CHAPITRE
origine, sollicitent les gens de bien, les gens â*ordre et de raison, les esprits courageux et éclairés, de se placer à la tête des susceptibilités de la nation, d'être les défenseurs jaloux de tout ce qui touche à l'honneur et à la dignité nationale. Si les gens de bien ne le font pas, si les gens de cœur, à quelque parti qu'ils appartiennent, ne s'emparent pas de cette cause sainte et sacrée, vous la livrerez aux mauvaises passions. Messieurs, je ne puis pas croire que si dans des situations déjà trop évidentes et qui ne seront bientôt que trop éclairées d'un jour funeste, que si dans ces situations la France est obligée d'agir, je ne puis pas croire que les mauvaises passions l'emporteraient.
H Vous voulez gouverner et vous calomniez le pays.
« Je ne l'ai pas faite cette révolution : je n'en suis pas; je ne Tai pas faite avec vous; je ne m'y suis pas associé; j'ai protesté, lutté contre elle. Eh bien! telle qu'elle est, moi qui suis son vaincu, je pense mieux que vous des vainqueurs.
a N'en doutez pas, je crains les passions mauvaises; mais je connais mon pays, je connais ses sentiments; je sais que pour les hommes les plus attachés à des convictions qui constituent un parti, il y a des sentiments qui dominent tout, qui emportent tout, et ce sont ces sentiments-là qui doivent réunir tout ce qui vit d'intelligence, de force et d'énergie en France ; ce sont ces sentiments qui prévaudront. Oui, la France, s'il le faut, se lèvera avec énergie, avec dignité pour ce qui est juste, pour ce qui est lionnéte et glorieux, et malgré vous, elle sera encore la plus noble et la plus redoutable des nations de la terre. »
M. Guizot s'était jusque-là longuement évertué à justifier le triste rôle qu'il avait joué comme ambassadeur; il lui
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restait à formuler sa politique comme ministre dirigeant. Il repoussait toute responsabilité dans le passé ; qu'allait-ii faire pour l'avenir? Le problème valait peut-être quelques efforts d'imagination et de courage. Mais pour cet homme d'État, rien n'était plus simple. Accepter les faits accomplis, oublier l'outrage, voter à l'étranger un bill d'indemnité, clore les comptes et donner quittance avec toutes les pertes de son côté, voilà l'héroïque remède imaginé par M. Guizot pour guérir les plaies saignantes de la France.
« Tout le reste est du passé, dit-il à M. Thiers dans la séance du 28 novembre, du passé qui nous est étranger, que nous n'avons pas fait, qui a été fait en votre présence et sous votre influence. Nous ne discuterons pas ce passé ; il n'est pas aujourd'hui d'une grande importance pour le pays de suivre les différentes politiques que Ton aurai: pu suivre à une autre époque. Ce qu'il importe, c'est de mettre promptement un terme à une situation difficile et périlleuse : et l'on ne peut le faire qu'en acceptant à la fois les faits ac* complis et la réserve faite par la note du 8 octobre au profit du pacha. Telle est la politique que veut suivre le cabinet qui est devant vous. »
M. 0. Barrot se leva pour répondre. Jusqu'à ce moment la portion de la gauche qui avait soutenu M. Thiers n'avait pas pris part au débat. L'attention fatiguée de la chambre se réveilla pour écouter le plus fameux représentant d'un parti effacé. Dès les premières paroles, l'orateur mérita d'être applaudi :
(( Vous parlez de faits accomplis, dit-il, eh bien ! à cet égard je sens tout autrement que vous ; et plus je vois l'exécution s'avancer, plus j'éprouve le besoin national de protester et de résister.