CHAPITRE r
ÂTantages de la position de M. Guizot vis-à-vis de M. Thiers. — Onvertare des chambres ; discours da trôae. — Premiers triomphes ministériels. — Discussion de la chambre des pairs. — Vote approbatif. — Projet d'adresse à la chambre des dépotés. — Première lotte entre MM. Thiers et Gaizot. — Incident sar le voyage de Gand. — intervention des hommes du 15 avril et du 12 mai. — MM. Berryer, Garoier-Pagès, 0. Barrot. — Vote de l'adresse. — ÂiTaiblissement de la chambre.
Le ministère du i^' mars avait été personnifié dans H. Thiers; le ministère du 39 octobre se personnifiait dans M. Guizot ; car nulle part on ne prenait au sérieux la présidence du maréchal Soult. C'était un vieux nom militaire choisi pour masquer une retraite ; promettant à Textérieur de faciles accommodements, à Tintérieur un instrument docile.
Mais en occupant la première place, M. Guizot s'était fait une position assez équivoque en morale, peu recommandable dans l'opinion. Ambassadeur à Londres, il venait recueillir l'héritage des fautes commises à Londres ; et le profit en était pour lui si direct, qu'on ne put s'empêcher de les croire volontaires. On faisait hommage à son habileté II. 1
iO HISTOIRE DE HUIT ANS.
aux dépens de sa conscience. Nous avons déjà dit que c'était une erreur. Mais elle était générale. Les faits parlaient contre M. Guizot ; il n'y avait pas d'alternative entre une profonde incapacité , ou une adroite perfidie. Amis et ennemis eurent plus foi dans son intelligence que dans son caractère : il gagnait le pouvoir au prix d'une accusation
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...-•yQici,^ d!un aujre côté, les avantages qu'il avait sur •iSf.'Thièrs'î' il: disait nettement sa pensée; et sa politique était d'accord avec ses paroles. M. Thiers s'était proclamé un « fils de la révolution, » et toute sa conduite avait été un désaveu de cette glorieuse origine ; il vantait la révolution et la trahissait. M. Guizot prenait pour mission de la combattre, et il suivait la voie qu'il s'était tracée. Il avait sur son rival la supériorité que donne la logique, même dans une mauvaise cause. Le 1®' mars n'avait vécu que de réticences et de faux-fuyants; le 29 octobre formule hardiment son programme et y persiste jusqu'au bout. Voici les premières paroles de M. Guizot arrivant de Londres : « L'Europe ne menace pas la France, elle n'attaque pas la révolution. Il ne faut pas se mettre avec la révolution contre l'Europe, mais avec l'Europe contre la révolution. » C'était résumer parfaitement la situation telle qu'il l'entendait ; c'était franchement définir sa politique au dehors comme au dedans. M. Thiers s'écriait depuis six mois que la France était insultée, et depuis six mois aucun acte de vigueur n'avait répondu à l'insulte. M. Guizot affirmait qu'il n'y avait pas eu d'outrage, et s'épargnait le soin de demander réparation. M. Thiers était plus susceptible; mais sa susceptibilité se montrait patiente à l'excès ; H. Guizot, moins fier dans ses discours; semblait en