LE BANNISSEMENT DE LA BRANCHE AÎNÉE
dit de paraître, le ministère, loin de le faire arrêter, s'empressa de protéger sa retraite. « Le vieillard, continua « M. de Martignac, fut soigné, car il était malade; il reçut « des secours, car il en avait besoin ; il fut conduit, avec « les égards dus à sa vieillesse et à son malheur, jusqu'à la « frontière. Je rendis compte ensuite de ce que j 'avais fait ; « et je fus approuvé alors comme je le serais par vous au- « jourd'hui. » Oui! Oui ! s'écria-t-on de tous les points de la salle, et la sensation fut profonde, quand l'orateur ajouta : « Que serait-ce donc s'il avait été question de la « peine de mort ? Je crois en vérité que je ne vous en aurais « pas parlé! » Nobles paroles dont M. de Martignac compléta l'effet par cette vive image : « Qu'un de ces proscrits « que votre proposition punit, soit conduit en France et « qu'il y cherche un asile; qu'il aille frapper à la porte de « l'auteur même de la proposition, que cette porte s'ouvre, « que le proscrit se nomme, qu'il entre, et moi je lui ré- « ponds d'avance de sa sûreté. »
La question était décidée par d'aussi généreuses raisons : de la proposition qui lut était soumise, la Chambre écarta toute sanction pénale. Plus conséquente avec elle-même, l'assemblée aurait repoussé la proposition, au lieu de la mutiler. Que signifie une loi qui n'est que la déclaration d'un fait? Mais le ministère se plut à regarder cette déclaration comme une sorte de consécration nouvelle de la dynastie de Louis-Philippe. Ce fut cette considération que M. Guizot fit valoir, et ce fut dans ce sens que la majorité vota. Car les gouvernements sont tous aveugles et vains de la même manière; tous ils affichent la prétention d'être immortels, comme s'il y avait autre chose qu'une succession de désastres dans la succession des Ages, comme s'il ny
avait pas une chute dans tout avènement, et l'idée présente de la mort dans chaque phénomène de la vie. Il s'était cru immortel aussi, ce gouvernement républicain qui avait fait étouffer par le roulement des tambours les paroles suprêmes d'un roi condamné comme le dernier représentant de la royauté en France. Il avait cru, à son tour, sa dynastie immortelle, ce Napoléon, qui, pour se survivre, avait fait entrer dans son lit la fille des Césars germaniques, orgueil insensé qui rabaissa et le perdit! Et la Restauration n'avait-elle pas écrit sur sa bannière ce mot, éternellement trompeur, de perpétuité, qu'on imrpimait aujourd'hui dans le Moniteur de Louis-Philippe? A deux pas de ce palais où Ton osait parler d'une race à jamais proscrite et d'une autre race à jamais triomphante, s'élevait un palais qui, depuis cinquante ans, n'était qu'une hôtellerie à l'usage des royautés qui arrivent et qui s'en vont. On le savait, n'importe : la Chambre vota cette flatterie monstrueuse : « La « branche aînée des Bourbons est bannie à perpétuité. » Et les rois de prendre cela au sérieux! L'histoire est pleine de ces exemples.
Dans le cours de la discussion, M. Berryer avait demandé, au nom de l'union des partis, qu'on abrogeât la loi portée en 1816 contre Napoléon et sa famille, bannis aussi à perpétuité. Mais la Chambre n'abrogea, de cette loi de 1816, que la sanction pénale qu'y avaient attachée des hommes proscrits eux-mêmes depuis !
Voilà sous quel jour se montraient les Pouvoirs nouveaux. On avait fait une royauté, et on lui retirait son seul appui naturel, une pairie héréditaire! On avait déclaré cette royauté inviolable, et l'on s'étudiait à la flatter en vouant à l'exécration des siècles à venir l'autre royauté, invio*