DÉFENSE DU DROIT D'ASSOCIATION
« ties, l'assistance et la protection qu'elle doit ta tous? »
Ces explications de M. Godefroi Cavaignac indiquent d une manière assez exacte jusqu'où allaient, et où s'arrêtaient, vers la fin de 1832, les opinions de la plupart des républicains. Le discours de l'accusé se terminait en ces termes :
« Sur le sol que nous exploitons, vous n'avez pas le droit « d'empêcher que nous fondions notre commune. La loi, « dites-vous? Mais elle parle ici le langage de la force, et « ce langage n'est pas à notre portée. « Tu me cites, disait « un protestant à un inquisiteur, tu me cites une loi qui « nous défend de nous réunir : comment veux-tu que « j'exécute une telle loi? Je ne la comprends pas. »
« Non, nous ne la comprenons pas, et lorsque du présent « nous revenons vers le passé, tout ceci nous semble un « rêve. Hier encore je parcourais les tables du Moniteur, « j'y trouvais indiquées ces journées fameuses, ces grands « travaux, ces guerres gigantesques, toute la vaste entre- « prise du peuple français pour la conquête de ses droits. « Je suivais cette trace lumineuse que le génie de la liberté « a jetée sur les quarante années, nos contemporaines, et « sur les événements qui, d'un pôle à l'autre, ont ébranlé « la terre, ne laissant debout que la fortune des nations. « Je voyais ce génie libérateur songeant à tous les peuples, « faisant de leur cause sa cause et, pour les soutenir, choi- « sissant la France, l'armant, l'inspirant, lui soufflant au « cœur une énergie incroyable, et remplaçant dans ses « veines tout ce sang qu'elle a prodigué.
« Je voyais nos triomphes, puis nos revers, dignes en- « core de nous, montrant tous les bras de l'Europe tendus « pour nous renverser; puis, sous les Bourbons, la liberté
« fournissant à la tyrannie de sanglants sacrifices; puis « enfin les jours de juillet qui, au droit sacré du peuple, <( ajoutèrent le droit du plus fort.
« Je pourrais compter peut-être tant de victoires et de « désastres, tant de puissants travaux; je pourrais recueil- « lir ces leçons que la France a données au monde; mais « que trouverais-je pour résultat de ces enseignements, de « ces efforts? Rien que des hommes comme ceux qui nous « gouvernent; rien que des lois comme celles qu'on vous « demande d'appliquer.
« En être encore à l'article 291, certes, c'est une énigme « inconcevable, désespérante, messieurs.... s'il ne se trou- « vait des citoyens pour le violer, des jurés pour les en « absoudre. »
M. Godefroy Cavaignac n'avait pas trop auguré de l'opinion des jurés auxquels il s'adressait. La défense ayant été complétée par quelques graves et énergiques paroles de MM. Plocque, Desjardins, Carré, Gaussuron-Despréaux, la clôture des débats fut prononcée, et M. Fenet, chef du jury, donna lecture de la déclaration suivante :
Y a-t-il eu association de plus de vingt personnes? Oui. — Cette association était-elle périodique? — Oui. — Etaitelle autorisée par le gouvernement? Non. — Les prévenus sont-ils coupables? Non.
Ainsi le même fait que la cour de cassation avait jugé coupable, lorsqu'elle avait rejeté le pourvoi des Saint- Simoniens, le jury venait de le déclarer innocent! Ainsi, l'article 291, confirmé par une magistrature émanant du Pouvoir, venait d'être implicitement aboli par une magistrature sortie de la nation! Et, pour qu'il ne restât aucun nuage sur la pensée qui avait dicté son verdict, le jury eut