‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 35 sur 182 · CHAPITRE II. Si · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. Si

ropposition D*expriinassent avec trop de sincérité les sentiments que leur inspirait Tautocrate russe ; le promoteur de la coalition contre la France était bien digne que le gouvernement français le protégeât. M. Guizot couvrait le czar de son égide pacifique.

Cette mesure inusitée était en même temps une insulte au malheur et une aggravation de peines : on séquestrait les Polonais comme une nation de pestiférés : on leur enlevait l'expression des sympathies françaises, leurs dernières ressources, peut-être leurs dernières illusions. Ils ressentirent douloureusement une telle injure, et ils se résolurent avec amertume à contremander leur réunion , puisqu'on leur refusait la triste joie de recevoir de quelques voix amies des encouragements et des consolations.

Pendant que les faiblesses de Textérieur faisaient contraste avec les violences de l'intérieur, de terribles fléaux portaient la ruine et la désolation dans les riches campagnes du midi et de Test. Aux premiers jours de novembre , des inondations subites, effrayantes, irrésistibles, envahirent les vallées du Rhône, de la Saône et du Gard. La ville de Lyon fut bientôt convertie en un vaste lac où surnageaient les débris des maisons emportées, des fabriques détruites , des bateaux brisés. L'usine de gaz de la Guillotière, bâtie cependant avec solidité , n'avait pu résister à la force des eaux ; dans toute cette partie de la campagne qui s'étend des Brotteaux à la Guillotière, plus de 160 maisons étaient écroulées. Parmi les habitants, les uns avaient péri dans les flots, les autres erraient nus et sans pain.

A Mâcon les désastres n'étaient pas moindres. Soixante lieues dans les environs Paient ravagées ; plus de cent villages avaient disparu. Dans la partie haute de la ville, six

ht HISTOIRE DE HUIT ANS.

mille paysans bivouaquaient sur les places, dans les rues, dépouillés de tout. Pendant six jours, les bateaux de sauvetage envoyés par les autorités parcoururent la vallée submergée pour arracher les victimes à l'impitoyable fléau, sans pouvoir suffire à sauver toutes les infortunes. Dans certains endroits, de malheureuses familles attendirent deux ou trois jours sur leurs toits, dans les clochers ou sur des tertres déjà inondés. Quelques-uns, saisis par le délire de la fièvre et de la faim, s'attachaient aux chevrons de leurs toits, sans vouloir qu'on les en arrachât. Il se passait des scènes horribles de douleur et de désespoir.

Les départements voisins étaient également couverts de ruines; l'Ain, l'Isère, le Gard, la Drôme et le Vaucluse étaient bouleversés , les champs dépouillés de la terre végétale, les arbres déracinés, et tout espoir de récolte perdu.

Ces effroyables désastres produisirent dans toute la France un douloureux retentissement ; d'ardentes sympathies s'éveillèrent dans le cœur de tous les citoyens. Des souscriptions furent partout ouvertes pour venir en aide au malheur; le gouvernement, interprète du vœu national, vint demander aux chambres les moyens de réparer quel* ques-uns des maux causés par les inondations, et les chambres, s'associant au sentiment qui dictait cette proposition, votèrent à l'unanimité un crédit de 6 millions 500 mille francs, applicables : 1,800 mille francs à la reconstruction des voies de communication interrompues ou détruites, et 5 millions au soulagement des plus pressants besoins et des plus impérieuses nécessités. Mais que pouvaient de si faibles ressources dans une si grande proportion de malheurs? que pouvait une goutte d'eau dans un océan de misères? La

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