‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 113 sur 182 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Élections générales. — Scission parmi les légitimistes. — Triomphe de l'opposition à Paris. — Progrès des forces républicaines. — Position critique da ministère. — Mort du duc d'Orléans. — Son portrait.

Les élections générales se présentent toujours aux partis comme une ressource ou comme une espérance. Celles de 1842 réveillèrent toutes les illusions des constitutionnels vaincus. MM. Thiers et Odilon Barrot, Dufaure et Rémusat, centre gauche et gauche, croyaient l'occasion venue de ressaisir les positions perdues. Les républicains, qui ne pouvaient avoir de chance que dans un très-petit nombre de Collèges, appuyaient partout ailleurs de leurs votes Topposition dynastique. La lutte s'engageait assez vivement pour donner de sérieuses craintes au ministère ; une polémique ardente ranimait toutes les passions, tous les ressentiments, les uns rappelant les violences à l'intérieur et les faiblesses à l'extérieur, la guerre aux libertés, les concessions à Të* tranger; les autres racontant les fautes du !•' mars, ses étourderies et ses mystifications, ses vanteries et son im-

puissance, et chacun, comme d'habitude, attachant le salut du pays à sa propre victoire. Les républicains, faute de mieux , venaient en aide aux constitutionnels, sans rien espérer de leur triomphe qu'un peu de facilités pour le développement du principe démocratique.

C'est vers cette époque que se prononce une scission éclatante parmi les légitimistes. Deux partis se forment à l'ombre du drapeau blanc. L'un, s'associant aux idées démocratiques, veut appuyer le trône sur le consentement du peuple et ne craint pas de réclamer le suffrage universel ; l'autre, opiniâtre dans ses traditions, soutenant que la royauté ne tient ses droits que d'elle-même, repousse tout rapprochement avec les doctrines radicales.

Les élections ne répondirent aux espérances ni des consen'ateurs, ni des constitutionnels. Les premiers, il est vrai, se trouvaient encore en majorité ; mais les oppositions réunies pouvaient former dans la chambre une redoutable phalange que l'absence ou la défection de quelques voix ministérielles devaient aisément faire triompher. A Paris, l'opposition comptait dix élus sur douze, et cette hostilité prononcée de la capitale ôtait considérablement à la force morale du cabinet. Mais le fait le plus significatif était le pro- , grès marquant des forces républicaines. Paris avait nommé , deux républicains avoués, MM. Carnot et Marie ; M. Dupont | de l'Eure était l'élu de trois collèges, M. Ledru-Rollin était j réélu sans opposition parla Sarthe, M. Garnier- Pages jeune était appelé par l'Eure. Dans d'autres localités, les candidats républicains avaient obtenu de nombreux suffrages, qui révélaient de notables modifications même dans le cercle circonscrit des électeurs censitaires. En résumé, la majorité ministérielle n'était ni plus compacte ni plus décidée

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