CONDUITE ADMIRABLE DES MÉDECINS
se soulevaient, pendant que, de leur côté, les agents de la force publique pénétraient dans la prison, faisaient feu, et renversaient mort un infortuné détenu, nommé Jacobéus. Puis, souvent, avec une animosité égale, avec une égale injustice, les partis se renvoyaient mutuellement la responsabilité de tous les maux. Après avoir accusé les « éternels « ennemis de l'ordre » — injure officielle, — d'empoisonner le peuple pour se ménager le moyen de calomnier le gouvernement, la police fut accusée à son tour d'avoir excité Fémeute de Sainte-Pélagie, pour avoir occasion de l'étouffer dans le sang; et de ces accusations, parties des deux camps, on ne saurait dire laquelle était la plus absurde, la plus inique.
Mais là ne se bornèrent pas les désordres. Le peuple, qui croyait aux empoisonnements, se mit à maudire les médecins. Il se rassemblait en tumulte à la porte des hôpipitaux, et se répandait en plaintes ou en menaces. Un jour, on transportait un cholérique à l'Hôtel-Dieu, et la foule, en le voyant passer, se précipitait en tumulte. Le médecin qui accompagnait le malade s'avance alors, soulève la couverture qui cachait la victime, et montrant au peuple, qui recule d'épouvante, cette face livide, ces *yeux éteints, cette bouche béante : « Vous ne croyez pas au « choléra, s'écria-t-il, eh bien, voici un cholérique! » Pour passer par de pareilles épreuves, il fallait une singulière force d'Ame; mais le courage ne manqua pas aux médecins, dont la conduite fut en général digne d'éloge et quelquefois d'admiration. Exposés aux coups d'une colère aveugle, ils la bravèrent avec le même sang-froid qu'ils mettaient à affronter la maladie, et l'on en vit qui, pour éviter le risque d'être arrêtés et retardés dans leurs
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visites aux malades, traversèrent la ville en veste et en casquette, comme de simples ouvriers.
Malheureusement, les avis différaient d'une manière extraordinaire sur la nature du traitement à employer. M. Magendie prescrivait du punch dans une infusion de camomille. La base du traitement de M. Récamier consistait dans les affusions d'eau froide. Le médecin en chef de l'hôpital temporaire du Grenier d'abondance, M. Rostan, faisait plonger le malade dans un bain à 32 degrés Réaumur; au sortir du bain, une saignée au bras était pratiquée et des sangsues étaient appliquées sur la région épigastrique. M. Rostan prescrivait en même temps une infusion aromatique de mélisse, de menthe ou de camomille. Le président de la commission envoyée en Pologne, M. Londe, consultait les inspirations de l'organisme et pratiquait la médecine du symptôme; M. Gerdy employait, dans la période algide, trois vésicatoires le long de la colonne vertébrale, au cou, au dos et aux lombes; des synapismes à l'épigastre et aux membres, l'eau de Seltz. Dans la période de réaction, il eut recours aux saignées, mais rarement. MM. Touzet et Coster proposaient la méthode de l'oxygénation du sang. M. Andral administrait à ses malades une potion d'acétate, composée d'ammoniaque, de sulfate de quinine, d'éther sulfurique et de camphre, et faisait opérer des frictions sur les membres avec la teinture de cantharides. Le traitement anti phlogistique avait été adopté par M. Bouillaud, qui, comme moyen auxiliaire, employait les excitants de la peau et les opiacés. M. Gendrin faisait usage de l'opium à forte dose. Application de ventouses scarifiées à l'épigastre, extraction de deux ou trois onces de sang, plus ou moins, suivant l'Age, la force