‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 161 sur 182 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

isolés, où un prince pouvait être enlevé par un coup de main, il fallait aux fils du roi une garde spéciale, un état* major nombreux, une centaine de mulets qui demandaient aussi leur escorte. Tout cet attirail déplaisait au vieux soldat, qui aimait les actions promptes et sérieuses. Dans une marche à laquelle le duc d'Aumale avait pris part, le prince se retira aussitôt que l'expédition fut terminée. A son départ, le maréchal Bugeaud dit tout haut à ses oflSciers : « A présent. Messieurs, la campagne va commencer. » L'intervention du prince de Joinville ne le flattait pas davantage, surtout lorsque celui-ci annonçait qu'il attendrait une déclaration de guerre, alors que les soldats du maréchal se battaient tous les jours. Aussi sa correspondance avec le jeune amiral avait-elle un caractère de rudesse et de mécontentement mal déguisé. Elle pouvait se résumer dans ce qu'il avait dit au commencement : « Faites vos afi'aires, je ferai les miennes. »

Le prince de Joinville, cependant, n'était disposé ni aux faiblesses ni aux concessions. Préoccupé, plus qu'on ne l'aurait cru, des discussions qui avaient agité la chambre et le pays sur les exigences du gouvernement anglais, ressentant peut-être comme marin le désaveu de l'amiral Dupetit- Thouars, il était fermement résolu à porter haut le pavillon de la France, à ne rien faire qui pût ressembler aux lâchetés d*une politique qui lui répugnait.

Il avait à cœur deux choses :

!• Prouver à l'empereur l'inefficacité de la protection anglaise ;

T Démontrer aux Anglais sa complète indépendance et ne souffrir de leur part aucune intervention dans ses actes.

Touchant à Gibraltar, il eut avec sir Robert Wilson les

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rapports de convenance que se doivent deux offldersl supérieurs; mais lorsque le gouverneur anglais le pressa d'accepter la médiation britannique, il refusa dans les termes les plus formels. Bientôt se présentant sur les côtes de Tanger, il envoya un de ses ofiBciers porter à Abder-Rhaman 1* ultimatum de la France.

Les clauses principales étaient : l"" expulsion d'Âbd-el- Kader du territoire marocain ; T destitution des chefs qui commandaient l'armée marocaine dans l'engagement du 30 mai ; 3® retraite de cette armée dans l'intérieur du pays.

M. de Nyon, consul général à Tanger, était chargé de suivre les négociations.

L'attitude ferme et décidée du prince montrait à sir Robert Wilson qu'il n'y avait plus à compter sur de faciles accommodements. Désireux toutefois d'éloigner les occasions d'une rupture, il fit prier le commandant français de sortir des eaux de Tanger jusqu'à ce qu'il eût une réponse définitive de la cour de Fez. Le prince de Joinville s'y refusa d'abord ; mais sir Robert Wilson lui ayant représenté que la vue de sa flotte irritait les populations, et pouvait amener un conflit qui paralyserait les bonnes volontés de l'empereur, le prince consentit à s'éloigner, mais sous la condition expresse que pas un vaisseau anglais ne se montrerait sur la côte : « les Marocains, disait-il, s'imagineraient que la présence d'un navire britannique les protège contre nos armes. Si donc il en parait un seul, je bombarde immédiatement la ville. » La convention fut acceptée par sir Robert Wilson, et l'escadre française reprit la haute mer.

Pendant ce temps M. Guizot, empressé d'obtenir la paix et de témoigner sa bonne volonté à Londres, écrit à M. de Nyon qu'il consent à ce que le consul anglais Drummond

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