‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 18 sur 176 · PAMPHLET DE M. DE CORMEMN · texte numérisé non relu

PAMPHLET DE M. DE CORMEMN

et de la logique, parce qu'après la révolution de juillet, le pouvoir nouveau, s'était constitué en violation de tous les principes. Demandera la pairie elle-même si elle consentait à perdre la plus précieuse de ses prérogatives, c'était faire naître entre les trois pouvoirs l'occasion d'un effroyable con- A it et exposer l'Etat à une secousse. Se passer de l'assentiment de la Chambre des pairs, c'était attribuer à la Chambre des députés le caractère d'assemblée constituante : le pouvaiton ? M. de Cormenin prouva le contraire avec une singulière vigueur de style et de pensée, clans un pamphlet fameux. On y lisait : « Les constitutions doivent précéder les « lois : donc les Congres doivent précéder les Chambres. « Qui nomme les Congrès? Le peuple. Qui nomme les « Chambres? Les électeurs. Voilà les vrais principes : pasce sons à leur application. Le peuple, en France, a-t-il « nommé un Congrès? Non. Un Congrès a-t-il fait la « Charte? Non. Qui donc Fa faite? Quelques députés. Qui « leur en avait donné mandat? Quelques électeurs. Et les « électeurs, qui les avait eux-mêmes nommés? Le peuple ? « Non. Et qui représentaient-ils ? Le peuple ? Non. Si un « Congrès national était nécessaire pour organiser la « Charte, un Congrès national n'est- il pas nécessaire pour « organiser une fraction de la Charte? Si la Chambre de « 1830 a excusé son usurpation sur la souveraineté du peu- «. pie par la nécessité des circonstances, la Chambre de « 1831 peut-elle alléguer la même nécessité? Et si elle ne « le peut pas, nous ne demanderons point quel droit lui « reste, mais quel prétexte. En vain dirait- on que les « électeurs lui ont donné mandat. Un mandat législatif? a Oui; mais un mandat constituant? Non. Peut-on donner « ce qu'on n'a pas? Les électeurs sont-ils le peuple?

2i HISTOIRE DE DIX ANS.

« Cent mille citoyens sont-ils 33 millions d'hommes ? » Publié dans le Courrier français et dans le National, ce pamphlet remua puissamment les esprits, et en répondant à M. de Cornienin, dans le Journal des Débats, MM. Devaux et Kératry ne firent que provoquer de la part d'un aussi redoutable athlète des répliques par lesquelles l'opinion publique fut profondément ébranlée.

Les orateurs qui se déclaraient adversaires de l'hérédité de la pairie étaient MM. Thouvenel, Lherbette, Audry de Puyraveau, Marchai, deBrigode, Tardieu, Daunou, Bignon, Viennet, Eusèbe de Salverte, le maréchal Clauzel, les généraux Lafayette etThiard, Odilon Barrot, deRémusat. Ceux qui se présentaient pour défendre la pairie héréditaire étaient MM. Thiers, Guizot, Berryer, Kératry, Jars, Itoyer- Collard. La discussion dura plusieurs jours; elle fut animée, brillante, et, pourtant, au-dessous du sujet, le plus vaste qui puisse occuper l'attention des hommes.

De quelque façon qu'on veuille envisager la pairie, disaient les adversaires de l'hérédité, on verra que l'hérédité est inutile, dangereuse, funeste. Considérerons-nous, en effet, la pairie comme une Chambre législative ? Dans ce cas, gardons qu'elle ne soit envahie par des hommes sans élévation de caractère, ou sans patriotisme, ou sans talent. Il n'est pas de fonction plus haute que celle de faire des lois, il n'en est pas de plus difficile, de plus importante. Quelle serait notre folie de nous fier au hasard du soin de nous donner des législateurs? Par quelle criminelle et puérile imprudence irions-nous, repoussant d'avance les citoyens qui n'auraient d'autre recommandation que leur mérite, confier à une assemblée de premiers venus le droit de régler nos destinées? Une royauté héréditaire se conçoit, parce qu'au-

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