‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 50 sur 176 · RÉUNION DE LA FAMILLE SAINT-SIMONIENNE · texte numérisé non relu

RÉUNION DE LA FAMILLE SAINT-SIMONIENNE

sources de la joie étaient taries en lui pour jamais. Il ne fit plus, depuis, que languir, et, à quelque temps de là, il mourut.

Immédiatement après la déclaration du schisme, le 19 novembre 1831, il y eut une réunion générale de la famille. Enfantin y parut en qualité de père suprême. Mais dans l'assemblée s'étaient rendus plusieurs Saint- Simoniens qui, sans se rallier à la bannière de Bazard, étaient bien résolus à abandonner celle d'Enfantin, et parmi lesquels on comptait MM. Pierre Leroux, Jean Reynaud, Charton, Jules Lechevalier, Carnot, Fournel, AbelTranson. Enfantin prit la parole, et, après avoir dit la cause de la sourde mésintelligence qui existait depuis longtemps entre Bazard et lui, il exposa ses idées sur la réhabilitation de la chair, sur le divorce considéré comme aspiration à un amour plus noble, sur les fonctions réservées au prêtre saint-simonien, soit homme, soit femme, sur la nécessité enfin de rendre la femme l'égale de l'homme dans l'Etat aussi bien que dans la famille, et dans le temple aussi bien que dans l'Etat. « Toutefois, ajoutait-il, ce n'est point une loi que je vous « donne, une doctrine, un enseignement à : faire c'est

« seulement l'opinion d'un homme que j'exprime La

« loi morale de l'avenir ne peut être révélée sans la femme. « Jusque-là, je déclare que tout acte qui aujourd'hui, dans » le sein de la doctrine, serait de nature à être réprouvé « par les mœurs et par les idées morales du monde qui « nous entoure, serait un acte d'immoralité, car il serait « funeste à la doctrine en général; et, pour moi person- « nellement, je le regarderais comme la preuve de désaf- « fection la plus grande qu'un de mes enfants puisse me « donner. » Mais c'était trop peu d'une semblable réserve

pour atténuer, aux yeux des dissidents, le danger des insinuations d'Enfantin. L'interrompant avec vivacité, M. Pierre Leroux proteste au nom du Collège et annonce qu'il va se retirer. M. Jules Lechevalier déclare que puisque, d'après les aveux d'Enfantin lui-même, la morale delà doctrine n'est pas encore trouvée, il n'est pas possible de songer à constituer la famille saint-simonienne, et que tout reste à l'état d'élaboration. Abel Transon se plaint avec tristesse de l'abus que le Père Suprême a cru devoir faire, dans l'intérêt de la doctrine, des confessions particulières qu'il a eu la puissance de provoquer. « Le père Enfantin, s'écrie à « son tour M. Keynaud, croit évidemment que la femme « viendra légitimer ce qu'il a le premier annoncé, et c'est « pourquoi il marche la tête levée. Moi, j'ai foi que la « femme lui écrasera la tête, mais il faut attendre que la

« femme se lève Nous avons amené des hommes

« à la doctrine, c'est une responsabilité énorme pour nous. « Je crains l'influence du père Enfantin pour ces hommes; « je resterai à côté de lui, pour le leur montrer tel qu'il « est. » C'était l'attaque la plus rude qui, jusque-là, eût été dirigée contre Enfantin. « Reynaud, répondit-il sans « s'émouvoir, Reynaud lui seul conçoit la mission de haut « protestantisme. Il me sait grand, il me voit grand; il « veut protester là où l'on doit protester, à côté. C'est là « que Bazard devrait être, au-dessus de Reynaud. » A ces mots succède un échange de paroles amères entre ceux qui attaquent les idées d'Enfantin et ceux qui les défendent. Une dame, faisant partie de la famille, ayant dit qu'elle repoussait comme immorales les idées émises par Enfantin : Oui, oui, crient plusieurs femmes du haut des tribunes. M. Fournel se prononce contre le Père Suprême. « Votre

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