‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 72 sur 182 · CHAPITRE IV. iti · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. iti

une loi qui était cepeDdant bien loin de faire justice aux plus légitimes réolamations.

Le projet du gouvernement tendait timidement k oonti* nuer Fapplication du principe posé en 4836, à savoir : avancer av€e prud^ce vers la liberté commerciale. La commission, au contraire, voulait donner plus de force au système protecteur. La loi attaquait faiblement les abus; la commission voulait les étendre. Pour détourner les coups qui le menaçaient, le monopole se faisait agressif. Jamais la cupidité persoBnelle n'attaqua plus effi[K>ntément les droits de toute une nation,

A la voix des intérêts privés se joignit celle des rivalités départementales. Deux grandes divisions représentent en France le monde industriel et commerçant : les ports et les manufacturas, le nord et le midi. Leurs intérêts sont en oppoEJtimi, ou, du moins, sont rarement d'accord : il en résulte que le même système, protecteur pour les uns, est op- {Hresseur pour les autres, et que, par la force des choses, toute loi de douane réclamée d'un côté est repoussée de l'autre. Aussi, pouvait-on d'avance indiquer les noms des jouteurs parlementaires qui combattraient ou soutiendraient une mesure fiscale, Topinion de chacun se formant non d'après un principe général, mais d'après l'industrie particulière du département qu'il représentait, Ce ne sont plus les députés de la France qui paraissent à la tribune, mais les avocats d'une usine, et tout discours est moins une œuvre d'étude et de science qu'une opération électorale. L'histoire n'a pas besoin d'enregistrer les noms des députés qui prirent part à la discussion ; la lutte avait pour principe des circonscriptions géographiques. Nantes livrait bataille à Saint- Etienne sur la question des houilles ; Bordeaux se levait

contre Rouen ; le Nord demandait une protection pour les toiles; l'Ouest pour le]chanvre. Ce conflit d'intérêts égoïstes faisait un beau rôle au ministère, qui, se plaçant à un point de vue général, proposait des améliorations d'ensemble, et semblait avoir tous les avantages de l'intelligence et du desintéressement. Pour les partisans prononcés de la liberté commerciale, le ministère faisait sans doute de bien faibles concessions. Mais en voyant la commission défendre opiniâtrement le système prohibitif, s'efforcer de multiplier les entraves et de perpétuer le monopole, on était obligé de trouver quelque mérite aux hommes du gouvernement qui abaissaient les tarifs, favorisaient les échanges et devenaient par contraste les défenseurs du progrès. C'était une chose nouvelle dans les annales parlementaires que de voir les ministres affronter les colères des gros industriels. Tant de courage eut sa récompense. La loi fut votée à une grande majorité dans les deux chambres.

La loi sur les travaux publics extraordinaires fut accueillie par la chambre comme le complément de la fortification de Paris. 11 s'agissait de mettre dans un état respectable de défense les ports et les places frontières ; 5 millions étaient demandés pour cet objet. Ce surcroit de charges semblait, il est vrai, porter une grave atteinte à la situation financière. Mais, ainsi que le disait le rapporteur, M. Dufaure, « la considération du pays serait gravement compromise, s'il était obligé de s'arrêter par impuissance financière dans l'exécution du plan, si incomplet encore, des travaux publics auxquels notre loi nous donne pour six ans les moyens de pourvoir. »

Tels étaient les bénéfices de la paix armée, détestable système qui produisait tous les inconvénients de 'la guerre,

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