CHAPITRE II
qui donnait un prétexte et une base à leurs intrigues.
Tel était Tétat des partis au moment où s'ouvrit la discussion devant la chambre :
Les partisans des fortifications dans le parti radical demandaient Tenceinte continue, sans les forts délachés ; se résignant toutefois à consentir la seconde condition plutôt que de ne pas avoir la première.
Le maréchal Soult, appuyé de la volonté royale, voulait seulement les forts détachés ; mais à son tour, il était prêt à subir l'enceinte continue, plutôt que de renoncer aux forts, compléments nécessaires de la politique de Louis-Philippe.
Les conservateurs dévoués au château se rangeaient au système du maréchal Soult, pour abriter sous l'autorité d'un nom illustre leurs attaques contre M. Guizot. * M. Guizot se prononçait pour les forts détachés, afin de plaire au roi, et pour l'enceinte continue, afin d'avoir un renfort dans les vœux du pays.
Les radicaux extrêmes et les légitimistes repoussaient Tun et l'autre pojet, afin de ne pas donner à Louis-Philippe un surcroit de puissance.
Enfin, les masses bourgeoises qui représentaient les opinions modérées, sans adopter aucun système exclusif, désiraient énergiquement voir Paris fortifié, mais en même temps accueillant avec facilité les soupçons qui s'élevaient de toutes parts sur les intentions secrètes de Louis-Philippe, émus des dangers que pourraient courir les libertés publiques, elles acceptaient volontiers les forts détachés pourvu qu'on leur donnât simultanément l'enceinte comme garantie.
C'était le 12 décembre 1840 que le ministre de la guerre avait présenté le projet de loi. Il s'abstenait, disait-il dans
Ci HISTOIRE DE HUIT ANS.
Texposé des motifs, d'apprécier le système qui avait été conçu parla précédente administration.
« Ce n'est pas, avait ajouté le maréchal Soult, ce n'est pas que j'aie abandonné l'opinion que j'ai été appelé à émettre sur la même question de fortifier Paris, en 1831, en 1832 et 1833 ; mais j'ai pensé que ce n'était point le moment de la reproduire; aussi je l'ai écartée avec soin, afin que la question se présentât tout entière devant la chambre; mais en même temps je lui dois et je me dois à moi-même de déclarer que je fais expressément la réserve de cette opinion antérieure, que ni le temps, ni les circonstances n'ont afi'aiblie. »
La commission chargée de l'examen du projet choisit pour organe l'ancien président du l*"" mars; M. Thiers préseàla son travail à la séance du 13 janvier; le sujet fut exposé par lui avec cette merveilleuse netteté qui lui appartient en tout temps, et avec le surcroît de talent et de franchise qui le distingue lorsqu'il rentre dans Topposition.
La commission n'avait pu se mettre d'accord avec le gou vernement sur deux points essentiels. En premier lieu, elle voulait que la loi déterminât le nombre de forts et indiquât leur emplacement; le ministère voulait se réserver toute latitude à cette égard. Tout ce que la commission put obtenir, fut la fixation pour les forts d'un minimum de distance. Il ne devait pas en être établi dans un rayon plus rapproché que celui de Vincennes, c'est-à-dire à moins de 2,200 mètres du mur d'octroi.
En second lieu, la commission voulait que tout l'ouvrage, enceinte et forts détachés, fût terminé en trois ans. Le gouvernement ne voulait pas être aussi étroitement engagé.