‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 152 sur 176 · STÉRILES DÉBATS DANS LES DEUX CHAMBRES · texte numérisé non relu

STÉRILES DÉBATS DANS LES DEUX CHAMBRES

soin de déclarer formellement, par l'organe de son chef, que « dans sa conscience il avait jugé non coupable le fait « d'association au-dessus de vingt personnes. » Malgré cette protestation solennelle, le président de la cour d'assises, tout en prononçant l'acquittement des prévenus, déclara la Société des Amis du Peuple dissoute. C'était l'anarchie poussée jusqu'à sa dernière limite : c'était la justice dans le chaos.

Tandis que les républicains profitaient de la persécution même à laquelle ils étaient en butte pour soulever, pour débattre les plus hautes questions de l'ordre politique et de l'ordre social, les deux Chambres retentissaient de stériles récriminations.

Au palais du Luxembourg, le gouvernement avait dans M. le marquis de Dreux-Brézé un adversaire brillant et opiniâtre. Mais comme M. de Dreux-Brézé ne parlait jamais qu'au nom de la Restauration, et qu'il était l'orateur d'une puissance vaincue, ses paroles n'éveillaient pas dans la société de nombreux échos. D'ailleurs, la pairie ayant perdu depuis longtemps toute consistance, les luttes qui pouvaient naitre dans son sein occupaient faiblement l'attention publique. La Chambre des députés fut donc le principal théâtre des combats que se livrèrent, à propos du discours de la Couronne, le parti du ministère et celui de l'Opposition.

Pour se défendre, le Pouvoir avait eu recours à des mesures d'une évidente brutalité; il avait abusé des procès de presse, il avait violé en mainte occasion, avec une étourderie cruelle, le domicile des citoyens; il avait, par le déploiement intempestif de ses forces et la protection accordée aux fureurs des agents subalternes, jeté à l'esprit de ré-

volte des défis de nature à changer le désordre en émeute et l'émeute en insurrection; vainqueur sur la place publique, il s'était armé de la dictature pour ses vengeances., alors que la légalité suffisait à sa justice : ce fut sur cet ensemble d'actes attentatoires à la liberté que l'Opposition attaqua le ministère par l'organe de MM. Thouvenel, de Sade, Havin, Eusèbe Sal verte.

A ces attaques, les défenseurs du gouvernement répliquèrent, les uns, comme M. Roui, avec un emportement injurieux; les autres, comme M. Duvergierde Hauranne, avec une conviction calme et raisonnée : qu'un système de demimesures eût inévitablement perdu l'Etat au milieu de tant de passions furieuses et dans ce choc de toutes les factions; qu'on encourageait la révolte en refusant aux ministres les moyens de lui écraser la tête ; que ce n'était pas trop de toute l'énergie déployée jusqu'alors pour abattre cette audace des partis qui, de l'insurrection, se réfugiait dans l'assassinat; que l'Opposition mentait à ses propres principes, lorsque, après avoir réclamé à grands cris l'application de l'état de siège aux provinces de l'Ouest, elle trouvait mauvais que l'état de siège fût appliqué à la capitale, livrée, comme l'Ouest, à tous les dangers, à toutes les horreurs de la guerre civile. Ensuite, prenant l'offensive, le parti ministériel reprochait à l'Opposition d'avoir poussé à l'anarchie par la publication de son fameux compte rendu. Que ne donnait-elle plutôt à ce gouvernement dont elle avait semé la route d'obstacles des conseils utiles et modérés? Que n'apprenait-elle aux ministres, en termes plus clairs et plus précis, cet art précieux de bien gouverner, dont elle semblait se vanter de posséder seule le secret? « Qu'auriezvous fait à notre place ? criait M. Thiers à ses adversaires.

Page 1