‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 174 sur 182 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

carrés. Sur les angles des bataillons Tartillerie vomissait la mitraille.

Les feux bien dirigés sur ces masses compactes y portèrent le désordre; on Taccruten dirigeant sur elles quatre pièces de campagne qui marchaient à la tête du système ; les efforts de l'ennemi sur les flancs étaient complètement brisés. Alors la marche en avant se continua, la grande butte fut ei^ levée, et la conversion sur les camps s'opéra.

C'était le moment de faire sortir la cavalerie, celle de l'ennemi étant morcelée par ses propres mouvements, et coupée en deux par la marche de nos soldats. Elle fut lancée par le colonel Tartas avec une impétuosité irrésistible vers le camp marocain, renversant tout ce qui se trouvait devant elle. Le colonel Jusuf, commandant les premières colonnes qui se composaient de six escadrons de spahis, aborda le camp, après avoir reçu plusieurs décharges d'artillerie ; il le trouva rempli de cavaliers et de fantassins qui disputaient le terrain pied à pied. Bientôt trois escadrons du 4* chasseurs vinrent le seconder; une nouvelle impulsion fut donnée; l'artillerie fut prise et le camp fut enlevé.

On le trouva couvert de cadavres d'hommes et de chevaux. Toute l'artillerie, toutes les provisions de guerre et de bouche furent prises ; les tentes du fils de l'empereur, celles de tous les chefs, les boutiques des nombreux marchands qui accompapaient l'armée.

Cependant une masse de 10 à 12,000 cavaliers, placés en arrière du camp, attendait que notre cavalerie fût dispersée pour reprendre l'offensive Le colonel Morris se précipita au-devant d'eux avec six escadrons, et engagea une lutte corps à corps. Ce fut le combat le plus périlleux de la journée. Les ennemis étaient dix contre un, et dans une II. 28

méiéeldi cette nature, la discipline perd ses avantages. Mais les chasseurs combattirent en désespérés et donnèrent à rinfanterie détachée par le général Bedeau le temps d'accourir et de les dégager. Trois cents Berbères furent tués dans cet engagement. Chaque chasseur rapporta un trophée, qui un drapeau» qui un cheval» une armure, un harnachement.

n restait encore de fortes masses ennemies ralliées sur la rive gauche de Tlsly. L'infanterie et l'artiUerie traversèrent de nouveau la rivière et recommencèrent l'attaque avec vigueur. Hais les Marocains, déjà découragés par leurs pertes» ne tinrefft pas longtemps ; on les suivit dans leur retraite pendant une lieue, et la déroute devint complète. Les uns se retirèrent par la route de Thaza ; les autres par les vallées qui conduisent aux montagnes des Beni-Senassen*

Ils laissaient sur le champ de bataille 800 morts, et de* valent compter de l,ttOO à â,000 blessés. Notre perte était de 4 officiers tués» 10 autres blessés» de 2S sous-^-officiers ou soldats tués et 86 blessés. Environ 10,000 hommes avaient triomphé de 30,000.

Cette nouvelle victoire, ajoutée aux succès maritimes, fut accueillie en France avec une orgueilleuse joie. Ce n'était pas un triomphe sur un souverain barbare qui excitait ce sentiment, ce n'était pas la défaite des bandes indiscipli-^ nées» c'était la leçon donnée à l'Angleterre, le défi jeté au cabinet de Saint*James, qui avait voulu lier les bras de la France, et mettre l'interdit sur nos armes. On se fâicitait de voiries soldats français paralyser les lâchetés de la diplo* matie, et contraindre le gouvernement à paraître fort. Dans les camps, du moins, et sur les vaisseaux, la France se

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