CHAPITRE III. . • . -iOI
d'une mauvaise cause. On croyait follement* étôliîffier *aînst' la voix de l'opinion publique.
« Comment, disait le Journal des DébatSy comment le ministère n'a-t-il pas, à la face du pays, devant ses quatre cents représentants, sous Tœil de la publicité si souvent invoquée contre lui, comment n'a-t-il pas vidé une fois pour toutes ce déplorable différend où Ton prétend mettre la royauté en cause !... Le débat était cependant digne de la chambre, digne du pays. Puisqu'on accuse la royauté, au moins elle aurait eu cette fois, pour la juger, un tribunal aussi haut qu'elle. La chambre, avec son irrécusable autorité, aurait fermé la bouche aux calomniateurs. La représentation nationale aurait répondu, avec ces quatre cents voix, à ce verdict solitaire de six jurés*, qui ont semblé donner raison à la haine, à l'intrigue, à la mauvaise foi des partis ! »
Les mêmes doléances se répétaient par tous les conservateurs aveugles qui, n'admettant pas la possibilité de la correspondance royale, demandaient naïvement une répa-. ration. On pressait le ministère, on le sommait de venger la couronne outragée. Mais M. Guizot, mieux instruit ou plus soupçonneux, n'avait nul souci de réveiller une question brûlante, et d'éclairer d'un nouveau jour ce qui pouvait encore rester dans l'ombre. Il pensait, non sans raison, que le mieux était de se taire. Aussi l'opposition, guidée par une meilleure logique que les royalistes zélés, provoquait-elle de son côté des explications. M. Lherbette, en discutant le budget de l'Algérie, avait fait des allusions aux lettres, beaucoup plus transparentes qu'il ne le fallait
^ La France avait été acquittée par six ?oix contre six.
iOâ HISTOIRE DE HUIT ANS.
pbûf- offrir- aux ministres une occasion. Les ministres avaient feint de ne pas entendre.
Le lendemain, le duc de Yalmy, député légitimiste, publia dans la Gazette un discours qu'il n'avait pu prononcer à la tribune et dans lequel, s' efforçant de venger Thonneur de l'ancien gouvernement, il mettait sur le compte de la monarchie de 1830 tous les engagements pris pour l'évacuation d'Alger.
Enfin une députation de citoyens de Paris se présenta le 32 mai à la chambre des députés pour y faire le dépôt de la pétition suivante :
« Messieurs les députés,
(( Des lettres qui seraient Texpression de la plus lâche et de la plus « infâme trahison^ ont été attribuées au roi Louis-Philippe.
« La justice du pays a acquitté le journal qui les a publiées.
« Les ministres n*ont répondu que par de vagues démentis à Timpn- « tation qu'ils laissent peser sur le chef de TÉtat .
« La conscience publique exige une enquête.
« Nous venons donc vous demander d'interpeller le ministère sur un « fait qui touche aussi profondément à Thonnenr, à la liberté et à l'in- « dépendance de la nation.
Cette pétition, couverte en peu de jours de plus de cinq mille signatures, mettait la chambre en demeure ; les ministres ne pouvaient plus se taire. Le Journal des Débats les sommait de parler; les journaux légitimistes les en défiaient. M. Guizot, placé entre ses imprudents amis et ses arrogants adversaires, était à bout d'expédients. S'il parlait, il savait trop bien quelle serait la victime du débat; s'il se taisait, son silence devenait un accablant aveu. Pour se dégager de ce mauvais pas, il n'imagina rien de mieux