‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 98 sur 176 · SECRÈTES PENSÉES DE L'AUTRICHE · texte numérisé non relu

SECRÈTES PENSÉES DE L'AUTRICHE

du parti bonapartiste une négociation qui mérite d'être rapportée avec quelques développements, parce qu'elle montre quelles étaient, à cette époque, les secrètes pensées de l'Autriche.

La première nouvelle de la révolution de juillet avait douloureusement affecté le prince de Metternich. Mais, quand cette nouvelle lui parvint, il se trouvait à Carlsbad, avec le comte de Nesselrode. Or, le comte de Nesselrode ayant, par une interprétation erronée des sentiments do son maître, émis l'opinion que la Russie reconnaîtrait, à l'exemple de l'Angleterre, le gouvernement français, le prince de Metternich trembla que l'Autriche n'eût à soutenir toute seule le choc de la révolution française. Il ne tarda pas à être détrompé par le comte Orloff, envoyé de Saint- Pétersbourg pour s'entendre avec le Cabinet autrichien.

« puisse, en notre absence et au nom de notre bien-aimé fils Henri V, prendre « les mesures les plus propres à assurer le rétablissement de l'ordre et do « la tranquillité;

« Désirant en même temps que ces importantes fonctions ne soient con- « fiées qu'à des hommes recommandables par leur amour pour le bien « public;

« Agissant, enfin, en vertu de nos pouvoirs comme régente du royaume,

« Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

« Art. 1er. A dater de la publication de la présente ordonnance, un gou- « vernement provisoire est institué dans Paris, à l'effet d'y faire reconnaître « et proclamer l'autorité de notre bien-aimé fils Henri V, et de l'exercer en « son nom, pendant son absence.

« Art. 2. Le marquis de Pastoret, le duc de Bellune, le vicomte de Cha- « teaubriand et le comte de Kergorlay, sont nommés membres du gouver- « nement provisoire : en l'absence de l'un d'eux, les autres membres sont « autorisés à pourvoir à son remplacement.

a Art. 3. Le comte de Floirac est nommé secrétaire du gouvernement « provisoire, et en exercera les fonctions, sous la direction des membres « dudit gouvernement.

« Fait à Massa, le 5 février 1832.

« La régente du royaume »

Mais il n'était plus temps. Il avait donc tenu à fort peu de chose que Louis-Philippe ne fût pas reconnu par l'Autriche, et en donnant son audience de con£é au général Bëlliard, le prince de Metternich n'avait pas craint de lui dire : « L'empereur abhorre ce qui vient de se passer en France. a Son sentiment profond est que l'ordre actuel ne peut pas « durer. Il est également convaincu que le chef du nouveau « gouvernement et ses ministres ne doutent pas de cette « vérité. Dès lors, ils devront se livrer avec anxiété à la « recherche des moyens de se soutenir le plus longtemps « possible, et ces moyens, ils ne les pourront trouver qu'en « revenant aux règles et aux principes sur lesquels reposent « tous les gouvernements. » Ainsi, l'Autriche n'avait reconnu le gouvernement français que dans l'espérance d'arriver par lui à l'anéantissement du principe révolutionnaire. Voyant le Cabinet des Tuileries marcher vers ce but avec persévérance, et n'ayant plus de doute sur la résolution prise par Louis -Philippe de maintenir intacts les traités de 1815, le Cabinet autrichien en était venu à considérer, comme un gage de sécurité pour l'Europe monarchique, l'affermissement de Louis-Philippe sur le trône. Le principe de l'usurpation n'avait pas cessé d'être maudit à Vienne, mais on s'y félicitait de la sagesse de celui qu'on y appelait l'usurpateur. De là le refus d'appuyer toute entreprise tentée contre le gouvernement français. Tenir des prétendants en réserve pour en menacer au besoin Louis- Philippe, et imposer à ces prétendants, à travers mille égards hypocrites, une inaction soigneusement calculée, tel était le double aspect de la politique autrichienne à légard de la dynastie d'Orléans.

Diverses circonstances, si elles n'avaient été jusqu'ici

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