CHAPITRE V. i
un des adjoints, pHt la parole : « Les officiers de la garde « nationale, dit-il, viennent vous demander Tautorisation « de convoquer la milice citoyenne pour prévenir les mal- « heurs que Texaspération générale fait pressentir. » C'était pour le- préfet une dernière ressource ; il consentit. Mais c*était en même temps donner à l'insurrection une force légale ; car la garde nationale, comme la municipalité, s'était hautement prononcée contre le recensement.
Cette concession devait en amener bien d'autres. M. Mahul était arrivé avec la mission de dompter une cité rebelle, et dès les premiers moments il succombait sous le fardeau, impuissant, irrésolu, épouvanté de la tâche qu'il avait entreprise, et passé subitement de l'arrogance à la pusillanimité. Les insurgés demandaient à grands cris la liberté des citoyens arrêtés depuis les premiers jours de trouble. M. Mahul écrivit au procureur-général une lettre dans laquelle il l'engageait à relâcher les prisonniers. M, Plougoulm s'y refusa énergiquement.
Cependant la convocation de la garde nationale suspendît un instant les hostilités ; les gardes nationaux se présentèrent en grand nombre , occupèrent les principaux postes conjointement avec la troupe de ligne ; les artilleurs et les tirailleurs de Vincennes furent renvoyés dans leurs Casernes.
L'insurrection était triomphante ; mais la victoire n'était pas complète, tant que le préfet qui avait apporté avec lui la menace et la violence resterait dans la ville ensanglantée. Le 13 au matin, des groupes armés se reformèrent sur tous les points ; les barricades furent occupées ; les postes militaires environnés et serrés de près par une multitude toujours grossissante qui demandait à grands cris le départ du préfet.
I i4 HISTOIRE DE HUIT ANS.
La garde nationale, qui avait pris les annes pour mettre fin à la lutte, ne pouvait la recommencer ; la troupe de ligne était paralysée par l'intervention de la garde nationale; rien n'arrêtait plus les flots menaçants qui enveloppaient la préfecture. Quelques officiers de la milice citoyenne se rendirent auprès de M. Mahul, lui dépeignirent l'exaspération du peuple, leur impuissance à l'arrêter, et le supplièrent de quitter la ville pour éviter de nouveaux malheurs. M. Mahul ne voulut pas céder : il écrivit au général Saint-Michel, commandant la 10® division militaire, de diriger sur la préfecture toutes les forces disponibles. Il croyait voir arriver les régiments d'artillerie avec leurs pièces. Mais le général jugea qu'il serait de la plus haute imprudence d'employer la force ouverte, lorsque dans tous les postes l'armée se trouvai/; mêlée avec la garde nationale qui interviendrait nécessairement entre les soldats et le peuple. Le maréchal de camp Rambaud, commandant le département, se rendit à la préfecture pour démontrer à M. Mahul l'impossibilité de la lutte. Il ajoutait à son tour qu'un prompt départ était le seul moyen d'apaiser l'insurrection. M. Plougoulm arrivant sur ces entrefaites, joignit ses instances à celles du général. Seul contre tous, le préfet céda enfin.
Cependant les officiers de la garde nationale, qui s'offraient généreusement à l'accompagner jusqu'aux portes de la ville, craignant, s'il était reconnu, de ne pouvoir le soustraire aux fureurs populaires, demandèrent qu'on Ipur remît une pièce officielle qui pût servir de sauf-conduit. M. Plougoulm dicta l'écrit suivant :
DÉPART DE M. MAHUL.
« Toute cause de désordre doit cesser ; le préfet quitte à