CHAPITRE I
positions de la chambre, et, au moment décisif, on se prenait à redouter quelque fantaisie parlementaire que feraient naître tout à coup les mots d'honneur et de dipité. En bonne logique, d'ailleurs, la chambre, qui avait donné à H. Thiers une majorité compacte, devait causer k son successeur de légitimes malaises , et quelques âmes naïves se permettaient de douter: elles ne comptaient pas, il est vrai, sur les conseils de la peur et de l'intérêt; influences toutes- puissantes dans la chambre du monopole.
Les radicaux, à cet égard, ne se faisaient aucune illusion. La chambre avait donné la majorité à H. Thiers : qu'importait cela? Elle n'en était pas moins prête à la donner» à M. Guizot, comme elle la donnerait à M. Holé ou à M. Barrot. Avec 166 fonctionnaires, la victoire devait toujours appartenir k celui qui tiendrait les portefeuilles. Ainsi raisonnaient les radicaux, et les faits justifièrent leurs prévisions.
M. Guizot lui-même, sans doute, avait la même pensée ; car il ne dissimula rien de ses projets politiques, et appela audacieusement la chambre à le suivre. Le discours du trône, lu à la séance d'ouverture le 8 novembre, émit le programme nettement forinulé de la paix au dehors, de la guerre au dedans. « Je continue d'espérer, disait le roi, que la paix de l'Europe ne sera point troublée. » Ce paragraphe était significatif. Un autre ne l'était pas moins : H L'impuissance n'a point découragé les passions anarchiques. Sous quelque forme qu'elles se présentent, mon gouvernement trouvera dans les lois existantes et dans le ferme maintien des libertés publiques, les armes nécessaires pour les réprimer. » Ainsi, désarmer à l'extérieur, armer à l'intérieur, c'était là tout le discours du roi.
toute la politique de M. Guizot. Le parlement était averti.
A la chambre des députés, la nomination du bureau donna dès le premier jour au ministère la mesure de ses forces. Le candidat ministériel pour la présidence, M. Sauzet, eut 220 voix; M. 0. Barrot en eut 154. Les quatre vice-présidents, les quatre secrétaires étaient également ministériels, à l'exception de M. Havin, qui appartenait à la fraction Barrot. En cas d'insuccès, M. Guizot était décidé à dissoudre la chambre. Il comprit que ce soin était inutile.
Mais la décision de la chambre était loin de s'accorder avec les sentiments de la nation , et la conscience publique était tout autre que la conscience parlementaire. Uir cri général de réprobation accueillit la harangue royale qui proclamait sans vergogne l'humiliation de la France et le triomphe de la coalition. Sans rappeler les justes colères des radicaux, il nous suffit de citer les journaux de l'opposition dynastique qui représentaient le plus fidèlement les masses bourgeoises dévouées à la monarchie de juillet.
« C'est la rougeur au front, dit le Siècley que nous allons rendre compte de l'inconcevable harangue que le ministère de M. Guizot a eu la criminelle folie de placer dans la bouche de la royauté. Jamais l'orgueil de la France ne fut aussi profondément humilié;' jamais ministres sortis', dans les temps les plus malheureux, du bon plaisir de la cour ou du choix des favorites, n'avaient osé tenir, au nom de cette noble nation, un langage aussi indigne d'elle.
« M. Guizot a biffé là les mots d'honneur et de révolution. Il a bien fait : ce n'est pas à lui qu'il convenait de les écrire. La France, nous l'espérons, les rétablira bientôt