‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 41 sur 182 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Ces dissidences n*empéchaient pas la commission de conclure à l'adoption du projet; elle aimait mieux faire des concessions que de laisser un prétexte aux mauvaises volontés.

Cependant, dès les premières séances, la conciliation parut sérieusement compromise. Le maréchal Soult, dans un long discours où il rappelait tous les actes de sa vie militaire, s'efforça de démontrer que les ouvrages avancés étaient seuls véritablement efficaces pour défendre les grandes villes, revenant ainsi à ses anciennes opinions, et combattant le projet même du gouvernement, en ce qui concernait Tenceinte fortifiée. Ce brusque retour vers le passé venait jeter le trouble dans les délibérations. La commission , qui croyait avoir ramené le maréchal au double système, fut singulièrement émue d'une rétractation qui compromettait le sort de la loi. Chacun crut y voir Taccomplissement de l'intrigue ministérielle qui s'agitait au château. Ce ne fut néanmoins qu'un malheureux essai. Soit que l'émotion produite eût plus de gravité qu'on n'en attendait, soit que le maréchal n'eût commis qu'une imprudence oratoire, il déclara au sein de la commission qu'il était prêt à défendre le projet dans toutes ses parties ; et le rapporteur, M. Thiers, annonça le lendemain à la chambre que l'accord le plus parfait régnait de nouveau entre la commission et le gouvernement.

Mais le besoin même de multiplier ces protestations en affaiblissait l'effet, et de nouveaux incidents ne tardèrent pas à réveiller les méfiances. Après la clôture de la discussion générale, le général Schneider proposa un amendement qui renversait tout le projet de la commission. II proposait une ceinture d'ouvrages permanents construits

à 4,000 mètres au moins de distance des murs d'octroi; ce mur eût été lui-même flanqué et renforcé aux endroits où cette précaution eût été nécessaire.

C'était reproduire en entier le plan du maréchal Soult en 1833; c'était par conséquent ramener la combinaison au moyen de laquelle les conservateurs opiniâtres voulaient rouvrir les portes du pouvoir à H. Mole, accompagné de MM. Dufaure et Passy; c'était moins une question de principes qu'une manoeuvre ministérielle. Chacun le comprit ainsi ; et les esprits parlementaires s'émurent aux approches d'une lutte personnelle, bien plus qu'aux graves considérations qui intéressaient tout le pays. Le maréchal Soult avait peur que M. Thiers ne prît avantage sur lui, si le projet de la commission était adopté; MM. Guizot et Duchâtel avaient peur d'être supplantés par MM. Dufaure et Passy. Une coalition nouvelle se formait autour du maréchal avec les débris du 15 avril et du 12 mai. Le parlement était devenu un vaste champ d'intrigues. Vous eussiez vu alors les uns et les autres parcourant les bancs les plus opposés, recrutant des voix, non au profit d'une opinion, mais au profit de leurs ambitions personnelles. Les esprits s'amoindrissaient avec les circonstances, et l'on était bien moins en peine, à la chambre, de savoir si Paris serait fortifié, et comment il le serait, que de deviner si le 15 avril et le 12 mai réussiraient à remplacer le 29 octobre ou à se combiner avec lui.

L'amendement du général Schneider fut défendu avec éclat par M. de Lamartine, quoique ce fût pour lui un pis-aller. MM. Dufaure et Passy lui prêtèrent un appui peu efficace, parce qu'il ne semblait pas désintéressé. MM. Arago, Thiers et de Rémusat le réfutèrent victorien-

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