BASES DE LA LISTE CIVILE
Dans le môme temps, un bureau de bienfaisance faisait publier ce qui suit : « 24,000 personnes inscrites sur les « contrôles du 12e. arrondissement de Paris manquent de « pain et de vêtements. Beaucoup sollicitent quelques « bottes de paille pour se coucher1. »
Mais c'eût été trop peu qu'une liste civile de 18 millions, au gré des gens de Cour. Ils voulaient en outre qu'on assurât au roi, comme dotation immobilière de sa couronne : le Louvre, les Tuileries, l'Elysée-Bourbon, les châteaux, maisons, bâtiments, manufactures, terres, prés, corps de ferme, bois et forêts, composant les domaines de Versailles, Marly, Meudon, Saint-Cloud, Saint-Germain, Fontainebleau, Compiègne, Pau; la manufacture de Sèvres, celles des Gobelins et de Beauvais ; le bois de Boulogne, le bois de Vincennes, , la forêt de Sénart. Sans parler d'une riche dotation mobilière comprenant diamants, perles, pierreries, statues, tableaux, pierres gravées, musées, bibliothèques et autres monuments des arts.
Quant à l'apanage d'Orléans, les courtisans étaient d'avis que les biens composant cet apanage devaient être réunis à la dotation immobilière, oubliant ainsi que les apanages n'avaient jamais été que la constitution alimentaire des branches cadettes, et qu'il était de leur essence de s'éteindre quand la branche cadette arrivait au trône.
Restait à résoudre une question délicate : indépendamment des grandes richesses qu'il allait posséder comme roi, Louis-Philippe aurait-il, comme simple citoyen, un domaine privé ? D'après l'édit d'Henri IV, la constitution de 1791 et la loi du 8 novembre 1814, tout prince appelé au trône doit
' Circulaire du bureau de bienfaisance du 12e arrondissement. 1er janvier 1832.
confondre ses biens personnels avec le domaine de l'Etat. C'était un usage respectable que celui-là et d'un sens profond ; car il semblait élever le roi à la dignité de père du peuple. Mais Louis-Philippe n'en avait pas jugé ainsi, et, la veille de son avènement, le 6 août 1830, il avait eu soin de disposer de ses biens personnels en faveur de sa famille.
Le résumé des prétentions de la Cour était donc celuici : une liste civile de 18 millions, 4 millions de revenu en terres et en forêts, onze palais magnifiques, un mobilier somptueux, 2 millions 594,91*2 francs d'apanage, et le domaine privé.
Telles furent les bases proposées. La commission les adopta en réduisant à 1*2 ou 14 millions le chiffre de la liste civile, et M. de Schonen présenta le rapport à la Chambre.
La stupeur fut grande dans le public. La théorie des libéraux constitutionnels sur les gouvernements à bon marché recevait un démenti brutal et inattendu. La polémique devint enflammée. On avait sous les yeux le compte détaillé des dépenses royales : l'esprit français en fit le sujet de mille commentaires, les uns plaisants, les autres injurieux. Ici, l'on faisait remarquer que l'entretien de la chapelle allait coûter dix fois plus que sous Charles X, quoique Louis-Philippe en usât dix fois moins. Là, on s'étonnait que 80,000 francs de remèdes par an fussent jugés nécessaires à un roi dont la santé, grâce au ciel, était excellente ; Louis XVIII, goutteux et cassé, se soignait à moins. 4 millions 208,000 francs paraissaient une somme quelque peu exagérée, dès qu'on l'affectait aux menus plaisirs d'un roi qui n'était pas sans se piquer de philosophie. On s'expliquait malaisément l'importance des trois cents chevaux à mille écus par tête, qui figu-