‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 51 sur 182 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

lettres écrites par le duc d'Orléans pendant Fémigration. Le journal ajoutait quMl possédait les autographes originaux. Voici quelques extraits de ces lettres.

« Palerme, le 17 avril 1808.

« Je n'aime pas plas qae voas le métier d'émigré, et j^enrage doaa blement de me voir condamné à ThurniHation de Tin utilité et de la ff végétation, qoand je sens, quand je vois, qaand je touche au doigt c et à Fœil tont ce que je pourrais faire, si Ton s'euteudait avec moi et a si Ton n*avait pas Tair de vouloir toujours me tenir sous la clé à a Hampton-Court ou à Twickenham. Ma position bizarre présente, il « me semble, quelques avantages que je puis m'enagérer, mais dont il « me semble qu'on pourrait tirer parti, ce qui est tont ce que je dea mande. Je suis prince français, et cependant je suis anglais, d'abord « par besoin, parce que nul ne sait mieux que moi que l'Angleterre est « la seule puissance qui veuille et qui puisse me protéger ; je le suis par c principes, par opinion et par tontes mes habitudes.

a C*est sur Bonaparte qn'il fant concentrer tontes vos forces ; si vous «r ne le battez pas, vos cent vingt mille hommes ne battront pas le roi « de Saxe; si vous le battez, un piquet de cent vingt hommes suffira » pour anéantir le roi de Saxe et le duc de Varsovie, et qu'il n'en soit « jamais question .

«r L'Autriche a envoyé ici ud officier d'état-major pour concerter les « opérations, et il y a une mission semblable à Cagiiari. J'ai vu et causd <{ avec ces deux officiers, qui sont gens très -capables. Ce qu'ils me di- « sent me donne les plus grandes espérances : selon eux, l'Autriche a « quatre cent vingt mille hommes sur pied, sans compter les milices; a cela me paraît si beau que je doute ; mais je ne doute pas qu'il y ait « une grande armée : cela suffit. »

Plus loin, on lit dans la même lettre :

« Les tles Ioniennes sont blcqnées et très-courtes de vivres ; elles

« sont Irès -impatientes de secoaer !e JoQg français, et lord CoUingvood « a en des conférences avec sir J. Siuart, pour qu*il lui donnât quelques <x troupes pour aller provisoirement en chasser les Français; mais sir « J. Stuart ne peut rien faire là, h moins d'un ordre du gouvernement. « Il importe à l'Angleterre d'arracher ces ties aux Français ; on y ironie vera plus de six mille hommes de garnison, dont deux mille Italiens « et quinze cents Albanais et Epirotes, qui feront sur-le-champ de trèsf( bons soldats pour sa cause contre les Français. Elle en aura alors la « disposition ; et rAutriclle accédera à tout, pourvu que les Français en 9 soient exclus. Si elles me croient un personnage convenable pour ces « îles^ je suis prêt, et j'en serai enchanté !

« Ce qui est bizarre, il reste un petit état à donner, c'est-à-dire à a prendre, et personne n'en veut; cela est curieux. La reine m'a dit : « La place est vide, mettez- vous-y ; » et je lui ai dit : n Je m'y mettrais « bien^ mais il faut qu'on veuille bien m'y laisser mettre. »

(( Rappelez- vous que c'est par les Apennins que Macdonald s'est retiré « dans la campagne de Souwarow. C'est donc sur la rivière de Gênes où « il faut porter la grande expédition anglaise. H faut prendre le roi de « Sardaigne en passant, et si on veut me prendre avec, on me fera grand « plaisir. Le Piémont se soulèvera, on y formera des troupes, et j'espère « que la retraite des troupes françaises d'Italie se trouvera absolument « interceptée. »

Une autre lettre, publiée par la Gazette, était datée de Cagliari , 20 mai 1809. Ou y lisait :

« Quels événements que ceux qui .<e préparent ! Le déploiement de « l'Autriche est superbo, et me fait anticiper des résultats brillants. « C'est par la voie de Trieste que nous apprenons ce qui se passe. L'arec chiduc Jean a battu Beanharnais à Fontana-Fredda, entre Udine et « Trévise. Beanharnais avait quarante-cinq mille hommes tirés des « garnisons d'Italie, qui vont par conséquent se trouver très-faibles. « L'archiduc Jean est arrivé par la droite à la Piave avant les Français. « et il les culbute dans Venise, s'ils peuvent y arriver, ou dans la mer « que Beauharnais n'avait pas encore épousée. S'ils arrivent à Venise, « ils y seront bloqués et allâmes. Jean a fait sept mille prisonniers, ff L'Islrie est conquise en totalité. Le 9* régiment de ligne a été cerné

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« et pris. Pola a été assiégée et prise. Un corps d*arinée va atUqaer « Marmont et la Dairoatie, mais là, il faudra de l'assistance anglaise, « surtout à Cattaro, qu*on ne peat guère attaquer que par mer.

a Les- Français ont emmené toutes leurs troupes de la Catalogne et « n*ont laissé que des garnisons à Barcelone et à Figniëres. Ils y sont « si pressés, qu'ils ont risqué une partie de la flotte de Toulon pour les « ravitailler, et malheureusement ils y ont réussi, mais ce n'est que « pour un temps. 11 paraît que Soult se trouve dans une situation fâ- « cheuse, et qu'il est très-pressé par la Ramona et le général Craddock. c J'espère qu*ik vont être écrasés en Espagne.

« Je prévois deux cas : Tun, celui où Vimpéraiorerie sera renversée « k Paris même, par des mouvements spontanés, qu'il est aussi impos- <c sible de prévoir quand on n'est pas sur les lieux, qu'il peut être dans « ce cas difficile de les diriger; Vautre, celui où il y aura des mouve- « ments dans les provinces où les conscrits réfraetaires se réuniront en a corps, où les troupes, les officiers, les généraux prendront des partis m différents. C'est à tout cela qu'il faut penser, c'est à tout cela qu'il « faut se préparer. Il y a en Espagne, à Naples, en Dalmatie, des ar- « mées françaises qui vont se trouver, je l'espère au moins, dans des « positions désastreuses.

« Perché sur le rocher de Cagliari, ignorant si on désire que je fasse « quelque chose, ignorant encore plus ce qu'on voudrait que je fisse, je « suis ici comme Tantale et affamé comme lui, quoique ce soit d'autre « chose. »

La publication de ces lettres, répétées par plusieurs journaux, ne produisit pas d*abord un grand effet, au moins dans ce qui s'appelait le pays légal. Les plaintes d'un prince émigré cherchant de l'emploi, ses vœux en faveur des Anglais, ses déclamations contre l'Empire ne semblaient à des bourgeois spéculateurs que des paroles de circonstance ; et les révélateurs de ces documents n'avaient pas assez d'autorité pour faire une vive impression. La Gazette de France, en effet, reproduisant des lettres qui n'étaient que

le langage ordinaire de rémigration, avait mauvaise grâce à en faire un texte de blâme, quand tant d'autres hommes autour d'elle avaient eu les mêmes sentiments. Les radicaux s'emparèrent de ces armes et firent bien. Mais ni la presse dynastique , ni les chambres, ni le ministère ne s'en émurent.

On commençait donc à les oublier lorsque, le 24 janvier, un autre journal légitimiste, la France^ publia trois nouvelles lettres, non plus du duc d'Orléans émigré, mais de Louis-Philippe roi, qui contenaient les aveux les moins équivoques de connivence avec l'étranger et de conspiration contre les libertés intérieures. Le journal donnait à ces révélations le titre suivant : La politique de Louis-Philippe

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