CHAPITRE X
rivaux du 29 octobre, accoururent au château, apportant l'expression de leurs douloureuses sympathies, faisant offire de leur concours dans les discussions qui allaient s'ouvrir, et renonçant à toute opposition qui pourrait contrarier les vues personnelles du monarque. En même temps les jour* naux de l'opposition dynastique, le Constitutionnel, le Siè* de, etc., invitaient leurs lecteurs à oublier toute dissension, à se confondre dans une commune pensée de douleur et d'amour. « Rallions-nous, s'écriaient-ils, autour de la mo* narchie ! Affermissons la dynastie avant tout ! » Les conservateurs exploitèrent avec habileté ces entraînements dynas-^ tiques ; le ministère en avait les premiers profits. En se ralliant autour du trône, les constitutionnels se groupaient autour de H. Guizot ; en croyant servir la royauté, ils forti^ fiaient leurs adversaires, et le cercueil du duc d'Orléans était pour le 29 octobre une planche de salut.
Au lendemain des élections, en effet, le ministère n'avait guère de chances de durée; sa chute était inévitable. Le 13 juillet le remit debout en ajournant les hostilités, en livrant les^aires à la peur et aux molles complaisances.
Quant à H. Thiers et aux hommes d'état qui faisaient offre de leur concours, ils n'étaient pas aussi désintéressés qu'ils semblaient l'affecter. Sans doute les périls de la monarchie avaient appelé leur premier élan ; mais aussi de secrètes es-^ pérances ressortaient pour eux des complications du moment* La loi de régence leur apportait une occasion favorable, et le besoin qu'on avait d'eux pouvait merveilleusement seconder leurs fortunes. Le roi cependant ne se laissait pas tromper à ces professions de zèle; mais les arrière^^pensées ne le préoccupaient guère, et pourvu qu'on le servit, il lui importait peu que ce fût par dévouement ou par calcuL M. Thiers
26i HISTOIRE DE HUIT ANS.
était UD adversaire redoutable, un auxiliaire puissant ; il s'offrait sans conditions, on ne risquait rien à lui faire bon accueil, et des politesses ne formaient pas un engagement. On le laissa donc s'immiscer activement au projet, donner des conseils, discuter la rédaction et s'y intéresser de telle façon, que, dans les débats, il pût croire défendre son œuvre.
Quand il s'agit de faire l'exposé des motifs, M. Guizot, toujours entraîné par les préoccupations d'une politique arrogante, voulut introduire ses formules ordinaires sur les dangers des factions, les menées des partis et la conservation des saines doctrines. M. Thiers s'y opposa, disant qu'il fallait effacer ces distinctions, ne rien montrer d'irritant, mais se proposer au contraire une œuvre nationale en faisant appel à l'opinion libérale tout entière.
« La force du trône est amoindrie, disait-il ; il lui faut l'appui de tous ceux qui ont fait le gouvernement de juillet. Ce n'est pas le moment de diviser, mais de concilier. »
Son avis l'emporta ; M. de Broglie fut chargé de la rédaction. Les articles étaient soumis à MM. Thiers, Cousin et Odilon Barrot. Celiii-ci se montrait plein de condescendance, dominé par un sentiment de compassion et faisant dansées communications officieuses trop bon marché peut-être des exigences politiques. Les moins actifs dans les discussions préliminaires étaient les ministres. On laissait Finitiative à l'opposition libérale ; le centre gauche semblait avoir l'empire.
Le testament du duc d'Orléans désignait comme régent le duc de Nemours. C'était la loi vivante du moment ; personne, parmi les conseillers officiels ou officieux de la couronne, ne parlait d'un autre choix : celui-là, d'ailleurs,