CHAPITRE XIV
l6eni comme représentant votre souveraineté. Mais quant à C6 dl'apeau que vous ave» reçu de TAngleterre, quant à ce drapeau, symbole d'une souveraineté indépendante de notre protectorat^ où les conseils anglais ont inséré cette couronne qile Pomaré n'aurait pas devinée» cette couronne qui est le signe de la prépondérance et de la souveraineté européenne; quand vous tenez à ce drapeau, ce n*est pas celui de vos pères ; ce drapeau de votre fantaisie, c'est le drapeau de l'Angleterre, patent ou caché, et ce drapeau^ je ne le souffrirai pas. >»
« Mainteiiant, Messieurs^ que devait faire l'amiral fran* çais? Accepter le drapeau anglais, accepter la situation à lui faite par Pritchard, laisser élever une bannière en face de la nôtre, accepter une guerre sourde, continuelle, entre la France et l'Angleterre ? Ce n'était pas possible. L'amiral ne pouvait souffrir un tel état de choses. Il fallait d'abord avoir recours à la prière, il l'a fait; puis à une démonstration, il l'a fait ; puis à la menace, il l'a fait. Enfin toutes ces tentatives ayant été sans succès, il a été obligé d'agir. »
L'orateur, reprochant ensuite au cabinet d'avoir tranché les principes et les faits au détriment de la France, examinait quels allaient être les résultats de cette politique à Tahiti :
« Quand cette réintégration de la reine y parviendra, disait-iU les faits seront consommés depuis huit mois. La reine est ailx mains des missionnaires anglais ; il faudra que vos autorités, que votre force navale, que votre pavillon aillent cherciher la reine au milieu des Anglais; qu'ils la ramènent dans son île, et que là, sans doute, on salue le pavillon donné par l'Angleterre.
« Et pendant qUe vous ramènerez ainsi triomphante cette
reine, instrument des intrigues de vos rivaux, que vous ht réinstallerez dans son ile, et que les forces navales de l'Angleterre pourront assister et applaudir à son triomphe, un de vos braves officiers généraux, ua homme qui port43 dans son cœur et qui a porté sur son navire la dipité de la France, cet homme qui quittera les parages oii il luttait pour nous, il reviendra enTrance désavoué par son gouvernement, et sous le poids de tout ce que vous avez dit aujourd'hui à cette tribune.
« Ah ! il y aura pour tout le monde dans ce procédé, il y aura pour vos amis, comme pour vos ennemis, une bien éloquente signification ; on saura que dans toutes ces îles où vous voulez faire pénétrer l'influence de la France, il n'y a qu'à oser, il n'y a qu'à vouloir, et que cette influence reculera ; on saura qu'il n'y a pas à s'inquiéter des conséquences, que ce sont vos hommes, vos hommes de cœur qui auront toujours tort.
ff Et véritablement, Messieurs, je ne puis me défendre, en songeant à cette situation telle que vous la faites, de rappeler un fait qui doit frapper tous les yeux.
« Voilà un homme qui a porté haut la susceptibilité pour l'honneur national, qui a cru que cette susceptibilité, si vive dans notre noble pays, ne permettait pas de subir ce que les intrigues de l'étranger voulaient lui faire subir, cet homme est désavoué, renvoyé ; et cependant il y en a un autre qui a méconnu, lui, les sentiments nationaux, qui n'a pas compris la dignité du pavillon de la France, qui a conseillé, qui a autorisé de signer le traité que la chambre tout entière a ordonné de déchirer : cet homme, c'est M. le ministre des affaires étrangères de France.... Celui-là, il a, pendant un an, dirigé la négociation du droit de visite dont
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VOUS avez rougi vous-mêmes ; celui-là, après Tavoir fait signer, Fa défendu deux ans à cette tribune. Eh bien ! quand la chambre tout entière l'a condamné» il est resté, lui, et Tamiral Dupetit-Thouars est destitué! »
La chambre était encore sous Timpression produite par M. Billault, lorsque M. Dufaure reprit la même thèse. Sa parole, calme et incisive, nerveuse et modérée, acheva de porter la conviction dans les esprits. Il terminait son discours par ces mots :
« Quand un gouvernement désavoue un agent, il y a malheur pour cet agent ; il y a une sorte d'humiliation aussi lorsqu'on peut croire que ce désaveu est une satisfaction accordée à l'étranger; l'humiliation est deux fois douloureuse, car elle existe à l'égard du gouvernement et à l'égard de l'étranger
« On dit que l'on maintiendra toujours le protectorat ; mais ce protectorat était difficile avant le désaveu; après ce qui s'est fait, à mon avis il devient impossible, n
Du commencement à la fin de la séance, la discussion avait tourné à la confusion du ministère ; les centres euxmêmes étaient ébranlés, lorsque M. Ducos proposa de mettre un terme aux interpellations, par le vote suivant : « La chambre, sans, approuver la conduite du cabinet, passe à l'ordre du jour. » Le blâme quoique indirect était formel, et la physionomie de la chambre présageait au cabinet une défaite certaine. M. Guizot s'élança à la tribune, pâle et frémissant, assura qu'il avait des faits nouveaux à communia quer à la chambre, et demanda le renvoi au lendemain. Il fallait gagner du temps pour relever les consciences abattues. Malgré d'énergiques protestations, le renvoi fut prononcé.
Le lendemain, cependant, le ministre n'apporta aucun fait, aucun document nouveau. Mais il avait suffi de Fintervalle entre les deux séances pour ramener la discipline parmi les phalanges ministérielles et pour leur démontrer que le maintien du cabinet était chose bien plus importante que la conservation de l'honneur français. Aussi, toute h puissance du nouveau discours de M. Guizot se trouvait-ellq concentrée dans les deraièrps lignes. « Ou nous aurons Thon-r neur, disail-il, de siéger sur notre banc sans avoir reçu une de ces censures indirectes qui énervent le pouvoir, ou nous ne continuerons pas de siéger. » Pour le centre, il n*y avait pas d'argument plus efficace. La proposition de M. Ducos fut repoussée par 333 voix contre 187.
Ce vote fut accueilli par le public avec une douloureuse stupéfaction. Il semblait que ce fût une bataille gagnée par l'Angleterre, et que le triomphe du cabinet se confondit avec le trioquphe de l'étranger. Jamais la voix de l'opposition pari lementaire n'avait eu plus d'échos dans le pays. La chambre pouvait courber la tête, mais la population n'acceptait pas la solidarité des abaissements, et l'arrêt du scrutin ne fit que redoubler les colères nationales et ranimer de vieilles haines qu'une politique plus courageuse eût promptement fait as*: soupir. C'était pour le ministère une de ces victoires désasr treuses où l'on reste mattre du champ de bataille, mais après avoir reçu de mortelles blessures.
Compromis à l'intérieur, M. Guizot n'était pas moins affaibli au dehors. Le cabinet britannique avait désormais la mesure des concessions qu'il pouvait exiger; il tenait dans ses mains les destinées du 39 octobre ; vienne une nouvelle occasion de lutte, il n'a plus qu'à commander pour être obéi par le cabinet vassal. Les tristes conséquences de