henri V !

Donné le 1832,

Pour le roi, la régente du royaume, Marie-Caroline.

(Pièces relatives au procès des passagers du Carlo-Alberto , à Montbrison.)

comte Or letf, envoyé de&ûot~PéteraMaif pur s'entendre avec le cabinet antricHea. lak 9 n'était plus temps. Il avait doue te» i ht peu de chose que Louis-Philippe ne fit pu reconnu par 1* Autriche, et en donnât su audience de congé au général Belliird, k prince de Metternich n'avait pas eraiit de ta dire : c L'empereur abhorre ce qui vtaldt se passer en France. Son sentiment pnfeti est que l'ordre actuel me petit pas ianr. Il est également convaincu que le chef due* veau gouvernement et ses ministres «dotent pas de cette vérité. Dès lors, iU demi se livrer avec anxiété à la reehercfcete moyens de se soutenir le plis feDgtanp possible, et ces moyens, ils ne les peimtf trouver qu'en revenait au rigks et in principes sur lesquels repose* t tooslesgoi-

(!) oaaoasARci poea L'eau* autioii a*ti crtvMirof

PftOVISOlU A »ABJS.

■ Nous, Marie-Caroline, régente du royaume,

» Considérant la gravité des circonstances et te faftff qui menaceraient la France , si , dans ce moment de cri* les droits et les intérêts de tous fie se troewia* pt« sous la sauvegarde de l'autorité léfJliay eei pals** mettre un ternie aux maux de la patrie ; peoétrée de a nécessité où nous sommes <f organiser dans Paris Mftf* ▼ernement provisoire qui paisse, ea noire aaa*at«tti nom de notre bien-aimé fils Henri Y, prendre les ne»» les plus propres à assurer le rétablissement de Forai * de la tranquillité ;

» Désirant en même temps que ees ieiportaetef foataa» ne soient confiées qu'à des hommes recommandable a* leor amour pour le bien publie; » Agissant, enfin, en verte de nés poarowemnaaréea* du royaume ,

» Nous avons ordonné et ordonnons oe eai sait :

» Art. i". A dater de la publication fek prises* «** nance, un gouvernement provisoire est institai,da» «• ris, à l'effet d'y faire reconnaître et proclamer rinltfM* notre bien-aimé fils Henri Y, et de reaereir sa aa a* pendant noire absence.

» Art. 2. I e marquis de Pastoret , le duc de Bdtaae.*

vicomte de Chateaubriand et le comte de Kergorkv, m

nommés membres du gouvernement provisoire : M il»*

e de l'un d'eux , les autres membres sont ulorW**

sence

pourvoir à son remplacement, a Art. 5. Le comte de Floirac est nommé sécréta»* * gouvernement provisoire, et en exercera les fond*"» sous la direction des membres dudit gouvernemeat.

» Fait à Massa, le 5 février 1832.

• La régente do roTsaB*-1

HISTOIRE DE DIX ANS. i «50*1 840.

UT

» vernements. » Ainsi , l'Autriche n'avait reconnu le gouvernement français que dans l'espérance d'arriver par lui à l'anéantissement du principe révolutionnaire. Voyant le cabinet des Tuileries marcher vers ce but avec perse* vérance, et n'ayant plus de doute sur la résolution prise par Louis-Philippe de maintenir intacte les traités de 1815, le cabinet autrichien en était venu à considérer comme un gage de sécurité pour l'Europe monarchique l'affermissement de Louis-Philippe sur le trône. Le principe de l'usurpation n'avait pas cessé d'être maudit à Vienne, mais on s'y félicitait de la sagesse de celui qu'on y appelait l'usurpateur. De là, refus d'appuyer toute entreprise tentée contre le gouvernement français. Tenir des prétendants en réserve pour en menacer au besoin LôuU-Philippe, et imposera ces prétendants, à travers mille égards hypocrites , une inaction soigneusement calculée, tel était le double aspect de la politique autrichienne à l'égard de la dynastie d'Orléans.

Diverses circonstances, si elles n'avaient été jusqu'ici tenues dans l'ombre, auraient découvert le fond de cette politique.

11 y avait alors en Suisse un général de l'empire. Ennemi du gouvernement qui avait prévalu en France , ce général fit passer sous les yeux du prince de Metternich, par l'intermédiaire de M. de Bo m bel les, diverses propositions ayant trait au rétablissement du duc de Reichstadt et suivies d'un projet de constitution impériale. Mais, non content de fermer l'oreille à ces propositions, le prince de Metternich en donna communication à un correspondant de la duchesse de Berri, et ce fut là le point de départ de la négociation dont nous avons parlé. La cour de Massa n'hésita pas à se mettre en rapport avec quelques bonapartistes dans le dessein, qui leur était commun, de renverser Louis-Philippe. Mais il était difficile qu'on s'entendît : les uns ne voulaient rien tenter qu'avec le drapeau tricolore; la cour de Massa ne pouvait renoncer au drapeau blanc. Les pourparlers aboutirent à la note suivante :

« Par estime pour le* sentiments que vous » nous avez exprimés , nous vous acceptons et

i nous vous donnons entière liberté d'agir » avec les vôtres pour le but convenu et expli- » que dans la note du 19 novembre, par la- » quelle , déclarant que nous ne pouvions » transiger sur la couleur du drapeau , nous » avons promis et promettons d'accueillir tous » ceux qui , dans l'intérêt de la France, com- » battraient pour replacer Henri V sur le » trône, et de reconnaître leurs services.

