‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 143 sur 176 · SECONDE ENTREVUE DE LA DUCHESSE DE BERR1 AVEC DEUTZ · texte numérisé non relu

SECONDE ENTREVUE DE LA DUCHESSE DE BERR1 AVEC DEUTZ

« vous avez, dit-il à Deutz, quelque chose à faire parvenir « à S. A. R., je m'en charge. Vous me trouverez place de la « Préfecture, n° 2, au troisième étage. Mais, auparavant, et « de peur de surprise, tâchons de nous bien reconnaître ! » Regardé en face, Deutz fut déconcerté, fit un mouvement convulsif, et dit en balbutiant: « Avez-vous remarqué cornet bien j'étais troublé en arrivant ici? C'est une chose exce traordinaire. » Alors, montrant à Deutz M. Duguigny, la duchesse de Berri dit : « C'est un bon Breton, celui-là, « d'un dévoûment absolu et sans bornes. »

Réduit à solliciter une nouvelle entrevue, Deutz, pour l'obtenir, eut recours à une religieuse en qui la duchesse de Berri avait beaucoup de confiance, et dont il sut, par d'odieux mensonges, abuser la crédulité.

Cette seconde entrevue fut fixée au 6 novembre. Or, ce jour-là, Deutz, pour donner encore plus de prix à ses perfidies, Deutz alla trouver le maréchal Bourmont, lui apprit que le soir même il devait voir la duchesse chez Mlils Duguigny, et le pressa fortement d'y venir. La police aurait pu s'emparer du maréchal pendant la visite de Deutz ; mais c'eût été compromettre le succès d'une arrestation bien plus importante. Et voilà pourquoi Deutz aurait voulu entraîner le maréchal chez la duchesse de Berri. Quoi qu'il en soit, M. de Bourmont fut assez heureux pour échapper à ce piège. Dans la soirée, il sortait de Nantes, accablé de chagrin, en proie à une fièvre ardente, et soutenu sur le bras d'un ami.

Cependant, l'heure fatale allait sonner pour la duchesse de Berri; car, cette fois, toutes les mesures avaient été prises. Des troupes, sous le commandement du général Dermoncourt, avaient été chargées de l'investissement du

quartier. Deutz est introduit auprès de la duchesse de Berri, sa bienfaitrice. Le visage de ce misérable est calme; ses paroles ne respirent que le dévoûment et le respect. Cependant un jeune homme entre, et remet à la princesse une lettre dans laquelle on lui annonce quelle est trahie. Elle se retourne alors vers Deutz, lui fait part de la nouvelle reçue, l'interroge du sourire. Lui, maîtrisant son trouble, il répond par des protestations plus vives de gratitude, de fidélité. Mais, à peine s'est-il retiré, que des baïonnettes brillent de toutes parts; des commissaires de police se précipitent dans la maison, le pistolet à la main. Avertie de l'approche des troupes, la duchesse de Berri n'a que le temps de se réfugier avec MIle Stylitede Kersabiec, MM. de Mesnard et Guibourg, dans une petite cachette pratiquée à l1 extrémité delà chambre de la duchesse, cachette formée par l'angle du mur et dont la plaque de la cheminée masquait l'entrée. Ne trouvant dans la maison que les deux demoiselles Duguigny, Mme de Charette et M11" Céleste de Kersabiec, qui toutes quatre font bonne contenance, les commissaires de police, et M. Maurice Duval à leur tête, se livrent aux perquisitions les plus minutieuses. Des sapeurs et des maçons ont été appelés : on ouvre les meubles ou on les enfonce; on Fonde les murs à coups de hache, de marteau ou de merlin. La nuit était venue et l'œuvre de démolition continuait. Dans l'étroit espace où ils étaient emprisonnés, la duchesse et ses compagnons n'avaient, pour respirer, qu'une mince ouverture à laquelle il fallait que chacun d'eux vînt successivement coller sa bouche. Du feu allumé dans la cheminée à diverses reprises transformait la cachette en une fournaise ardente, et il y eut un moment où les madriers l'ébranlèrent au point que

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