‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 153 sur 182 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

rbumiliaBte position aceeptée par M. Guizot ne devaient pas tarder à se faire sentir.

Cependant la décision de la chambre n'avait mis fin ni aux reproches ni aux ressentiments. La presse de l'opposition s'occupa longtemps du désaveu consenti au profit de TAngleterre. Une souscription fut ouverte pour offrir une épée d'honneur à Famiral Dupetit-Thouars, et Tempresse-* ment du publie à s'y associer prouvait aux ministres que la cause gagnée au parlement était perdue devant la nation. Aussi chaque fois qu'une discussion générale s'engageait sur la politique du ministère, les orateurs de l'opposition lui rejetaient à la face les humiliations de Tahiti. Lorsqu'on délibéra sur les fonds secrets, ce fut le tour de M. de Lamartine.

a Ce qui m'alarme, disait-il, ce qui ne se corrige pas à volonté, c'est une situation mal prise au dehors.

« C'est le sentiment de la subaltemité de la France, sentiment motivé par notre état d'isolement ; sentiment tellement aigri, tellement susceptible, que tout devient danger

pour la paix, ombrage pour la liberté En pleine paix de

la France et du monde, vous ne pouvez pas donner le moindre coup de gouvernail au vaisseau de l'État, sans craindre de vous briser sur quelque écueil

« Vous ne pouvez plus accomplir les actes les plus élémentaires du gouvernement représentatif ; si dans vos prévisions, si dans des documents dont vous seuls avez connaissance, il arrive qu'un de vos oflSciers, à 4,000 lieues de vous, dans son droit, dans son devoir, dans le sentiment de sa dignité, dans le sentiment plus grand pour lui de la dignité de son pays, de son pavillon, a eu à tirer un coup de canon populaire, à 4,000 lieues de nous, la France, avant

39t HISTOIRE DE HUIT ANS.

que Taffaire soit instruite, avant l'arrivée des documents qui doivent le juger, lui vote son enthousiasme et à vous son blâme et son indignation. »

Lorsque vint la discussion des crédits supplémentaires, M. Berryer renouvela les mêmes accusations, sans qu'un sujet si longtemps et si souvent traité pût épuiser les émotions du public. On revenait sans cesse à ce thème fatal, et M. Guizot restait accablé sous le poids de son pénible triomphe.

Page 1