‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 116 sur 182 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Voilà ce que se demandaient les hommes qui n*ont pas pour les princes des admirations exclusives. Le peu que Ton savait de son caractère laissait le champ ouvert aux conjectures. Ceux qui avaient eu occasion de Fétudier étaient embarrassés de le définir. Ce n'était pas un homme ordinaire, chacun en convenait; mais quelle était retendue des qualités qui le portaient au delà du vulgaire, voilà ce qu*on avait peine à déterminer. La réserve cache souvent une haute intelligence ; quelquefois aussi la réserve est la seule habileté ; mais elle suffit chez un prince pour commander le respect, et pour faire espérer de lui, au delà même de ce qu'il pourrait donner. Rien de grand ne frappait chez le duc d'Orléans, mais aussi rien de petit ; rien de saillant, mais rien de défectueux. Il est vrai que, sous la domination toute personnelle de Louis- Philippe, il n'avait jamais eu occasion de se manifester. Il remplissait cependant, avec convenance, son rôle de prince royal, protecteur des arts sans ostentation, visitant les artistes sans hauteur et sans familiarité, témoignant des égards aux savants et aux hommes distingués, mêlé aux affaires, assez pour les connaître, pas assez pour les dominer, tenant toujours sa place sans l'amoindrir, mais sans la dépasser.

Avec les hommes politiques, il adoptait volontiers les bonhomies extérieures dont Louis-Philippe usait avec tant de succès, prodigue de paroles et ménager de controverses, agissant par captation plutôt que par persuasion, et peu soucieux de convaincre les esprits, pourvu qu'il dominât les volontés. Comme Louis-Philippe, il avait, au plus haut degré, cette faculté d'endormir les consciences, qui les conduit aux transactions, aux demi-moyens, aux expédients ; et, sans doute, il aurait pu réussir longtemps avec d'habiles câlineries. En cela le père et le fils étaient tout un. Sur un

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seul point, il y avait entre eux un abîme : c'était sur la manière d'apprécier la Révolution française. Pour Louis-Philippe, la Révolution n'était qu'un accident, une fantaisie, une déviation momentanée de la bonne route oii la France ne pouvait manquer de revenir ; et les concessions qu'il lui avait faites, n'avaient rien de plus définitif à ses yeux que les indulgences accordées aux faiblesses d'un malade. Le duc d'Orléans prenait bien plus au sérieux ce grand événement. Au milieu même des faits qui par tradition le blessaient, il reconnaissait les signes d'une transformation sociale ; il entrevoyait les idées nouvelles, les intérêts nouveaux qui demandaient satisfaction ; il lisait dans les sanglants avertissements du passé tout ce que peut produire de malheurs la résistance opiniâtre à des besoins populaires réellement sentis, il s'étudiait aux moyens d'éviter, autrement que par la compression, le renouvellement de commotions épouvantables, et il puisait ses enseignements dans de salutaires terreurs. Louis-Philippe, sans doute, avait les mêmes effrois ; mais il ne voyait pour les conjurer que des concessions à retirer ; le duc d'Orléans des concessions à faire. Peutêtre, s'il eût vécu, sa volonté eût-elle pesé dans la balance des événements ultérieurs ; sa mort ôtait à Louis- Philippe une dernière chance de salut.

Après les premières heures données aux larmes, Louis- Philippe dut songer aux précautions politiques. Les conditions de sa famille étaient entièrement changées, et il fallait pourvoir à l'improviste aux périls inattendus d'une régence. Ni les conseils, ni les empressements ne lui firent défaut, et la terrible catastrophe eut pour premier effet de ramener autour du trône des serviteurs à l'écart et de calmer pour quelque temps les dissidences. MM. Thiers, Cousin, et autres

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