‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 15 sur 182 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

conséquence moins humble dans sa conduite. M. Thiers, tout en subissant la paix, faisait d*immenses bruits de guerre; H. Guizot ne voulait pas faire les frais d*une campagne en restant les bras croisés , et, résolu à la paix, il avait au moins le courage d'arrêter les préparatifs de la guerre.

Ces franches allures d'une politique qui ne se déguisait pas, convenaient d'ailleurs beaucoup mieux aux radicaux. Le terrain de la lutte se trouvait débarrassé de toutes les équivoques, de toutes les hypocrisies qui trompaient les esprits naïfs ou indécis. Un adversaire déclaré de la révolution leur valait bien mieux qu'un enfant bâtard de la révolution, qui n'appelait sa mère qu'au jour des dangers personnels, et la reniait quand son ambition était satisfaite. Avec ses promesses trompeuses, M. Thiers avait divisé les forces de l'opposition ; avec ses hardiesses logiques, M. Guizot les ralliait, forçait les consciences timides à se prononcer, faisait taire les ménagements, et , concentrant toutes les petites rivalités dans deux grands partis, celui de la révolution et celui de la contre-révolution, mettait en face l'un de l'autre la nation et le trône, agrandissait le cercle des discussions, les faisait sortir des idées personnelles, et provoquait une lutte énergique qui avait le mérite de conduire à une solution. M; Guizot prenait pour mission le triomphe ou la perte de la royauté. Les radicaux acceptaient de grand cœur la question ainsi posée.

Cette situation était bien comprise à l'extérieur. Le Standard, organe des tories, écrivait, en annonçant l'avénement de M. Guizot : « 11 est heureux que l'homme qui prend en main le gouvernement de la France, comme le dernier espoir de la monarchie [as the last hope of the monarchy), ait des vues aussi élevées Si M. Guizot

réussît, ajoutait-il, son gouvernement sera le commencement d'un gouvernement de principes. » Tous les journaux anglais témoignaient d'ailleurs si hautement leur joie, qu'au milieu des méfiances du pays, M. Guizot rencontrait un obstacle de plus dans la sympathie de Fétranger.

Cependant la grande préoccupation du moment était la réunion^ prochaine des chambres'. C'est là que M. Guizot devait ouvrir ses premières luttes ; c'est là que la politique nouvelle allait chercher sa première sanction. Jamais délibération parlementaire n'avait été attendue avec plus d'impatience ; jamais cette impatience n'avait été plus motivée; car le scrutin allait décider de la paix ou de la guerre au dehors, de la liberté ou de l'asservissement au dedans. L'Europe attentive tournait ses regards vers les rives de la Seine; la coalition attendait avec anxiété les jours où devait s'accomplir sa dernière victoire ou sa première défaite. Louis-Philippe néanmoins épuisait à la rassurer les encouragements et les promesses. Le 27 octobre, le baron d'Arnim avait porté aux Tuileries une lettre autographe du roi de Prusse, à l'occasion de l'attentat Darmès. Le roi ne crut pouvoir mieux répondre aux compliments de son auguste correspondant, qu'en déclarant au baron d'Arnim sa volonté ferme et immuable de maintenir la paix européenne. Chacun des diplomates étrangers recevait les mêmes assurances. Ce n'était, du reste, rien leur apprendre de nouveau. La connaissance certaine des dispositions pacifiques du roi avait plus contribué au traité du 15 juillet que les humeurs de lord Palmerston. En signant l'outrage, chacun avait dit : « La France ne fera pas la guerre. »

Mais on avait encore besoin d'être rassuré sur les dis-

Page 1