TRANSFORMATION FATALE DE LA SOCIÉTÉ
« chesse de l'oisif sont les causes matérielles de l'adultère « et de la prostitution. Mais voyez : lorsque nous venons « dire que la misère héréditaire, et l'oisiveté héréditaire, « résultats de la constitution actuelle de la propriété, qui « est fondée sur le droit de naissance, doivent cesser, on « nous accuse de vouloir bouleverser l'Etat. Nous avons « beau dire que cette transformation de la propriété ne « peut se faire que progressivement, pacifiquement, volon- « tairenient; qu'elle peut se faire beaucoup mieux que ne « s est opérée la destruction des droits féodaux, avec tous m les systèmes d'indemnité imaginables, et avec plus de « lenteur même que vous n'en mettez dans les expropria- « tionspour cause d'utilité publique : on n'écoute pas, on « condamne, nous sommes des perturbateurs! Sans nous « lasser, nous montrons que cette transformation est appe- « lée par tous les besoins actuels et futurs de la société; « qu'elle est signalée d'une manière palpable par la créait tion du Code de commerce et par toutes les habitudes « industrielles qui favorisent la mobilisation de la propriété, « sa transmission de la main oisive ou peu capable à la « main laborieuse et capable ; nous montrons cela, et vous « vous écriez que notre association est dangereuse I II faut « bien, cependant, substituer à un ordre mauvais un ordre « bon, car le but de la société n'est pas seulement de main- « tenir, elle veut s'améliorer, progresser. C'est ce que nous « voulons faire également en morale... Il est vraiment re- « marquable que ce soientprécisément les hommes qui exerce cent le plus absolu despotisme à l'égard de la beauté et « delà femme, qui nous accusent avec le plus de violence de « vouloir rétablir dans le monde un despotisme abrutissant. « Ils disent que notre sacerdoce abusera de sa puissance.
« Mais cette objection peut être élevée contre toute auto- « rite. Le chef d'une société, par cela seul qu'il est chef, a <( du pouvoir, c'est une vérité de définition. Or, quelle est « la garantie contre l'abus du pouvoir? Nous n'en connais- « sons qu'une, savoir que la puissance soit acquise à la « capacité et non à la naissance. Tant que le principe de « la transmission du pouvoir politique et de la richesse « sera celui de la naissance, nous aurons droit de dire que « tous vos systèmes de garanties engendrent ou maintien- « nent le plus abrutissant despotisme, puisqu'ils confèrent « fortuitement la puissance. » A ces développements, l'accusé ajouta diverses explications, celles-ci d'une bizarrerie extrême, bizarrerie naïve ou calculée, celles-là pleines de sens, de sagacité et de finesse. On lui avait refusé le droit de choisir deux femmes pour conseils : il s'en plaignit et en témoigna sa surprise ; car, disait-il, quel est celui de nous qui oserait se prétendre plus capable que sa sœur ou sa mère de parler sur la morale ?
Au discours d'Enfantin succédèrent de vifs débats entre l'avocat général, d'une part, et de l'autre MM. Duveyrier, Barrault, Michel Chevalier. Ce dernier émut fortement l'assemblée, lorsque, rappelant ce mot de Robespierre : « La Convention ne permettra pas qu'on persécute les mi- « nistres paisibles des diverses religions, » il s^écria : « Vous « savez, Messieurs, si nous sommes des hommes paisibles; « nous vous demandons la tolérance de Robespierre. » Mais depuis longtemps déjà la cause des prévenus était perdue. Enfantin, Duveyrier, Michel Chevalier, furent condamnés à un an de prison et à cent francs d'amende chacun ; Rodrigues et Barrault à cinquante francs d'amende seulement. La famille avait écouté l'ai rôt avec le plus