‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 81 sur 176 · MESURES PRISES CONTRE LE CHOLÉRA · texte numérisé non relu

MESURES PRISES CONTRE LE CHOLÉRA

oubliées, et M. Gisquet fit distribuer aux détenus des aliments plus abondants et des vêtements plus chauds.

En même temps, on publiait une instruction concernant la conduite à tenir pour se préserver du choléra. On y recommandait aux citoyens de se maintenir dans une grande tranquillité d'âme, d'éviter les émotions fortes et la fatigue, de s'abstenir de tout excès, de favoriser et d'agrandir dans leurs demeures l'action bienfaisante de la lumière, de faire usage de bains tempérés et de ceintures de flanelle, de ne manger que des mets d'une digestion facile, de se mettre en garde contre tout refroidissement subit, et de ne pas coucher en trop grand nombre dans la même pièce. Prescriptions fort sages sans cloute, mais dérisoires pour cette portion du peuple à laquelle une civilisation inique mesure avec tant d'avarice le pain, le gîte, le vêtement et le repos !

Ajoutez à cela que les mesures prises n'étaient pas de nature à mettre l'autorité à l'abri de tout reproche d'imprévoyance. MM.Londe, Alibert, Dalmas, Sandras, Dubled, Boudard, membres de la commission médicale envoyée en Pologne pour y étudier le choléra, ne furent appelés par l'administration que sur les réclamations qui s'élevèrent dans quelques feuilles publiques. Les bureaux de secours, qui auraient dû être organisés à l'avance, ne s'établirent que successivement, et au plus fort du trouble causé par l'invasion de la maladie. On remarqua que le bienfait des travaux de salubrité avait manqué aux onzième et douzième arrondissements. Le charnier des Innocents, foyer d'une infection continuelle, n'avait pas cessé de rester ouvert tout le jour et une partie de la nuit. Le coin des rues Saint- Denis et de la Féronnerie était obstrué par les étaux des

marchandes de poisson. Dans plusieurs mairies, on ne trouva, pour constater les décès, 'ni assez d'employés, ni assez de registres. Enfin, l'hôpital temporaire du Grenier d'abondance ne devait recevoir les cholériques que longtemps après l'apparition du fléau.

11 s'attaqua, d'abord, aux classes pauvres, et les feuilles de la Cour s'empressèrent de constater les prédilections de la peste, en enregistrant les noms et les professions des victimes, soit pour dissiper les craintes des heureux, soit pour flatter leur orgueil. Toujours est-il que ce furent des hommes en veste ou en haillons qui ouvrirent cette horrible marche de Paris vers la mort.

Dans chaque hôpital, on avait affecté exclusivement deux salles au traitement des cholériques, une pour les hommes, une pour les femmes ; et il avait été décidé qu'au lieu de confier la direction du service à un seul homme, on le distribuerait par portions égales entre tous les médecins et tous les chirurgiens de l'établissement. De là un immense désordre et des spectacles pleins de terreur. Les services se croisaient en tous sens dans la môme salle ; les médecins n'étant d'accord ni sur la nature ni sur les causes de la maladie, les mômes infirmiers avaient à faire exécuter pour des cas identiques des ordres tout à fait contraires; le malade qu'on traitait avec du punch voyait administrer de la glace au malade gisant sur le grabat voisin , et ne se considérant plus que comme une matière à expériences, il mourait la rage dans le cœur. Il mourait, (railleurs, loin des soins et des consolations de l'amitié; car, pour éviter l'encombrement, on avait interdit au public l'entrée des hôpitaux, et des soldats, veillant aux portes, repoussaient la foule plaintive des amis et des mères.

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