‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 167 sur 176 · LETTRE DE LORD SEYMOUR · texte numérisé non relu

LETTRE DE LORD SEYMOUR

Adressée à chacun des ambassadeurs composant la Conférence

politique à Rome.

Rome, 7 septembre.

« Le soussigné a l'honneur d'informer Votre Excellence qu'il a reçu l'ordre de sa cour de quitter Rome et de retourner à son poste à Florence. Le soussigné a l'ordre aussi d'expliquer brièvement à Votre Excellence les motifs qui ont amené le gouvernement anglais à l'envoyer à Rome, ainsi que ceux pour lesquels il va maintenant quitter cette ville.

« Le gouvernement anglais n'a pas d'intérêt direct dans les affaires des États Romains, et n'a jamais songé h y intervenir. 11 fut. dans le principe, invité par les Cabinets de France et d'Autriche à prendre part aux négociations de Rome, et il céda aux instances de ces deux Cabinets, dans l'espoir que ses bons offices unis aux leurs pourraient contribuer à produire la solution amiable des discussions entre le pape et ses sujets, et écarter ainsi les dangers de guerre en Europe.

« Les ambassadeurs de Prusse et de Russie à Rome, ayant subsequemment pris part aux négociations, les ambassadeurs des cinq Puissances n'ont pas été longtemps sans découvrir les principaux vices de l'administration romaine, et sans indiquer les remèdes ày apporter; en mai 1831, ils présentèrent, au gouvernement papal un mémoire contenant des instructions d'amélioration qu'ils

déclarèrent unanimement indispensables pour la tranquillité permanente des États Romains, et que le gouvernement anglais trouva fondé en justice et en raison.

« Plus de quatorze mois se sont écoulés depuis la production de ce mémoire, et pas une des recommandations qu'il renferme n'a été adoptée ni exécutée par le gouvernement papal ; les édits mêmes, préparés ou publiés, qui déclarent que quelqu'une de ces recommandations va recevoir son effet, diffèrent essentiellement des mesures consignées dans le mémoire. La conséquence de cet état de choses a été telle qu'on pouvait l'attendre. Le gouvernement papal n'ayant rien fait de ce qu'il fallait faire pour calmer le mécontentement, il n'a fait que s'accroître, grossi par la déception des espérances qu'avaient fait naître les négociations entamées à Rome.

« Ainsi, les efforts faits depuis plus d'un an parles cinq Puissances, pour rétablir la tranquillité dans les États Romains ont été vains; l'espoir de voir la population volontairement soumise au pouvoir du souverain n'est pas plus assuré qu'il ne Tétait au commencement des négociations. La Cour de Rome paraît compter sur la présence temporaire des troupes étrangères, et sur la coopération qu'elle espère d'un corps de Suisses pour le maintien de l'ordre. Mais l'occupation étrangère ne peut être indéfiniment prolongée; il n'est pas probable qu'un corps de Suisses, à l'entretien duquel suffiraient les ressources financières du gouvernement papal, fût assez fort pour comprimer la population mécontente. Si même la tranquillité pouvait être ainsi rétablie, on ne pourrait espérer qu'elle serait durable, et elle ne remplirait d'ailleurs nullement les vues qu'avait le gouvernement anglais en s'associant aux négociations. Dans ces circonstances, le soussigné a reçu Tordre de déclarer que le gouvernement anglais n'a plus aucun espoir de succès, et que, la présence du soussigné à Rome devenant sans objet, Tordre lui a été intimé d'aller reprendre son poste à Florence. Le soussigné a, de plus, mission d'exprimer le regret dont sa Cour est pénétrée de n'avoir pu, pendant une année et demie, rien faire pour le rétablissement de la tranquillité en Italie. Le gouvernement anglais prévoit que, si Ton persévère dans la marche actuelle, de nouveaux troubles éclateront dans les États Romains, d'une nature plus sérieuse et dont les conséquences multipliées peuvent, à la longue, devenir dangereuses pour la paix de l'Europe. Si ces prévisions se réalisaient par malheur, l'Angleterre, au moins, sera pure de toute responsabilité pour les malheurs qu'occasionnera la résistance aux sages et pressants conseils émis par le Cabinet anglais.

« Le soussigné profite, etc.

« Signe : G. -H. Seymour. »

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