CHAPITRE I
tage d'une position exceptionnelle, M. Berryer» se fit l'interprète éloqoent de l'indignation publique, et flétrit de ses miles accents toutes les hontes de la situation.
« Je ne veux pas, dit-il, parcourir encore ce triste inventaire, ce déplorable amas d'hésitations funestes, d'efforts impuissants, d'espérances aveugles et déçues. N'en parlons plus, et surtout qu'elles ne soient jamais répétées, les humiliantes paroles qu'on a fait venir ici et de Constantinople et de Londres, ces mots de lord Ponsomby et de lord Palmerston : « Il viendra une résolution anglaise, et la France <i accédera; après beaucoup d'humeur et de déplaisir, la (f France cédera; et l'affaire d'Orient aura été réglée comme H l'Angleterre l'aura voulu ! » Eh quoi ! Messieurs, il y a un pays au monde où les ambassadeurs entendent de telles paroles, où ils les écrivent, et où ils restent à leur poste, et où ils deviennent ministres pour assister au jour où les choses s'accompliront ainsi qu'elles ont été dites.
« Non, Messieurs, non I ce n'est pas de la France qu'on a dit cela, et ceux qui, au jour de nos plus grands désastres, ceux qui à Waterloo même ont vu comment tombaient nos guerriers, n'ont pas dit cela de la France, ce n'est pas d'elle qu'on a parlé. »
Le fier langage de l'orateur, son geste imposant et sa voix frémissante, remuaient profondément même les cœurs les plus inertes. Mais l'émotion de la chambre fut encore plus vive lorsqu'il prononça les paroles suivantes :
« Rappelez-vous les circonstances accomplies, les grandes paroles : « La nationalité polonaise ne périra pas ! » (Rires sur quelques bancs.) C'est grave, Messieurs ; heureux ceux qui ont dans le cœur cette indifférence, qui leur permet de rire sur une telle position de la France, qui leur permet de
rire quand quatre fois en dix ans le monde entier a coiina la volonté de la France ; quand quatre fois en dix ans on a su que la France, pour ses intérêts, voulait sauver la Pologne, préserver la Belgique attaquée, assurer son ascendant en Espagne, protéger Méhémet-Ali ! Oui, quatre fois vous avez fait connaître au monde la volonté de la France, et quatre fois vous avez fait accuser la France ou d'impuissance ou d'inertie ; quatre fois en dix ans, Messieurs, c'est trop, c'est trop, c'est beaucoup trop.v»
A ce cri répété de l'indignation, articulé d'une voix éclatante, relevé par une énergique pantomime, l'assemblée tout entière se réveilla comme sous un choc électrique. De longs frémissements coururent sur tous les bancs, et les cœurs les plus tièdes reprirent quelque chaleur. Malheureusement les émotions des assemblées sont fugitives; les pensées matérielles remplacèrent bientôt la poésie de l'éloquence, et les instincts courageux disparurent avec les derniers accents de l'orateur.
Il donna cependant encore une rude leçon à M. Guizot en y traitant la question intérieure-:
« Oui, sans doute, dit-il, il y a beaucoup d'idées révolutionnaires, beaucoup d'instincts révolutionnaires en France. Il en a été beaucoup donné et beaucoup enseigné, parce que malheureusement ceux qui se vantent d'avoir donné des leçons d'avènements aux rois, se sont chargés aussi d'en donner aux peuples.
« Oui, Messieurs, on peut craindre, un double malheur en France et un malheur plus grand que le mal même de la guefre. On peut craindre des désordres et une révolution désordonnée. C'est pour cela que ceux qui ne sont pas révolutionnaires et qui peuvent le dire sans renier leur