CHAPITRE V
pée d'illégalité, s'opposèrent à rinstallatiou de leurs successeurs, et ne se retirèrent que lorsqu'une plus longue résistance aurait pu devenir le prétexte d'une collision. Traduits pour ce fait, peu de temps après, en police correctionnelle, ils furent condamnés à l'amende. II est à remarquer que dans ce procès, comme dans tous ceux que produisirent les agitations du recensement, les tribunaux firent preuve d'une indulgence excessive. L'opinion générale se prononçait contre les mesures fiscales et réagissait sur la magistrature.
Le désarmement de la garde nationale de Toulouse se fit sans trouble ; mais pour continuer le recensement, M. Maurice Duval fut contraint de déployer tout l'appareil des forces militaires. Des canons stationnaient sur les places et dans les principales rues ; les agents des contributions étaient escortés de soldats ; on eût dit que chaque maison devait être prise d'assaut.
Cependant les mêmes agitations se reproduisaient sur beaucoup de points du territoire. A Lille, il y eut des démonstrations très-énergiques contre le recensement ; à Clermont-Ferrand, des barricades furent construites, et le sang coula,. Dans les villes où la résistance n'allait pas jusqu'à l'insurrection , les protestations des conseils municipaux arrêtaient ou entravaient l'action du gouvernement. Partout les pouvoirs électifs se mettaient en opposition avec le pouvoir central. C'est là surtout ce qui donnait de la gravité à un mouvement qui au fond ne reposait que sur une équivoque. Les partis hostiles à la monarchie en profitaient ; les fautes du ministère leur offraient une occasion dont ils usaient à bon droit. Il y eut un moment oii le cri de réprobation fut si général, si profond, que M. Humann crut
iftO HISTOIRE DE HUIT ANS.
devoir offrir sa démission à ses collègues épouvantés. Le roi n'accepta pas un sacrifice qui eût été un aveu d'impuissance ; des ordres énergiques furent transmis dans les départements ; des mesures d'ensemble furent mieux concertées ; dans beaucoup de localités, les autorités municipales, après avoir fait réserve de leurs droits, intervinrent pour apaiser les citoyens et pour adoucir l'amertume des visites domiciliaires. Les troubles s'apaisèrent, toute résistance disparut ; mais il resta dans les cœurs des ressentiments mal éteints et des traditions exagérées sur les brutalités du fisc. Le gouvernement s'était compromis avec les classes moyennes, et l'émeute pour la première fois avait grondé au sein de la bourgeoisie.
Dans le même moment, le gouvernement portait une grave atteinte au privilège des électeurs, et poursuivait la liberté de la parole jusque dans le discours d'un candidat à la députation. Nous reviendrons sur cet incident, qui marque le début de M. Ledru-RoUin dans la carrière parlementaire.