‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 175 sur 182 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

trouvait dignemeiil; représentée» et Tbonneur parlait plus haut que leà meitacës de FAnglelerre. Le canon de Tanger, de Mogador et de Tlsly annonçait plus qu'une victoire ordinaire; car le véritable adversaire n'était pas sur le champ de bataille. C'était pour la France bien plus une conquête morale qu'un succès matérieL

Pour qui aurait pu en douter, il n'y avait qu'à voir ce qui se passait en Angleterre, à écouter les clameurs des journaux et les protestations des hommes d'État.

Immédiatement après l'affaire de Tanger, les ministres, qui s'étaient éloignés de Londres pour se livrer au repos, avaient été rappelés par lord Âberdeen. La question de Tahiti se réveillait plus vive et plus menaçante. On avait voulu en faire un empêchement pour les opérations du Maroc ; on voulait en faire une vengeance. Le renvoi immé*diat de Pritchard comme consul à Tahiti fut discuté en conseil» et sans être définitivement ad%>pté, y rencontra de fortes adhésions. Toujours fut-il résolu de demander le rappel et lé désaveu de MM. Bruat et d' Aubigny.

Au surplus, l'opinion publique secondait les colères du cabinet, autant parmi les négociants de la dté qne parmi les sectes religieuses, et des bruits de guerre retentissaient dans tous les comptoirs. On assurait que sir Georges Seymour, ap« pelé à ! remplacer le contre*^miral Thomas dans la station àé l'océan Pacifique» partait avec des instructions décisives. On assurait que le nouvel amiral avait ordre, si une complète réparation n'était pas donnée à l'Angleterre, de se transporter à Tahiti, de réinstaller la reine Pomaré dans la plénitude de sa souveraineté, d'exiger la destruction des fortifications faites par nos troupes, ou de les abattre lui-même à coups de canon.

En même temps, les armements maritimes de FAngleterre se faisaient avec un éclat qui avait peut-être pour but d'effrayer les Tuileries, mais qui ne montrait pas moins des préparatifs formidables. Les forces réunies à Gibraltar sous le commandement de l'amiral Owen, s'augmentaient chaque jour; on hâtait l'armement de six vaisseaux de haut bord; mille marins étaient employés extraordinairement dans le seul arsenal de Woolwich ; dans les autres chantiers, les travaux étaient poursuivis avec une égale vigueur; l'amirauté transmettait dans divers ateliers l'ordre de construire dix-huit machines à vapeur d'une force de 800 chevaux; enfin, l'amiral Seymour était à Spithead, à bord du CoUingwood, attendant son ordre de départ pour l'océan Pacifique. Tout le monde croyait à une guerre imminente.

A Paris, les émotions étaient de natures diverses. Le peuple des ouvriers, les jeunes gens, les cœurs généreux, les démocrates et les oppositions de toutes nuances saluaient avec joie les triomphes de nos armes ; les financiers et les gros industriels s'effrayaient de la guerre; le ministère se taisait. Tout autre eût été fortifié et à l'intérieur et à l'extérieur par des succès militaires et maritimes. Mais le cabinet du 29 octobre ne pouvait se glorifier en France de combats qu'il avait tenté d'empêcher; il ne pQuvait, à l'étranger, se donner une grande attitude, quand, avant toute négociation, il fallait se faire pardonner une double victoire.

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