‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 99 sur 176 · LES LÉGITIMISTES ET LES BONAPARTISTES · texte numérisé non relu

LES LÉGITIMISTES ET LES BONAPARTISTES

tenues dans l'ombre, auraient découvert le fond de cette politique.

Il y avait alors en Suisse un général de l'Empire. Ennemi du gouvernement qui avait prévalu en France, ce générai fit passer sous les yeux du prince de Metternich, par l'intermédiaire de M. de Bombelles, diverses propositions ayant trait au rétablissement du duc de Reichstadt, et suivies d'un projet de constitution impériale. Mais, non content de fermer l'oreille à ces propositions, le prince de Metternich en donna communication à un correspondant de la duchesse de Berri, et ce fut là le point de départ de la négociation dont nous avons parlé. La Cour de Massa n'hésita pas à se mettre en rapport avec quelques bonapartistes, dans le dessein, qui leur était commun, de renverser Louis-Philippe. Mais il était difficile qu'on s'entendît : les uns ne voulaient rien tenter qu'avec le drapeau tricolore; la Cour de Massa ne pouvait renoncer au drapeau blanc. Les pourparlers aboutirent à la note suivante :

« Par estime pour les sentiments que vous nous avez « exprimés, nous vous acceptons, et nous vous donnons « entière liberté d'agir avec les vôtres pour le but convenu « et expliqué dans la note du PJ novembre, par laquelle, « déclarant que nous ne pouvions transiger sur la couleur « du drapeau, nous avons promis et promettons d'ac- « cueillir tous ceux qui, dans l'intérêt de la France, coince battraient pour replacer Henri V sur le trône, et de « reconnaître leurs services.

« Marie- Caroline. »

Un pareil langage n'était nullement conforme aux sentiments de ceux des bonapartistes auxquels on l'adressait.

Un d'eux s'en expliqua en termes énergiques : « Les « blancs, dit-il, voudront toujours mollement les bleus. « Ceci en est une nouvelle preuve. »

Pendant ce temps, M. de Metternich faisait écrire à la duchesse de Berri que sa présence à Massa était dangereuse; que le gouvernement français avait l'œil sur toutes ses démarches ; qu'elle devait craindre de nuire à la cause de son fils par la témérité de ses projets; que ce serait compromettre cette cause à coup sûr que de fournir à ses ennemis l'occasion de s'emparer d'un otage précieux, etc Toute la politique de M. de Metternich était

dans ces conseils, dont la prudence déguisait mal l'égoïsme.

La duchesse de Berri n'avait donc pas à compter sur le Cabinet de Vienne. Elle espérait mieux de celui de Madrid, où elle avait, dans la reine Christine, un puissant appui ; mais M. de Saint-Priest n'eut pas de peine à lui faire comprendre que le gouvernement espagnol était trop faible pour que son intervention pût être efficace; que le mérite du résultat ne compenserait pas ici l'odieux du principe; qu'il fallait, avant tout, éviter la honte et le péril d'une troisième invasion ; que, pour servir utilement la cause, la légion organisée à Valladolid devait être composée de soldats français et commandée par des officiers français; qu'il importait, en un mot, qu'aucun Espagnol ne franchît la frontière. Cet avis prévalut, et M. de Saint-Priest fut autorisé à écrire dans ce sens au représentant de la petite Cour de Massa, en Espagne. Voici en quels termes étaient conçues ces instructions :

(i Deux choses dans vos rapports ont particulièrement fixé mon attention : ce qu.' vous dites de la légion étrangère et 'lu refus de laisser entrer Madame (.■H Espagne.

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