» Marie-Gaaolinb. »

Un pareil langage n'était nullement conforme aux sentiments de ceux des bonapartistes auxquels on l'adressait. Un d'eux s'en expliqua en termes énergiques : c Les blancs, » dit-il, voudront toujours mollement les bleus. » Ceci en est une nouvelle preuve. *

Pendant ce temps , M. de Metternich faisait écrire à la duchesse de Berri que sa présence à Massa était dangereuse; que le gouvernement français avait rœil sur toutes ses démarches; qu'elle devait craindre de nuire à la cause de son fils par la témérité de ses projets ; que ce serait compromettre cette cause à coup sûr que de fournir à ses ennemis l'occasion

de s'emparer d'un otage précieux, etc

Tonte la politique de M. de Metternich était dans ces conseils , dont la prudence déguisait mal l'égoisme.

La duchesse de Berri n'avait donc pas à compter sur le cabinet de Vienne. Elle espérait mieux de celui de Madrid, où elle avait , dans la reine Christine, un puissant appui; mais M. de Saint-Priest n'eut pas de peine à lui faire comprendre que le gouvernement espagnol était trop faible pour que son intervention pût être efficace; que le mérite du résultat ne compenserait pas ici l'odieux du principe; qu'il fallait, avant tout, éviter la honte et le péril d'une troisième invasion; que, pour servir utilement la cause , la légion organisée k Valladolid devait être composée de soldats français et commandée par des efkiers français; qu'il importait, en un mot, qu'aucun Espagnol ne franchit la frontière. Cet avis prévalut, et M. de 8ainM>riest fut autorisé à écrire dans ce sens an représentant de la petite cour de Massa, en Espagne. Voici en quels termes étaient conçues ces instructions :

us

•c Deax choses dans ros rapports ont particulièrement fixé mon attention : ee que vous dites de la légion étrangère, et du refus de laisser entrer Madame en Espagne.

■ Relativement au premier point, il est très-essentiel que vous vous assuriez positivement de la force de ce corps et de sa composition. S'il est en effet formé de Français, et s'il eomple au moins quelques centaines d'hommes , il pourrait être très-utile, dans le cas où Madame réussirait à opérer un grand mouvement dans le midi, mais il faudrait pour cela que le gouvernement espagnol permit qu'il fût rapproché des frontières, de manière a pouvoir opérer par la vallée de

TAriège Toutefois, en vous indiquant combien cette

coopération serait désirable, Madame ne s'en dissimule pas les difficultés 11 est douteux , d'une part , que le gouvernement espagnol vous accorde cette autorisation, et de l'autre, il faudrait, pour que celte diversion fut utile, que ce corps fût réellement composé de Français et n'agit que sous votre commandement et sous la cocarde blanche. L'intention de Madame n'est point en effet de recourir à une intervention étrangère. Elle désire et elle espère pouvoir l'éviter, et si elle avait des secours de ce genre à demander, ce serait à d'au 1res puissance* que l'Espagne qu'elle s'adresserait. H ne faut donc pas qu'un soldat espagnol passe la frontière. Veuillez ne point perdre cela de vue. Toutes vos démarches doivent se borner à obtenir un meilleur emploi de la légion étrangère et un asile en cas de revers. »

M. de Saint-Priest aurait voulu davantage. II pensait avec raison que, puisqu'on renonçait à demander à l'étranger des secours de troupes, il était au moins inutile d'entretenir avec les puissances des relations diplomatiques quelconques. Mais cette opinion n'était celle ni du roi de Sardaigne ni du maréchal Bourmont, Un fils du maréchal fut donc envoyé au prince d'Orange , et M. de Choulot à l'empereur de Russie.

