CHAPITRE II
nir quelque temps dans la place. Mais Fadministration des armées égyptiennes était si mal organisée, que dès le premier jour il manquait de vivres. Il fallut se retirer sans combattre.
En même temps, Saîde (l'ancienne Sidon) était attaquée par le commodore Napier. C'était un des points les plus importants occupés par Ibrahim, formant le grand dépôt d'armes, de munitions et de provisions, qui servait aux deux lignes militaires d'El-Arish et de Beyrouth. Deux vaisseaux et quatre frégates, embossés devant la ville, ouvrirent un feu terrible. Mais les murailles étaient si solides, que la pluie de bombes et de boulets n'avait, au bout d'une heure, produit aucun effet. Des embarcations armées furent alors dirigées vers le quai, où les défenseurs de la place les accueillirent avec un feu bien nourri, lorsqu'au milieu de l'engagement, un officier d'Ibrahim, soit par une trahison concertée, soit par une crainte subite, livra une porte aux assiégeants, qui se précipitèrent dans la ville et s'en rendirent bientôt maîtres.
Sour (l'ancienne Tyr), attaquée à son tour, ne tint pas une heure. Il ne restait plus sur la côte, aux mains des Égyptiens, que Tripoli et Sain t-Jean-d* Acre.
Cependant le vieux pacha ne montrait pas de dispositions à céder. Poussant avec activité les fortifications d'Alexandrie, organisant au Caire une garde nationale de trente mille hommes, appelant de nouvelles troupes de l'Hedjaz, il déclarait sa ferme intention de s'ensevelir, s'il le fallait, sous les ruines de son empire. En apprenant qu'on lui avait donné pour successeur Izzet-Mohammed-Pacha, il s'était écrié avec ironie : « Izzet-Pacha est bien digne de cette faveur; il a livré Varna aux Russes. Moi, au contraire, j'ai
reconquis la Horée au sultan, et sauvé, à cette époque, Tempire d'une ruine complète. »
Son plus vif désir était de tenter un coup décisif, en faisant sortir du port d'Alexandrie la flotte combinée, au nombre de vingt-un vaisseaux de ligne et de dix-huit frégates, pour aller offrir le combat à l'escadre anglo-turque composée de quinze vaisseaux et de six frégates. Mais ce projet rencontrait une vive opposition chez les agents du gouvernement français. M. Cochelet, consul général, et M. Waleski, envoyé extraordinaire, eurent à ce sujet de longues et fréquentes discussions avec le pacha, sans pouvoir cependant vaincre sa détermination. Le plan de Méhémet ne manquait ni de résolution ni de grandeur. S'il ne réussissait pas à contraindre les alliés au combat, il voulait se rendre à Salamine sous la protection de l'escadre française, et même à Toulon, si l'amiral Hugon lui refusait appui. Une fois la flotte égyptienne accueillie par l'hospitalité française, les alliés étaient forcés de la respecter, et Méhémet, sûr désormais de l'appui de la France, pouvait, jusqu'au printemps, maintenir dans le devoir les populations du Liban. Pendant ce temps, on donnerait une nouvelle organisation à la flotte égyptienne. On incorporerait dans les équipages des matelots français, et dans six mois, la France pourrait se présenter aux alliés avec soixante vaisseaux de ligne et quarante frégates.
Cette hardie combinaison aurait sans doute assuré à la France d'incontestables avantages. Mais elle donnait trop de chances à la guerre, pour être goûtée par le cabinet des Tuileries. Les agents de M. Thiers avaient combattu opiniâtrement les énergiques résolutions du vieillard, et n'osant le protéger, ils l'avaient empêché de se protéger lui-