M. de Bourmont fils était chargé de faire connaître au prince royal de Hollande les projets et les espérances de la duchesse de Berri, qui , instruite des difficultés soulevées par la question belge, comptait sur une diversion propre à attirer vers la frontière du nord les troupes de Louis-Philippe. Le prince d'Orange parut très-étonné de la confiance que la duchesse de Berri avait dans les forces du parti légitimiste, et l'on ne put lui arracher que ces mots : c Pour nous, nous sommes prêts. »

Quant à M. de Choulot, il ne dut qu'à son énergique persistance d'être admis auprès de l'empereur de Russie. Les plus minutieuses précautions avaient été prises pour dérober au corps diplomatique le secret de cette entrevue. L'empereur accueillit d'abord M. de Choulot avec quelque froideur ; mais quand il sut quelles étaient les idées et les ressources de la du-

chesse de Berri, il se montra moins réservé, promit l'appui moral qu'on lui demandait, et s'ouvrit librement de ses griefs contre

Philippe, ajoutant qu'il avait les mains liées par la timidité du cabinet de Berlin, non moins que par les oscillations de l'Autriche.

Telles étaient, par rapport an parti légitimiste, les dispositions des monarchies absolutistes du continent. On risquait de les irriter en agissant en dehors de leur influence; oh risquait, en subissant cette influence, de déshonorer la cause de Henri Y. Funeste alternative qui , pour la mère du prétendant, se compliquait, à l'intérieur, de mille obstacles et de mille dangers. Le dénoûment de la conspiration de la rue des Prouvaires avait , en efet, découragé les. royalistes et compromis quelques-uns d'entre eux. Le rôle joué dans cette affaire par un homme attaché an maréchal Bourmont, était devenu la source des plosficheux malentendus et avait profondément offensé le duc de Bellune. H. de Chateaubriand avait demandé, sans pouvoir l'obtenir (Tune manière précise, l'autorisation de se rendre auprès de Madame en Italie, où il savait qu'on pouvait lui garder rancune de certaines phrases contenues dans ses derniers écrits, de celle, par exemple, où il déclarait qu'il irait combattre l'étranger, dût l'étranger ramener Henri Y dans ses bras. De leur côté, les comités royalistes de Paris ne négligeaient rien pour entraver le mouvement; le Midi était incertain; les rapports concernant l'état de la Vendée étaient contradictoires, et annonçaient parmi les divers chefs de corps des opinions divergentes ; ceux-ci repoussant, comme M. de Cfcarette, toute intervention de l'étranger ; ceux-là jugeant, comme M. de Coislin, c que le jour » viendrait, peut-être, si on avait la patience » d'attendre , où l'on pourrait tout faire par h » France et rien par l'étranger, ce qui serait » sans doute beaucoup mieux; mais que ce » jour n'était pas encore venu. »

Du reste, ces dissidences n'empêchaient pas qu'on ne fît secrètement dans l'Ouest tous les préparatifs d'une insurrection prochaine; et s dans certaines contrées les démarches étaiest fausses, les mesures mal prises, dans d'autres l'organisation était vraiment redoutable. Cesi

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ainsi que, dans le seul pays situé entre la Sarthe et la Mayenne, on était parvenu en peu de temps à former vingt-six compagnies de cinquante hommes chacune, bien pourvues de fusils, disposant de vingt mille cartouches, et n'attendant plus que le signal.

Il fallait un terme à cette situation, car elle portait dans ses flancs tous les désordres ; et les scènes qui en résultaient avaient quelque chose de terrible. La prise d'armes n'avait pas encore été ordonnée que déjà, dans ce pays désolé, la guerre civile apparaissait partout avec son escorte ordinaire de meurtres et de perfidies. Rendus furieux par le danger, les partisans du régime nouveau étaient sans pitié pour leurs ennemis ; les visites domiciliaires se multipliaient à l'infini et portaient la terreur au sein des familles ; la chasse aux chouans se faisait avec une activité passionnée. Hais ils s'étaient eux-mêmes rendus coupables des plus criminelles agressions, et ils exerçaient maintenant d'horribles représailles : ici, c'étaient des gendarmes qu'ils tuaient au coin d'un bois ou au détour d'un chemin; là, des diligences qu'ils arrêtaient sur la grande route; plus loin, des fonctionnaires qu'ils forçaient à livrer des vivres ou des armes. Les monuments de Quîberon et de Savenay dégradés, la statue de Chatelineau mutilée par ordre de l'autorité, les insultes adressées à la colonne du gardechasse Stofflet dans la cour du château de Maulevrier, le désarmement opéré dans les ehaumières, tout cela avait envenimé les ressentiments, devenus cruels et inexorables. Il serait trop long d'énumérer ici les crimes qui, dans cette mêlée des passions , furent commis et couverts d'une Impunité fatale. Non loin cTAncenis, un jeune réfractaire, nommé Bernard, fut assassiné par des gendarmes au moment où il tendait des collets pour prendre des perdrix. Un autre réfractai re , de la bande de Diot, fut trouvé travaillant au champ de son père : on pouvait l'arrêter, on l'égorgea. Un habitant de Saint-Julien fut pendu à un arbre par un officier qui le soupçonnait de faire des guêtres pour les chouans. Des épisodes touchants se mêlent aux récits de ces atrocités. Un chef de bande, Delaunay , ayant été atteint d'une maladie mortelle, ou l'avait transporté

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